Le désarmement moral de notre société

Faire le bien c’est comme opter pour le courage. On le choisit. On s’y éduque au quotidien. Il n’est pas inné. Il n’est pas dans les gènes. Il s’agit d’un choix délibéré. Il en est de même en ce qui concerne le mal. Aucune circonstance ne saurait l’atténuer.

Au cours de ces dernières années, j’ai eu l’occasion de me rendre sur d’anciens lieux de guerre comme le Kosovo, Belgrade, mais aussi à Guernica en Espagne. J’ai visité, à plusieurs reprises, les camps de la mort nazis d’Auschwitz et de Birkenau, près de Cracovie en Pologne. J’ai rencontré le magistrat anti-mafia Rosario Crocetta, à Palerme. Je suis allé sur les traces de Cosa Nostra en Sicile et plus particulièrement dans le fief de Corleone. Par souci de compréhension, je me suis rendu sur des lieux d’attentats tels que Paris, Nice, Londres, Jérusalem, Brindisi, Madrid, Frankfurt et Berlin. Par ailleurs, certains de ces voyages ont donné lieu à des articles de presse. Encore récemment, j’ai parcouru les plages du débarquement de Normandie du 6 juin 1944. Chaque fois, j’ai mesuré l’intensité tragique des événements et des lieux. Ce qui m’a surpris le plus est de constater ce que les gens ont fait de ces drames. Et je suis convaincu que le bien, comme le courage, on le choisit. On s’y éduque au quotidien. Il n’est pas inné. Il n’est pas dans les gènes. Il s’agit d’un choix délibéré.

A contrario, choisir le mal ne saurait être atténué par une quelconque circonstance. De savoir que certaines choses élémentaires comme telles que des postures influençant de notre trajectoire dépendent de nous-seuls est plutôt réjouissant.

C’est même rassurant. Par contre, ce qui l’est moins c’est le désarmement moral de notre société. A l’heure où des régimes autocratiques grandissent tant à l’Est de l’Europe que de par le monde, des interrogations s’imposent.

Et que penser du fait que l’Arabie Saoudite (vingt pour cent de notre approvisionnement fossile), en guerreavec ses voisins, est devenue le quatrième acheteur mondial d’armements et de fournitures militaires ?

Pire que le désarmement militaire de notre société c’est son désarmement moral. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Il n’y a pas une semaine qui s’écoule sans qu’on nous apprenne un cas de corruption au sein de la classe politique. Les médias font du commercial et du copier/coller et presque plus de réelle investigation. Nos élus sont plus préoccupés par leur image que par la charge morale et sacrificielle de leur fonction. Notre population rythme son quotidien sur le dogme de l’égoïsme, du consumérisme et du paraître. Aux multiples névroses engendrées par la solitude et par la cannibalisation du monde productif et convulsif on répond paradoxalement avec encore plus d’activités individualistes.

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