Sophia Aram, Caroline Fourest et tant d'autres (une dénommée Bérengère Viennot dans Le Point, par exemple) faisant les mêmes commentaires si peu imaginatifs, usant du même humour si peu spirituel qu'on aurait pu écrire leurs chroniques, parfaitement attendues, à leur place et à l'avance. Le principe ? Rabattre ce qui est noble (au sens de la noblesse humaine), combattre l'empathie et la générosité, faire croire que ça n'existe pas : en tout cas ça y ressemble et si la motivation n'est pas là alors c'est plus grave, une volonté de complicité active avec Israël, un État en train de commettre le pire, par adhésion à son projet et volonté subséquente de nuire à ses adversaires.
On ne saura donc pas ce qui a motivé ces aigres plumes, de la haine de soi génératrice de fiel, d'une forme de défense spontanée, automatique, ou intéressée de l'ordre établi (que rien ne bouge, que nulle initiative ne soit prise pour rendre ce monde meilleur sans que nous ne réagissions) ou d'une sympathie pour le génocide mais l'on ne trouve pas aisément de bonnes raisons d'ironiser méchamment sur une initiative courageuse. Une simple volonté de faire preuve d'esprit ? Encore faudrait-il en avoir et cela n'explique pas la hargne.
À l'arrivée, les premiers échos que nous avons de la façon dont les passagers des navires de la Global Sumud Flotilla sont traités, après l'inquiétude que l'on avait pu éprouver (en tout cas, que j'ai éprouvé) pour une jeune Malaisienne courageusement embarquée dans cette aventure et qui, le trajet s'étant avéré plus long que prévu et ses conditions ne relevant pas du luxe, s'était trouvée mal et avait dû quitter la flottille. Elle va mieux, peut-être pas aussi bien que nos rédacteurs et commentateurs bien-portants occupés à la disqualifier et à disqualifier ses compagnons autant qu'ils le peuvent à coups de "flottille Hamas-Sumud" ou aux autres balourdises du Point et d'ailleurs. Ce qui lui aura permis d'échapper au sort réservé par les autorités israéliennes aux autres activistes.
On en saura bientôt davantage mais ces premiers échos, de la privation d'eau potable obligeant les passagers des navires à boire l'eau des toilettes (ce serait le souhait de leurs geôliers) au sort spécifiquement réservé à Greta Thunberg, dont on apprend qu'elle aurait été battue, obligée à ramper, humiliée devant ses compagnons, s'ils ne nous renseignent pas sur la barbarie de l'exécutif et de l'armée israéliennes (sans mettre chaque individu dans le même sac d'accord mais pour le reste c'est plié) ne peuvent que nous révolter. Je dis "nous" et bien sûr j'en exclus ceux dont j'ai parlé, probablement - pardon, pas probablement mais évidemment car c'est pour moi une totale évidence - incapables de prendre quelque initiative risquée par temps d'inhumanité, tous justes bons à vomir ceux qui se montrent plus humains qu'eux. Ils nous ont dit tant d'eux-mêmes, ces commentateurs, en déclarant ou écrivant que Greta Thunberg et les autres étaient motivés par leur narcissisme, c'est-à-dire ne se préoccupaient en vérité que d'eux-mêmes, ou en essayant de nous convaincre qu'ils étaient animés par la haine : cette façon de se projeter dans l'autre, c'est ce qu'on appelle un transfert.
On peut donc commenter les commentateurs, avec certainement plus de justesse qu'ils n'en ont (ce n'est pas difficile). Et quand bien même je me tromperais, il reste une certitude : ce ne sont pas eux qui ont embarqué et il faut plus de courage pour embarquer que pour commenter.
Greta Thunberg a vingt-deux ans. À vingt-deux ans elle a joué un rôle majeur dans la prise de conscience planétaire du danger pour l'humanité de ne pas lutter contre le dérèglement climatique et est devenue une bête noire d'un gouvernement en train de commettre un génocide par son action résolue contre lui. Elle serait une lauréate légitime du prix Nobel de la paix mais ne se bat à l'évidence pas pour ce genre de choses et serait, j'en suis sûr, ravie que cette distinction vienne récompenser des activistes moins connues qu'elle, telles (par exemple) ces militantes autochtones d'Amazonie engagées pour le climat qui nous sont infiniment plus précieuses, plus utiles, que tous ces éditorialistes sans âme qui ne peuvent que détester toutes les Greta du monde.
Frédéric Debomy
P. S. Sans oublier Rachel Khan déclarant à la synagogue de Marseille ce 1er octobre son souhait de voir "disparaître" les flottilles.