La responsabilité historique de la gauche en 2017

Ce qui se joue dans cette élection présidentielle, c’est bien plus qu’une alternance gauche droite à laquelle ce sont résignés les français en se réfugiant massivement dans l’abstention. Demain, la possibilité de voir s’affronter la droite ultra libérale et l’extrême droite au second tour de la Présidentielle est bien réelle. Le danger nous guette plus que jamais.

Un personnel politique à l’offensive

La finance, le patronat, les riches ont trois candidats : Fillon, Macron et… Le Pen. Pour occuper le marché électoral, il vaut mieux diversifier son offre. Au cas où un lancement de produit ne marche pas comme prévu, on lance son concurrent pour gagner sur les deux tableaux. Stratégie bien connue en marketing qui trouve son équivalent en politique. Si la candidature Fillon pour capter l’électorat conservateur de la droite venait à prendre l’eau, la candidature de Macron positionnée plus au centre, serait la carte de rechange de la droite. Ils ont pour cela des programmes économiques interchangeables. Suppression de l’ISF, attaques en règle de la sécurité sociale, un « choc thatchérien » pour l’un, avec la suppression de la durée légale du travail, et l’aggravation de la politique de Hollande pour l’autre, dont il fut un des principaux artisans (la Loi El Khomri n’allait pas assez loin selon l’intéressé). Avec comme modèles assumés Thatcher et Schröder, c’est la casse sociale généralisée assurée. Les puissances de l’argent ont décidé de passer à l’offensive décomplexée.

Le Pen en dernier recours

Le projet raciste, xénophobe et antirépublicain du Front national n’est pas au goût d’une certaine bourgeoisie, mais il ne lui a pas échappé que l'électorat frontiste prospère sur la misère engendrée par le libéralisme et place sa candidate en tête des sondages. Pour la classe dirigeante, une millionnaire d’extrême droite, au programme fiscal très complaisant, capable d’appliquer une politique sécuritaire pour faire taire la contestation sociale, sera toujours préférable à une VIe République redonnant le pouvoir aux citoyens. Le Pen reste un dernier recours face à la gauche de transformation sociale. L’histoire ne se répète pas mais l’élection de Trump nous instruit.

Une élection à haut risque

Mélenchon et Hamon sont donc face à une responsabilité historique : se rassembler ou nous laisser le choix entre la peste et le choléra, car aucun des deux n’accèdera au second tour seul. Cultiver cette illusion est suicidaire. Jamais l’unité de la gauche n’aura été aussi déterminante pour l’avenir du pays, de l’Europe et de la société en générale. En pleine crise écologique et sociale, laisser accéder la droite au pouvoir pour cause de division démoralisera pour longtemps les luttes sociales et nous entrainera vers un chaos difficilement mesurable. La transition écologique ne peut pas attendre et demande d’urgence une démocratie renouvelée. Cinq ans de droite dure ne fera que pousser un peu plus une frange de l’électorat dans les bras de Le Pen en 2022, et rien ne garantit qu’elle ne s’impose pas cette année.

Une plateforme de gouvernement

Le rassemblement doit se faire sur une plateforme commune et en ce domaine, rien n’est impossible depuis l’investiture de Benoit Hamon. Celui-ci devra apporter des garanties pour ne pas voir revenir aux législatives les membres du gouvernement. De son côté, Mélenchon doit pouvoir entendre que des convergences doivent être trouvées sur le programme. Cela ne peut pas être le programme de la France Insoumise et seulement le programme de la France Insoumise. L’enjeu est trop important. Sur une plateforme de gouvernement Hamon-Jadot-Laurent-Mélenchon nous pouvons gagner. Quant à la question du candidat, elle doit être tranchée par les candidats eux-mêmes, quoi qu’il en coûte. Nous serons derrière celui qui portera les couleurs de la gauche et fera obstacle à la régression sociale sans précédent qui s’annonce. Ne nous décevez pas.

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