Rencontre avec Michel Béroff (II)

Michel Beroff: Debussy Images (premiere series) I Reflets dans l'eau © P0L0K0P
De quelle façon Michel Béroff travaille-t-il? "Je pense qu'il faut lire la partition, si possible, sans le piano. Ne pas subir l'interférence de l'instrument qui, soit vous avantage en vous donnant l'illusion d'une immédiate facilité d'interprétation, soit vous bride par les difficultés qu'il impose à vos doigts. C'est pourquoi je pense que la lecture du texte musical, seule, permet d'identifier ce que vous voulez exprimer. Trop de gens apprennent les œuvres par cœur et les jouent tout de suite. C'est une erreur parce que cette méthode empêche de repérer les milliers de détails, laissés ça-et-là par le compositeur ". Et l'artiste de rappeler qu'autrefois les créateurs faisaient confiance à leurs interprètes pour choisir les nuances qu'ils voulaient mettre en exergue. Marquant un demi-soupir, à peine une pause, Michel Béroff admet cependant que la richesse du répertoire étant considérable, il est utile aussi de déchiffrer des pages, comme le paysan défriche le champ. 

Quand on lui demande ce qu'il pense de son parcours, le pianiste réfléchit deux secondes, et fonce à vive allure dans le paysage de son avenir: " Je pense qu'une vie d'artiste est longue; j'ai commencé très jeune, il m'est arrivé plein de choses bizarres, j'ai arrêté de jouer, j'ai dirigé, j'ai enseigné, je vois bien que mon parcours n'a pas été très linéaire, qu'il a été parsemé de grandes joies, de surprises...J'ai tendance à rester très optimiste. Je pense que j'ai agi le mieux possible, même si, quand je réécoute mes enregistrements  passés, ce qui m'arrive rarement, je ne ressens pas de fierté. J'essaie de poursuivre mon travail avec l'amour de la musique. C'est aussi un conseil que l'on peut donner au jeunes: si l'on aime la musique, quoi qu'il se passe on est heureux". N'est-ce pas la plus belle invite?    

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