Sortir de ma zone de confort

Comment j'en suis arrivé à ce projet, cette aventure? Pourquoi une telle démarche? Principalement pour sortir de mes a priori.

Je suis parti le 12 septembre 2020. Au moment où j'écris ces mots, cela fait 10 jours que je marche.
Nous sommes donc le 21 septembre 2020. Huit jours de bivouac et deux jours à dormir chez deux amis quand je suis passé par Rennes pour déposer les clefs (oui, j'aime les mots écrits à l'ancienne et les termes un peu désuets) et leur dire au-revoir.


Pour préciser, je suis parti d'un village à 40 km de Rennes, je suis passé par Thorigné-Fouillard puis Rennes pour descendre ensuite sur Augan, découvrir le "Champ Commun" - situé à environ 60 km de mon point de départ de Rennes, à l'est.

Pourquoi cette démarche? Car l'ambiance générale que je ressens est plutôt anxiogène. Nous pointons du doigts les feux rouges plus que les feux verts. Les médias dominants nous abreuvent de chiffres à la volée expliqués en quelques secondes et répétés à en vomir, de problèmes sociétaux à résoudre en urgence alors que l'effet réel est nul si nous ne nous penchons que sur les conséquences (je survole mais je pense que vous avez compris le bouzin).
Nous pouvons nommer aisément ceci des biais de perception lié à un instinct de préservation (ce qui est un peu long, vous en conviendrez) mais je nomme cette théorie, si personne ne l'a fait avant, la théorie des feux rouges. L'être humain est ainsi fait qu'il se rappelle plus facilement des feux rouges, instinct primaire nous évitant de nombreux problèmes.

Un exemple concret? Bah... Les feux rouges. Faites un essai, comptez réellement le nombre de feux rouges et le nombre de feux verts rencontrés sur votre chemin - de manière scientifique, sur pas mal de trajets, afin que les résultats soient probants, hein!? Pas juste un aller-retour. Sur un même trajet, quand tous les feux sont verts, que notre route est fluide, notre cerveau ne nous envoie aucune alerte. Tout juste si nous soulignons que nous sommes content.e.s, pour une fois, du temps gagné. A contrario, si nous avons une série de feux rouges, nous allons penser directement que le sort s'acharne sur nous, que c'est comme ça à chaque fois. Attention, je ne dis pas que nous restons ensuite sur cette sensation ou que tout le monde ressent la même chose concernant les feux rouges (syndrome #NotAllMen. Si tu n'es pas comme ça, tant mieux!). Ce n'est qu'un exemple pour imager notre tendance à retenir les feux rouges, ce qui nous permet entre autres choses de ne pas réitérer les erreurs qui amènent du danger - se brûler, embêter une abeille, dire un gros mots à ses parents, etc...

Mais j'ai quand même l'impression, et j'en ai vu - et lu - des exemples, qu'une partie de la population tente de trouver des alternatives. Les Z.A.D., les associations, les lieux coopératifs d'artistes, d'artisans, les familles achetant un hameau pour construire un havre de paix, les coopératives à vocation économique, sociale et solidaire... de nombreuses personnes décident de sortir de leur zone de confort pour créer d'autres façons de concevoir le monde, le temps, la convivialité, l'entraide, l'artisanat, la culture (liste non exhaustive, bien sûr).


Comment se sont-iels organisé.e.s? Quelles formes de gouvernance, d'organisation ont-iels mises en place afin que leur alternative soit viable? Quels profils de personnes font-iels entrer dans leur écosystème? J'entends cette dernière question, pour être concret sur ma pensée, par "Si je suis motivé.e mais sans le sou, ai-je une place au sein de votre "congrégation" ou faut-il lâcher un tribut pour être accepté"?
Je taquine mais c'est une question qui traverse l'esprit quand on a l'énergie, l'envie de construire autre chose mais que la vie ne laisse pas trop de choix, souvent à cause de la classe - ou la casse - sociale. J'ai mon idée mais n'ayant pas rencontré personnellement ces gauchistes (enfin, si quelques-un.e.s mais pas assez pour en tirer des conclusions selon moi), elles sont forcément préconçues. Que ce soit une idéalisation ou une diabolisation de la chose, et même en lisant beaucoup sur le sujet, je pense qu'il ne faut pas négliger la construction mentale et sociale qui nous a façonnée. Quelle meilleur façon alors de les rencontrer directement, de leur poser les questions qui me taraudent et, bien sûr que cela fait partie de ma démarche, peut-être me trouver une place.

Mais seulement après avoir finalisé mon tour de France! Car la dernière fois - allez, une petite anecdote - je me suis posé directement dans la localité du lieu où je voulais m'investir car je suis de nature utopiste et je n'ai pas pris le recul et le temps nécessaire pour me détacher et observer d'abord. Et malheureusement, ça aurait pu être autrement, j'ai été déçu par la tournure de cette aventure. Je vous raconterai peut-être. Je suis comme ça, je suis entier!, et de façon générale plutôt radical. Ce qui ne veut pas dire que je dois rester sur ma façon d'être, surtout si je ressens un manque d'adéquation entre ce que je suis et ce que je vis.


Petit teaser? J'écris ces mots depuis le "Champ Commun", après 12 jours et 125 km de marche, et ma première impression est très positive pour l'heure. J'ai été plus que bien reçu. Je ne suis pas intrusif et j'ai l'impression d'abuser de leur générosité, et elleux, de même, savent que je veux donner un coup de main mais ont l'impression d'abuser de la mienne. C'est assez mignon. (Attention, ce n'est qu'une première impression! Il est possible qu'au final, il me chie dans les bottes, hein!)

Bref, après cette petite séquence besoin absolu de dire un gros mot, je lâche mon clavier, on va avoir besoin de moi pour un chantier. Ce matin, c'était aide au nettoyage de l'auberge avec un grand plaisir (les salles de bain désinfectées, aujourd'hui, c'était moi, ouep!) et j'ai été récompensé par un café avant le début et un bon repas végé après effort. (Cet article a été sponsorisé par le "Champ Commun" qui vous donne rendez-vous à... Naaan, je rigole!).

 

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