Djibouti : une opposition muselée par Ismaïl Omar Guelleh

Le 8 avril dernier, le président Ismaïl Omar Guelleh était réélu à la tête de Djibouti au sortir d’un scrutin largement boycotté par l’opposition. Découragés par un mouvement de répression qui ne cessent de les affaiblir, les opposants au régime Guelleh sont chaque jour davantage menacés par le pouvoir en place.

Fin avril, l’un des chefs de file de l’opposition au président Guelleh devait se rendre en France pour être hospitalisé et recevoir des soins médicaux. Pourtant, Abdourahman Mohamed Guelleh, Secrétaire général de la coalition USN, n’a jamais pu prendre son avion, empêché à la dernière minute par les autorités djiboutiennes de quitter le pays.

Incarcéré en début d’année pendant plus de trois mois après avoir été accusé d’être à l’origine d’un rassemblement armé lors d’une cérémonie religieuse en décembre, l’opposant ainsi que de nombreuses autres personnes présentes ce jour-là étaient alors victimes d’une attaque policière faisant plus de 27 morts.

Dans un état critique après des mois de détention sans soins adéquats, il s’était résolu à se rendre en France pour bénéficier d’une meilleure prise en charge. « J’avais mon billet de départ, j’avais mon visa donc. Et puis voilà, il y a des policiers qui débarquent chez moi et me disent que je suis en train de partir pour la France et que je ne peux pas partir » a-t-il expliqué à RFI.

Convoqué par la justice le 5 mai, Abdourahman Mohamed Guelleh était coincé à Djibouti. « Le Parquet général a pris un appel contre l’ordonnance de non-lieu émis par le juge d’instruction. Et ça ce n’est pas suspensif. C’est-à-dire mon avocat peut me représenter, donc je devrais normalement partir. A chaque fois qu’un juge émet un non-lieu pour une personnalité politique, les régimes en décident autrement. Alors c’est toujours comme ça, donc il n’y a pas de séparation des pouvoirs ».

Haro sur l’opposition

Cet épisode n’est malheureusement pas un cas isolé à Djibouti, où le pouvoir en place fait son possible pour neutraliser toute forme d’opposition au régime Guelleh. Traqués, réprimés, muselés, les dissidents au discours présidentiel se voient contraints au silence, sous peine d’être jetés en prison.

Avant Abdourahman Mohamed Guelleh, Maitre Djama Amareh Meidal avait également fait l’objet d’une violation de liberté de circulation en juillet 2015. Cet ancien avocat et membre du Haut-conseil de l'USN devait se rendre en France avant de se voir notifié une interdiction de voyager par la Police de l’Air et des Frontières avec confiscation du passeport.

Mêmes mesures adoptées en 2013 à l’encontre de nombreux Djiboutiens durant la crise postélectorales qu’avait provoqué le résultat des élections législatives, remportées officiellement par le parti de Guelleh mais fortement contestées par l’opposition, accusant le camp présidentiel d’avoir manipulé les urnes. Pendant plusieurs mois, de nombreux opposants et défenseurs des droits humains ont été empêchés de partir de Djibouti, privés de leur passeport.

Cette volonté d’immobiliser les pourfendeurs d’un régime qui ne cesse chaque jour de montrer davantage sa nature dictatoriale est symptomatique d’un chef d’État au pouvoir depuis bientôt 20 ans et qui a fait le choix de paralyser l’opposition jusqu’à ce qu’elle soit complètement réduite au silence.

Museler les médias et les réseaux sociaux

Dans sa croisade pour lutter contre le développement d’une force adversaire à la sienne, IOG n’hésite plus à s’attaquer à des sociétés comme Facebook, qu’il accuse d’autoriser la création de profils d’opposants.

C’est particulièrement l’antenne irlandaise de la firme californienne qui est visée par une plainte du président Guelleh. Ce dernier souhaite empêcher que des membres du réseau social puissent publier du contenu qualifié d’offensif de la part de son camp. Il exige également la fermeture de ces comptes, la suppression de précédentes publications ainsi que l’identité et les coordonnées exactes des utilisateurs associés aux profils posant problème.

Le travail que Guelleh est en train de mener sur le web, en s’attaquant à la liberté d’expression permise par les réseaux sociaux, il l’exécute déjà depuis des années sur la presse et les médias. Les journalistes sont dans l’incapacité de pouvoir faire leur travail dans un pays où seul une parole est acceptable, celle du président.

L’opposition prévoit de lancer une chaine de télévision qui devrait émettre dès la fin de l’année. Baptisée Bouldouko TV et financée par Abdourahman Boreh, ancien collaborateur de Guelleh et désormais membre éminent de l’opposition, cette chaine fait l’objet en coulisses de nombreuses manipulations de la part d’IOG afin qu’elle ne voit jamais le jour.

Cinq nouvelles années de règne Guelleh attendent les Djiboutiens. Si les opposants avaient réussi à se mobiliser en masse pour les élections législatives de 2013, ils sont aujourd’hui plus dispersés, fragilisés par un climat hostile qui les empêche pour l’instant d’entrevoir une alternative au régime en place.  

Qualifiée de « mascarade électorale » par les partis d’opposition, la dernière élection présidentielle continue de jeter le discrédit sur la gestion d’un gouvernement qui parvient, certes, à tenir le pays dans la menace mais qui doit aujourd’hui interpeller la communauté internationale et la pousser à dénoncer la situation à Djibouti.

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