Séparatisme : la caisse noire des autonomistes jurassiens volatilisée ?

L’appareil séparatiste catalan, par le biais du lobbyiste Diplocat à Genève, a-t-il financé la caisse noire des autonomistes jurassiens ? Le député socialiste Pierre-André Comte a rencontré à plusieurs reprises le putschiste Carles Puigdemont et le lobbyiste séparatiste Manuel Manonelles.

La tranquile Suisse est aussi soumise à des vents contraires à la cohésion sociale. On y parle aussi de séparatisme. Le rendez-vous qu’aucun média ne manquera sera, sans doute, le 28 mars 2021, avec la répétition du vote sur l’appartenance cantonale de Moutier. Une petite ville du Jura bernois d’environ 7500 âmes qui cristallise les tensions depuis plus de 50 ans au sein de la galaxie de la question jurassienne.
Il s’agira alors de se prononcer sur le maintien dans le canton bilingue de Berne (un million d’habitants) ou de rejoindre la jeune République et canton du Jura, fondée le 24 septembre 1978, par validation d’un vote national, et comprenant un peu plus de 73’000 habitants.
Les crispations entourant la question ont été nombreuses. Les enjeux sont plus importants pour les séparatistes jurassiens qui se font appeler autonomistes. Leurs leaders se sont construits politiquement sur cette question de «réunification » jurassienne (1).
Le petit canton du Jura peine à boucler ses fins de mois et la riche Moutier serait un plus dans son escarcelle, tant économiquement que sur le plan idéologique. Le mouvement autonomiste étant expansionniste. 
Moutier représentant une porte d’entrée privilégiée sur le Jura bernois. Une région plus aisée de plus de 50’000 âmes. Ce sont de nouvelles recettes communales à capter. Une opportunité pour éponger les déficits. Les habitants du Jura bernois - Moutier compris - n’ont aucun intérêt à rejoindre la République et canton du Jura. Quant à l’idée de réunification d’un hypothétique « Jura » elle sert à légitimer une lutte d’un autre âge. Qui peine à trouver sa place à l’ère de la globalisation; des GAFA; de la lutte contre le réchauffement climatique ou encore de la COVID-19.

L’histoire du séparatisme nous l’enseigne : les orgueils personnels et les intérêts particuliers sont camouflés avec l’endoctrinement; avec la propagande; avec le récit de mythes et d’une histoire revisitée; travestie et romancée. Cela nécessite une organisation dualiste et des financements.
Aussi, la radiation, au Registre du commerce de la République et canton du Jura (RC), le 3 décembre dernier de la « Fondation de la Réunification», numéro de registre CHE-101.902.905, n’est pas passée inaperçue.
Plus personne n’est joignable au siège de la Rue Franche 16, à Delémont. La fondation opaque - décrite à plusieurs reprises dans la presse comme une caisse noire, voir le «Journal du Jura », l’édition du 28 février 2013 - a bénéficié, depuis son inscription en 1988, de versements récurrents tant de la part du Gouvernement jurassien que des communes. Sa fortune aurait atteint, par moment, le demi million de francs suisses. Essentiellement, de l’argent du contribuable. 

Son but inscrit au RC ne laisse aucune personne avisée indifférente:

« Sauvegarde et illustration de l’identité jurassienne. La fondation exerce ses activités dans la vie politique et culturelle jurassienne (publications diverses, organisation de manifestations culturelles, etc.) : elle soutient financièrement les entreprises et manifestations poursuivant des buts analogues au sien.» 


Une description qui n’est pas sans rappeler l’activité de l’association séparatiste catalane Òmnium Cultural, à Barcelone. Qui dans les faits n’a plus rien de culturel. Elle s’est transformée en machine à propagande et à fomenter les coups d’état. Les séparatismes emploient les mêmes méthodes. Il s’agit toujours de faire illusion le plus longtemps possible. 

Vu ce qui précède, les nombreux contacts entretenus entre des leaders séparatistes catalans et des autonomistes jurassiens suscitent des interrogations. Des élus  autonomistes entraînés par le socialiste Pierre-André Comte - ont rencontré Carles Puigdemont et Manuel Manonelles, en septembre 2018, à Delémont; en février 2019, à Waterloo en Belgique (cette fois-ci, seulement P.-A. Comte, selon les sources à disposition de votre serviteur); à l’automne 2019 et le 23 janvier 2020, de nouveau, à Delémont (2).

Manuel Manonelle de Diplocat, occupant un rôle de premier plan. L’été dernier, mis en cause dans des histoires de harcèlement, il a été rappelé par sa hiérarchie, dans l’autonomie catalane, en Espagne. En Suisse, il était spécialiste des achats d’influences et de la supervision des actions de diffamation à l’encontre de la démocratie espagnole. Son action a été relevée, entre autre, à Université de Genève; au Conseil suisse de la presse et au Salon du Livre.
Il faut savoir que la Generalitat séparatiste de Catalogne dispose d’un budget supérieur à celui cumulé par les treize régions françaises. Qu’une part importante de cet argent, au lieu d’être dépensé dans le système de soins ou dans le secteur de l’éducation, est dédié à acheter des soutiens sur le plan international. Pour cela, le vaisseau amiral est l’officine Diplocat, dont le siège est à la Rambla 14, à Barcelone.
Fermé à Genève, sur instruction des autorités espagnoles au printemps 2018, Diplocat a repris ses activités à l’automne de la même année, depuis la rue Cité 1, dans les locaux de Multiburo, sous la dénomination de «Gouvernement of Catalonia ». Puis, à partir d’octobre 2019, à la rue Rousseau 38, toujours à Genève, avec une dénomination, une fois de plus, usurpée. À savoir «Délégation du Gouvernement de la Catalogne ».

De son côté, l’association bénévole suisse et apolitique «Catalunya peuple d’Espagne CPDE » qui défend les intérêts de la majorité sociale catalane et espagnole non séparatiste, à Lausanne, enquête sur les activités de Diplocat en Suisse. Dans ce cadre, elle a interpellé, à plusieurs reprises, les autorités gouvernementales tant à Madrid qu’à Berne.

Dans sa réponse écrite du 15 avril 2020, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) confirme la prise de position écrite de l’ambassadeur suisse Pietro Piffaretti du 11 septembre 2018 : « La délégation du gouvernement de Catalogne à Genève n’est ni une Ambassade auprès de la Suisse ni une mission permanente officielle auprès des organisations internationales. C’est pour cette raison qu’elle ne figure pas sur la liste des Représentations étrangères en Suisse et que le DFAE n’entretient aucun lien formel avec cette entité. »

Rappelons qu’aucun des 195 États composant le concert des Nations unies n’a ni appuyé ni reconnu la légitimité des actions des sécessionnistes catalans en 2017. 

Pourtant, plusieurs parlementaires jurassiens ont entretenu, entre 2018 et 2020, une relation régulière avec Diplocat. Qui est connu pour ses largesses avec tous ceux qui communient avec le projet sécessionniste catalan. Et en employant les deniers publics. 

À ce stade, un audit institutionnel des comptes de la «Fondation de la Réunification » pourrait lever le doute. Celui d’un possible financement des actions autonomistes par une organisation insurrectionnelle étrangère soit l’appareil séparatiste catalan. 

Notes :

1) Cette notion est probablement galvaudée. Elle sous-tend que les « Juras » soit le canton actuel; le Jura bernois; le Jura bâlois (District de Laufon); le Jura vaudois et même le Jura, Département français, fondé le 4 mars 1790, dont la capitale est Lons-le-Saunier, et qui compte 260’000 habitants aient jadis constitué un ensemble administratif et autonome. Ce qui n’est pas le cas.

2) Radio fréquence Jura : Manuel Manonelles a donc eu l’occasion d’échanger avec plusieurs personnalités politique jurassiennes. Il a pu dialoguer avec le député-maire de Delémont Damien Chappuis, le député-maire de Porrentruy Gabriel Voirol, le président du groupe PS au Parlement Loïc Dobler, la présidente du groupe PCSI Géraldine Beuchat et le président du groupe Verts et CS-POP Baptiste Laville. Le député socialiste Pierre-André Comte et l’ancien président du Gouvernement jurassien François Lachat étaient également présents. Aucun représentant de l’actuel exécutif cantonal n’a, en revanche, pris part à la rencontre. Le Gouvernement a cependant bel et bien reçu une sollicitation des Catalans pour une rencontre mais a décliné l'invitation.

 

 

 

 

 

 

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