Macron, discours d'un pervers narcissique ?

La structure de son discours et l’égrenage de ses arguments correspond assez avec le discours du conjoint pervers narcissique qui, après avoir frappé sa compagne, revient pour s’excuser avec  un bouquet de fleurs, acheté précipitamment au Lidl du coin.

Le 10 décembre, comme de nombreux Français, j’ai écouté le discours d’Emmanuel Macron adressé en réponse au mouvement des Gilets Jaunes.

On sait que Macron aime le théâtre, c’est d’ailleurs comme cela qu’il a rencontré son épouse Brigitte. Hier soir, nous avons tous eu la confirmation qu’Emmanuel Macron a bien fait de ne pas endosser la carrière d’acteur. Son jeu est surfait, scolaire et, quoi que soit au fond sa véritable intention, finit par donner un sentiment extrême d’insincérité. Quand on joue mal les émotions, on les trahit et on se trahit soi-même. Et cela m’a fait voir le discours sous un autre angle, que je vous partage.

La structure de son discours et l’égrenage de ses arguments correspond assez avec le discours du conjoint pervers narcissique qui, après avoir frappé sa compagne, revient pour s’excuser avec  un bouquet de fleurs, acheté précipitamment au Lidl du coin.

D’accord, hier soir, c’était trop violent, et c’est pas bien.

Son discours débute par une dénonciation de la violence, pas celle en particulier des casseurs en particulier. Non, la violence en général. Il aurait été en effet maladroit au fond de désigner seulement les casseurs car on aurait aussi pensé au déchainement policier sur les manifestants, et les journalistes. La violence est en général condamnée en soi, sans en désigner l’origine ou l’auteur.

Le statut de la victime, le rappel de sa faiblesse : je sais que tu es faible et que tu ne peux pas t’en sortir seule.

Ensuite, Macron égrène des sociaux-types caricaturaux et simplificateurs : le couple de salariés « qui ne finit pas ses fins de mois », « la mère de famille célibataire », « les retraités modestes », et les les « personnes en situation de handicap ». Le portrait de la France est celui d’une victime en situation de détresse et de faiblesse totale. Ce constat est souvent, dans le discours du pervers narcissique, à la fois une reconnaissance de sa cible comme une victime, mais aussi une mise en faiblesse de son interlocuteur, qui lui permet ensuite de positionner comme le sauveur, l’acteur essentiel dont a besoin la victime pour s’en sortir.

L’innocence retrouvée : tes problèmes ne viennent pas que de moi, au contraire…

Puis, il situe dans le temps. Alors qu’il a l’habitude dans ses discours, relayé en éléments de langage par ses soutiens, de parler de la politique de « ces trente dernières années », il ajoute une décennie pour situer le malaise il y a 40 ans. Je reviendrait sur ces 40 ans dans un autre article, mais ici, ce qui m’intéresse, c’est le dédouanement qu’opère Emmanuel Macron. Il y a 40 ans, Emmanuel était à peine né : on ne peut lui reprocher une situation qui a démarré alors qu’il était encore poupon. Cette façon de s’innocenter permet de placer son interlocuteur victime seule face à ses problèmes. Au fond, la victime France s’est mise elle-même dans le pétrin. Ses malaises sont ceux de sa propre vie. Et ce n’est pas parce qu’il lui « est arrivé de [la] blesser » qu’il est véritablement responsable du sort malheureux de sa victime.

Vient ensuite la déclaration d’amour et de fidélité

Une fois que le conjoint frappeur a dénoncé son geste, isolé la victime en la mettant seule responsable face à sa situation, vient le temps de la déclaration d’amour et du réengagement. Le conjoint, qui n’a pas fait bon ménage, se lance alors dans une suite de promesses : tout va changer, rien ne sera plus comme avant, on va vivre autrement, on va repartir sur de nouvelles bases. « Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. » Promis, cette fois-ci, c’est la bonne.

Et le petit cadeau…

La preuve d’amour ne peut pas être seulement actée par les mots, il faut un objet transactionnel qui concrétise la parole et qui efface les coups reçus. C’est le petit bouquet de fleurs achetés n’importe où, au bas prix. Ici, c’est le coup de pouce de 30 euros sur le Smic ou l’annulation de la hausse de la CSG…

L’ultime promesse et le bisou final

« Mon seul souci, c’est vous ; mon seul combat, c’est pour vous. » Ce que l’on peut résumer par « tu vas voir, je vais bien m’occuper de toi ».

Et c’est en général reparti pour un tour. Car le pervers narcissique, même s’il n’a pas totalement convaincu sa victime, s’est repositionné de façon à créer le doute jusqu’à la prochaine crise.

Comment en vient-on à produire, au plus haut niveau de l’Etat, un tel discours ? Est-ce l’écriture à plusieurs mains, qui finit par créer une personnalité scriptuaire complexe ? Quoi qu’il en soit, on a peut-être sous les yeux un des éléments psychologique de la personnalité réputée complexe du personnage.

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