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Billet de blog 17 mars 2021

Réflexions sur la démocratie espagnole et coût de son maintien

Le PP (la droite espagnole) quand il prend le pouvoir ne démonte pas tout l'appareil de pillage qu’il rencontre mais en profite. Quant au quatrième pouvoir : les médias, ils sont dans les faits qu'un formidable appareil de propagande d'une classe dans laquelle le sens critique, l'analyse impartiale et l'objectivité ont complètement disparu, tout en prenant sa part des budgets publics.

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Les réflexions qui suivent sont celle d’un inspecteur du fisc espagnol qui a souhaité garder l’anonymat. Certes, la vérité n’est que très rarement toute noire ni toute blanche mais plutôt grise. Aussi, faut-il prendre les propos qui suivent avec la distance nécessaire.

Certains croient qu'en Espagne il y a des sociaux-démocrates, des conservateurs ou des libéraux, ils ont tort. L'État espagnol est une structure de pillage et de spoliation des classes moyennes, avec un système fiscal dont le seul objectif est de voler le plus possible à la partie productive de la société. Le système fiscal pille avec un impressionnant déploiement technique, humain et propagandiste. Dans le Trésor se trouvent les meilleurs professionnels, ils ont les meilleurs ordinateurs, le reste de l'administration sont des services auxiliaires du Trésor. L'argent collecté est destiné à deux groupes : une classe dirigeante et à réseau clientéliste d'électeurs qui le soutiennent.
Ces classes privilégiées : partis politiques, syndicats, hauts fonctionnaires  et quelques grandes entreprises visent à maximiser le pillage tandis que le système productif lui-même est méprisé. Les entrepreneurs à succès sont dénigrés. L’innovation est entravée. Un système de valeurs est imposé dans lequel l'enrichissement honnête est moralement répréhensible. Le développement du régime actuel a commencé dans les années 1980 avec le PSOE (Parti socialiste). Ses premières actions ont visé : le contrôle du système éducatif, le contrôle de  l'administration, tout en donnant aux politiciens le contrôle des caisses d'épargne. Le tout en désindustrialisant le pays. Dans le même temps, un système est conçu pour que les politiciens continuent d'être payés par les conseils d'administration des grandes entreprises, qui, dans de nombreux cas, servent de lien avec la classe politique. De 800 000 fonctionnaires, nous sommes passés à près de trois millions et demi, dont un million deux cent mille pour la santé et l’éducation. Avec une nette inflation des centres universitaires, une éducation de mauvaise qualité et une dépense de santé par habitant plutôt faible, d'où l'on peut déduire que la rémunération des professionnels de la santé est faible. Le PP (la droite espagnole) quand il prend le pouvoir ne démonte pas tout l'appareil de pillage qu’il rencontre mais en profite. Il se contente de prendre le pouvoir. A tout cela, il faut ajouter un quatrième pouvoir : les médias, qui ne sont en pratique qu'un formidable appareil de propagande d'une classe dans laquelle le sens critique, l'analyse impartiale et l'objectivité ont complètement disparu, tout en prenant sa part des budgets publics.
Comme l’appareil productif s’épuise, l'argent vient à manquer à l'économie du pays vient à manquer. C’est alors compensé par un énorme endettement public. Celui-ci absorbe l’épargne privée et met le pays à la merci de ses créanciers. On voudrait nous faire croire que la corruption consiste à mettre la main dans la caisse. C’est plus que ça. Les fondations, les « observatoires », les organismes inutiles, les charges absurdes et les réseaux clientélistes sont autant d’outils de spoliation. L'élément le plus obscène de la corruption du système est probablement la gestion des médias publics. La dégénérescence rampante et l'utilisation propagandiste du système éducatif sont également inquiétantes. Les 17 autonomies n'ont pas été orientées vers une meilleure gestion. Leur priorité est la manipulation des médias et des esprits via le système éducatif. Dans les autonomies plus identitaires, cela est beaucoup plus évident : le lavage de cerveau à tout prix. Les coûts de tout cela sont énormes : un système productif en déclin et une productivité qui stagne depuis 15 ans. L'Espagne s'éloigne progressivement des niveaux de revenus des cinq grands pays de l'Union européenne (UE). La corruption et la mauvaise gestion sont visibles au premier coup d'œil si vous savez comment regarder. Le coût élevé du logement; la facture d'électricité élevée; le manque d'opportunités; l'inflation de nouvelles lois; une bureaucratie pesante; le manque d'innovation; les bas salaires... tout cela est le résultat direct du pillage. La détérioration de ce que d'aucuns appellent le contrat social est déjà bien avancée. Il n'existe plus d’égalité devant la loi; ni la protection de la propriété privée; ni la présomption d'innocence.
Défendre l'égalité devant la loi devient un acte de subversion ! L'État ne se préoccupe que de lui-même et de la manière de distraire les crédules encore acteurs de l'immense pillage auquel ils sont eux-mêmes soumis. L'écologie, l'inégalité, le féminisme, les accusations de fascisme ne sont que des écrans de fumée qui tentent de générer une réponse émotionnelle et, par conséquent, irrationnelle.
L'analyse rationnelle est évitée et c'est pourquoi ils remplissent les chaînes de télévision poubelle. Des jeux; du voyeurisme et des insultes. L'analyse rationnelle a été totalement bannie; pas un seul intellectuel n'a sa place dans les médias. Si nous voulons trouver un modèle ou quelque chose de similaire à l'Espagne d'aujourd'hui, il suffit de regarder l'Argentine. Si nous n'étions pas dans l'euro, les niveaux d'inflation seraient galopants. Nous en sommes donc là, et tant que nous ne nous serons pas débarrassés de ces parasites, nous continuerons à vivre dans une société médiocre et sans intérêt, et la détérioration économique et morale se poursuivra. 

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