Catalogne : Lluís Companys et l’apologie d’un monstre

En Suisse, on débaptise des lieux portant les noms d’illustres politiques comme Louis Agassiz ou David de Pury en raison d’un passé raciste. Dans l’autonomie catalane, les séparatistes font l’apologie d’un monstre. Jusqu’à vouloir le béatifier. À défaut d’avoir trouvé une justification historique, scientifique ou raciale, tel est le prix pour la construction du mythe sécessionniste

*Le 6 juin 2020, une délégation de Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), mouvement d’extrême gauche tristement rendu célèbre durant les tueries des années trente dans l’autonomie catalane, en Espagne, fut reçue en audience privée au Vatican par Sa Sainteté le Pape François.

Sans en informer l’ambassade d’Espagne à Rome, cette délégation de la municipalité de Manresa a prétexté le 500ème anniversaire de San Ignacio de Loyola dans cette commune de 76 000 âmes, située au nord de Barcelone, à prédominance séparatiste, pour provoquer l’entretien.

Comme le rapporte la journaliste María Jesús Cañizares du média Crónica Global.

Insolite n’est-elle pas cette démarche qui s’inscrit dans une stratégie de long terme sur les chemins de la sécession des pseudos pays catalans. Ceux-ci s’étendraient – selon les plans fantasmagoriques de l’ERC – de la Communauté de Valence à Perpignan, en englobant le sud d’Aragon, toute la Catalogne et l’ensemble des îles Baléares. Or pour la petite histoire si Majorque, Valence et bien entendu Aragon furent jadis des Royaumes, il n’en est rien pour la Catalogne qui n’a jamais formé une entité administrative et politique en tant que telle.

Lors de cette rencontre les activistes de Manresa ont plaidé pour les auteurs de la tentative de coup d’État des 6, 7 septembre et du 1er octobre 2017 dans l’autonomie catalane, aujourd’hui emprisonnés. Mais on ne saurait douter qu’ils ont également appuyé la volonté de béatification de l’ancien président de la Generalitat de Catalogne le défunt Lluis Companys.

L’historien, écrivain et journaliste César Vidal a déjà tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises, entre autres : depuis 2010, un groupe d’ecclésiastiques catalans qui ont pignon sur rue au Vatican tentent de faire béatifier l’avocat, journaliste et politique Companys. Prétextant qu’il fut fusillé par le dictateur espagnol Franco en 1940 durant son mandat de la Generalitat alors qu’il avait été démocratiquement élu. Les sécessionnistes ajoutent que Lluis Companys s’est systématiquement positionné aux côtés des plus démunis. « Le fait que Companys exilé en France occupée et capturé par la Gestapo, fut jugé et exécuté par la dictature franquiste ajoute un romantisme qui séduit nombre de bien pensants dans nos démocraties occidentales » affirme Patricia Gonzalez, responsable pour la Communauté de Valence pour l’association suisse apolitique « Catalunya peuple d’Espagne » qui lutte contre la résurgence du suprémacisme dans l’autonomie catalane.

Dans celle-ci, les avenues, les monuments et autres édifices baptisés du nom de Companys foisonnent : le Stade olympique de Barcelone; le Monument à la Rambla President Lluís Companys à Tarragone; l’Institut Públic Lluís Companys à Ripollet; la Carrer de Lluís Companys à Granollers ; la Carrer de Lluís Companys à Salou etc et etc. On peut poursuivre ainsi sur des pages.

Ce sont des centaines et des centaines de lieux qui portent le nom de l’assassin. Et oui, dans les faits, Lluís Companys, foncièrement anti clergé, fut l’un des plus grands assassins qu’a compté l’Espagne et en particulier la Catalogne.

On déplore, sous son administration non moins de 9000 victimes. De ses opposants politiques, du malheureux maire qui célébra Noël à de nombreux ecclésiastiques, en passant par ses anciens alliés, ils furent nombreux à être passés par les armes.

D’autres furent déportés – on doit à Lluís Companys  les premiers camps de déportation en Europe, avant ceux des Nazis. Au nombre de centaines furent les nonnes à être violées, torturées et exécutées, sans aucune forme de procès. On a même retrouvé 400 sentences de mort signées de sa main.

La liste de toutes ses victimes existe et est à présent publique. On doit au professeur et sociologue Javier Barraycoa, auteur du livre « Les (des)controlados de Companys » un travail de recherches inestimable. Ne serait-ce que pour honorer la mémoire des trop nombreuses victimes du psychopathe Companys. Le sociologue Barraycoa produit de ses nombreux travaux l’image précise du monstre :

«Versatile, opportuniste sans conviction propre, à l’ambition démesurée, narcissique, pervers sans foi, en proie à des crises d’angoisse et à des pleurs incontrôlés, en prise à des crises de colère durant lesquelles il allait jusqu’à arracher sa chemise. Il a non seulement permis mais a aussi encouragé plusieurs milliers d’exécutions sommaires, sans aucune garantie du droit. »

Pour sa part, Nicolas Klein, auteur, professeur, spécialiste de l’Espagne et préparateur aux hautes études, précise dans l’une de ses interviews :

« Lluís Companys (1882-1940), fondateur de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), l’un des principaux partis sécessionnistes catalans actuels, est une icône révérée par l’ensemble du séparatisme. Il a pourtant beaucoup de sang sur les mains, notamment en tant que président de la Generalitat de Catalogne (1934 – 1940). Son exécution par le régime franquiste ne doit pas masquer les responsabilités immenses qu’il a dans la mise en place de camps de concentration, dans la mise à mort sommaire de ses opposants et de nombreux ecclésiastiques.(…) En ce sens, la conception de la politique par Companys n’avait rien de démocratique (il parlait lui-même de démocratie expéditive, ce qui en dit long sur le personnage). Il n’est donc pas surprenant qu’il soit admiré par ses descendants idéologiques… »

Alors qu’en Suisse on débaptise des lieux portant les noms d’illustres politiques comme Louis Agassiz ou encore David de Pury en raison d’un passé raciste, dans l’autonomie catalane, les séparatistes s’évertuent à faire l’apologie d’un monstre. Jusqu’à vouloir le béatifier. À défaut d’avoir trouvé une justification historique, scientifique ou raciale, tel est le prix pour la construction du mythe sécessionniste.

*Publié une première fois le 26 août 2020 dans « Réseau International »

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