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Billet de blog 18 oct. 2020

Comment le Parti socialiste catalan a trahi les classes ouvrières

Le Parti socialiste catalan qui a obtenu très tôt une totale liberté vis-à-vis du PSOE à Madrid en échange de suivre celui-ci sur les grandes thématiques nationales n’hésite pas à vendre son âme pour le pouvoir au profit des séparatistes les plus radicaux tels que l’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC).

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Par François Meylan 

À l’automne 2019, j’ai été invité à rencontrer les manifestants espagnols et catalans devant le siège du Parti socialiste catalan*, carrer de Pallars 191, à Barcelone. À cette occasion, j’ai eu l’opportunité de rencontrer un militant pour la vérité de la première heure Andrés Palomares Denia** - nom d’emprunt**:

« Historiquement le Parti socialiste catalan (PSC) a été la "section féminine" du nationalisme catalan. Sa mision a été celle de détourner et de neutraliser le vote de gauche du petit peuple majoritairement hispanophone (de langue maternelle espagnole) au profit de la bourgeoisie catalane et du projet nationaliste.

Pendant des années les gens de gauche originaires d’Andalousie, de Murcie, d´Extrémadure, etc, votaient le PSC croyant voter pour le premier ministre Felipe Gónzalez, alors qu’ils le faisaient en réalité pour le nationaliste catalan Jordi Pujol. Le niveau de conscience et de culture politique a toujours été lamentablement très bas dans ces couches sociales. Je connais ça de près. » M’explique Andrès. 

« Le drame de cette population est son état de confusion et d’aliénation. Une partie de celle-ci vote à gauche pour des raisons sociales et économiques. Parfaitement compréhensibles et légitimes. Par contre, beaucoup le font pour des raisons de croyance difficilement explicables. Sans se rendre compte que leurs intérêts ont toujours été complètement délaissés, voire trahis, par la gauche catalane, aussi bien par la gauche soi-disant constitutionaliste comme par la gauche nationaliste (et donc séparatiste), qui considère la population non catalane d’origine (les classes les plus pauvres de la société catalane en géneral) comme des colons au service d’une puissance étrangère qui occupe illégitimement une Catalogne autrefois indépendante et libre, aujourd´hui opprimée et spoliée par l´État espagnol. Ce qui ne correspond, bien entendu, en rien avec la réalité. » Enchérit Andrès. 

« Malheureusement, cette population venant des quatre coins du pays n’a jamais su s’organiser politiquement en vertu de ses propres intérets de classe et "ethniques" (en défense de sa propre particularité culturelle et identitaire). Elle a cru pendant des décennies qu’elle était suffisemment représentée par le PSC (que beaucoup considéraient comme une succursale du PSOE). Ou, pour les sensibilités plus à droite, par le PP de Catalogne (qui a toujours cédé aux chantages et aux menaces du nationalisme catalan et a été longtemps prisonnier de ses compromisions avec le pouvoir local pour gouverner à Madrid). On se rappelle encore comment l’ancien chef de gouvernement de droite José Mariá Aznar a « vendu » l’indépendance de l’éducation dans l’autonomie catalane en échange de quelques votes catalanistes à Madrid.
Alors que, pour sa part, le PSC qui a obtenu une totale liberté vis-à-vis du PSOE à Madrid en échange de suivre celui-ci sur les grandes thématiques nationales n’hésite pas à vendre son âme au profit des séparatistes les plus radicaux tels que l’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) pour garder le pouvoir. » Complète Andrès.

« À mon avis, l’apparition, il y a peu, du parti libéral Ciudadanos (Cs) - tantôt centre-droite, tantôt centre-gauche - a été précisément une réaction contre cet état de fait. Mais c’est insuffisant. On le voit bien, pour faire face à une situation qui a atteint des dimensions surréalistes tant sur le plan de l’endoctrinement que de celui d’intérêts croisés profonds et inquiétants. Le parti Cs est aujourd’hui ce que l’on pourrait nommer « une politique en retard. » Son discours est encore trop mou pour faire face au défi du nationalisme catalan. Qui avec la complicité du gouvernement de gauche, d’extrême gauche et de nationalistes de Pedro Sánchez, a le champs libre pour imposer son programme et son agenda à toute la population de l’autonomie. »

*Partit dels Socialistes de Catalunya

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