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Billet de blog 18 sept. 2020

Lluís Companys : doit-on demander pardon à un assassin ?

Les leaders séparatistes catalans franchissent une nouvelle fois la ligne rouge en demandant des excuses publiques au gouvernement espagnol pour l’exécution en 1940 du tyran Lluís Companys qui fut responsable de quelques 9000 assassinats dans l’autonomie catalane en Espagne.

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Par François Meylan

Depuis quelques semaines, une nouvelle polémique gronde en Espagne. Alors que le voisin ibérique se trouve confronté à une double crise sanitaire et économique sans précédent, son gouvernement de gauche poursuit tête baissée sa croisade contre les démons du passé. Au risque de réveiller des monstres tels que l’extrême droite mais aussi le défunt président catalan Lluís Companys... génocidaire notoire. Soulignons que le Parti socialiste espagnol (PSOE), fondé par Pablo Iglesias Posse à Madrid, le 2 mai 1879, a du plomb dans l’aile. À l’organisation d’une méga manifestation féministe le 8 mars dernier, alors que la COVID-19 submergeait la péninsule, s’ajoute des alliances contre nature avec les séparatistes et ex terroristes de tout poils qui se sont engagés à détruire l’unité nationale et une gestion de la crise sanitaire désastreuse. Régulièrement, des socialistes de la vieille garde ne manquent pas de soupirer publiquement leur exaspération. Il appert qu’ils sont de plus en plus nombreux à ne pas se reconnaître dans les incessants retournements de veste de l’opportuniste Pedro Sanchez. Celui-ci n’a finalement de socialiste que le logo de son pupitre. C’est que Sanchez résume son programme électoral à venger une certaine gauche frustrée et doctrinaire qui ne s’est toujours pas remise de ne pas avoir eu l’opportunité historique de régler ses comptes avec le dictateur Francisco Franco mort, en toute quiétude, dans son lit le 20 novembre 1975. C’est dans ce contexte, que la vice-Présidente du gouvernement Carmen Calvo, l’une des architectes de la gauche moraliste espagnole, à présenté le projet de la première loi sur la mémoire : «C'est la reconnaissance, la réparation, la dignité et la justice pour les victimes, pour nos compatriotes qui ont lutté contre le fascisme dans une période trouble, et dont beaucoup ont perdu la vie, que ce soit en exil, dans les prisons, lors de la répression de la dictature, de manière souvent ignominieuse, et que démocratie ne peut pas oublier.» 

La guerre civile entre nationalistes et républicains de 1936 à 1939 a fait plus de 500’000 morts. Une répression implacable de la dictature franquiste s’en est suivie. Un héritage sur lequel l'Espagne a jeté un voile à l'avènement de la démocratie avec la loi d'Amnistie, empêchant toute poursuite. Puis, une première loi « de mémoire » a été adoptée. Sans pour autant porter tout ses effets et à forte raison. Le texte étant emprunt de schizophrénie. On n’y reconnaît principalement que les victimes du franquisme et non celles pourtant nombreuses de l’autre camp. Par exemple, les quelques 9000 victimes torturées et exécutées, dans la majorité des cas sans aucune forme de procès, sous le règne du président de la Generalitat de l’autonomie catalane Lluís Companys. Sociopathe et avide de pouvoir, celui-ci a décimé plus d’un tiers du clergé catalan. Les religieux ont été massacrés. Il a fait exécuter le maire de la commune de Leída parce qu’il avait célébré le Jour des Rois. Il a systématiquement éliminé ses opposants comme ses anciens alliés. Avec son mouvement politique, la gauche républicaine catalane (ERC), fondé en 1931, il est à l’origine des premiers camps de concentration sur le continent. Pourtant, prétextant le fait qu’il fut fusillé par le dictateur Franco en 1940 à Barcelone, Companys bénéficie de la loi sur la démocratie pour être réhabilité. Occasion qui a naturellement été saisie au bond par l’appareil séparatiste catalan - Quim Torra; Carles Puigdemont; la Generalitat; Diplocat; les CDR; l’ANC; Ómnium Cultural etc - qui ne cesse aujourd’hui d’exiger des excuses officielles et publiques de la part de l’Espagne pour l’exécution de Lluís Companys. La situation est surréaliste. Elle est grotesque. La question qui s’impose étant plutôt : qui va s’excuser pour les milliers de victimes - femmes et enfants - inclus du monstre Companys ? Ce ne sera pas la première fois que Pedro Sanchez vend son âme au diable. Pour faire adopter son budget ou simplement pour se maintenir au pouvoir en sollicitant les votes séparatistes. Hormis Rajoy, ses prédécesseurs le faisaient aussi. À suivre.

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