Rencontre avec Michel Béroff (I)

Michel Béroff: Arnold Schoenberg - 6 Pieces for Piano, Op. 19 © LOFTmusic
Tracer le portrait d'un artiste en quelques mots, cela suppose en préambule de rappeler dans quelles circonstances on a eu la chance de le rencontrer. Voici quatre semaines environ, Michel Béroff animait l'une des master-classes que la maison Steinway and sons proposait à des jeunes pianistes. Le ciel était clément, l'ambiance à l'étude et, jusque dans le salon laqué de blanc, parvenaient des notes plaquées par un étudiant, qui détournaient l'attention du maître. Heureusement, cet homme affable, courtois quoique prudent, voulait bien nous dire deux ou trois choses.

Question rituelle, que l'on aime poser parce qu'elle invite à l'enfance autant qu'à la reconnaissance d'un voyage intérieur: de quelle façon la musique est-elle venue à Michel Béroff? " D'une façon naturelle, puisque j'avais un père qui écoutait beaucoup de musique et dirigeait des chorales, explique-t-il. Comme mes frères et sœurs, j'ai appris la musique; il se trouve que j'étais un peu plus doué que les autres, mais que je n'avais pas commencé très tôt - vers six ou sept ans. Marqué par les œuvres de Bartók, Schoenberg ou de Messiaen,que l'on entendait toujours à la maison, qui étaient presque nos contemporains, je trouvais normal de les jouer". Rappelant que jadis les jeunes musiciens donnaient à entendre la musique de leur temps, Michel Béroff observe le décalage actuel entre la perception d'une certaine musique par le public et l'accélération fantastique du vingtième siècle: "on joue de la musique du passé pour le plus grand nombre et quelques "happy few" s'intéressent à la création contemporaine" déplore-t-il.

Au loin, le déluge d'un prélude de Scriabine se déchaînait. Michel Béroff, imperturbable, parlait à toute vitesse. Allait-il se lever pour corriger l'élève qui s'entraînait? Déclarer tout de go: "Mon avion va décoller?" Le métier de billettiste exige du sang froid. ( A suivre...)

 

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