A Djibouti, le régime Guelleh multiplie les arrestations arbitraires d'opposants

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A Djibouti, la démocratie est un concept bien particulier surtout lorsqu'il passe entre les mains de l'inamovible président Ismaïl Omar Guelleh. En place depuis 1999, Guelleh songerait à se représenter en 2016 même si la Constitution le lui interdit en l'état actuel. En attendant une éventuelle modification constitutionnelle, le président prend soin de faire de la place sur l'échiquier politique et accentue la répression sur l'opposition depuis plusieurs semaines. Les grandes manoeuvres ont commencé ! 

2016 devait constituer le début d'un nouveau chapitre pour Djibouti. Mais Ismaïl Omar Guelleh est un homme de pouvoir. Et comme chez tous les hommes de pouvoir, la volonté de se maintenir en place est un moteur très puissant. Si puissant qu'il n'a pas hésité à faire modifier la Constitution en avril 2010 pour pouvoir postuler à un troisième mandat l'année suivante. L'histoire semble devoir bégayer puisque Guelleh serait dans les starting blocks pour se présenter devant les électeurs en 2016 avec au préalable une nouvelle modification nécessaire de la loi fondamentale. Le suspens est toutefois officiellement ménagé, aucune déclaration n'étant venue infirmer ou affirmer les rumeurs qui vont bon train, ces derniers temps, dans la capitale.

Les seuls signes qu'une nouvelle candidature est imminente ne sont guère positifs. Une vingtaine de personnes proches du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (FRUD) ont été arrêtées sans motif légitime depuis le début du mois d'octobre. Le FRUD est né en 1991 au moment où a éclaté la guerre civile et n'a jamais vraiment délaissé la lutte armée même si son présent et son avenir sont plus politiques que militaires. Mais en août dernier, l'armée a bombardé des positions du FRUD dans l'espoir de couper la tête d'une organisation qui n'a pas fait allégeance au président Guelleh. Dans l'impossibilité de régler définitivement ses comptes sur le plan militaire, le pouvoir a décidé de s'en prendre aux familles de membres du FRUD et a arrêté une vingtaine de personnes depuis le début du mois. La Ligue Djiboutienne des Droits de l'Homme s'est fait l'écho de ces arrestations qui n'ont aucune base légale et viennent confirmer l'hypothèse défendue par l'opposition : à savoir qu'Omar Guelleh a les habits d'un démocrate. Les habits seulement. Pour le reste, il procède à l'arrestation systématique de ses opposants, distribuant les lettres de cachet comme les rois de France sous l'Ancien Régime, les embastillant sans autre forme de procès.

Malgré l'accord signé entre la majorité et l'opposition en décembre 2014, cette dernière a continué d'être marginalisée et l'exécutif se comporte comme s'il était seul. L'accord visait à dépassionner le débat après des élections législatives de 2013 remportées par l'opposition, mais qui avait été finalement pipées par le pouvoir. Face à la grogne montante de la population, la majorité s'était décidée à ouvrir un espace plus démocratique. Les bonnes intentions affichées n'ont jamais été mises en pratique. Les fausses ouvertures suivies de vrais durcissements se succèdent jusqu'au moment où l'opposition sera décimée ou arrivera au pouvoir. Le choix est plutôt binaire, mais les règles du jeu instaurées par le président Guelleh sont ainsi. La communauté internationale – qui n'ignore pas l'existence de Djibouti avec plusieurs bases militaires sur son territoire – doit se montrer plus ferme pour que le jeu démocratique soit respecté car sans pression étrangère, Djibouti pourrait bien devenir un enfer pour ses propres habitants !

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