Jean Castex - Allégance à la police du 93

1ER ACTE POLITIQUE DE JEAN CASTEX : PRÊTER ALLÉGEANCE À LA POLICE DU 93 - Le 1er ministre flatte sa garde prétorienne avant d'attaquer les droits sociaux -

Nantes Révoltée, il y a 6 h

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Certains gestes symboliques valent tous les discours. Alors que les violences policières et le racisme dans la police sont dénoncés massivement, que des agents de Seine-Saint-Denis sont au cœur d'un énorme scandale de trafic, d'agressions et corruption qui durait depuis des années, Jean Castex a organisé dimanche 5 juillet une « visite surprise » au commissariat de la Courneuve pour « soutenir » la police du 93. C'est son premier acte politique en tant que Premier Ministre.

➤ Accueilli par des policiers en armes, et accompagné du sinistre préfet Lallement, le chef du gouvernement a déclaré : « Je suis ce soir au contact de celles et ceux qui s'engagent pour protéger nos concitoyens. Je sais qu'ils attendent de nous des actes. Ils viendront. Ils attendent aussi de la reconnaissance et du soutien, ils seront sans failles ». L'ancien conseiller de Sarkozy affirme d'entrée de jeu une ligne de droite extrême, faisant corps derrière les forces de l'ordre. Il l'a dit lors de son premier discours sur TF1, les « valeurs de la république » ne sont pas, pour lui, « liberté, égalité, fraternité », mais autorité, répression et inégalités.

➤ En Seine Saint-Denis, la fresque en hommage à Adama Traoré a été vandalisée hier, et la police locale est régulièrement mise en cause dans des affaires graves, et toujours impunies. Ce déplacement a valeur de symbole. Ce lundi, le préfet de Paris autorise officiellement les « courses poursuites » de la police en banlieue. Une pratique qui n'avait jamais cessé, mais qui avait été limitée depuis 2015. Ici encore, il s'agit d'un symbole : la bride est lâchée.

➤ Dans l’Antiquité romaine, s’assurer du soutien de l’armée et de la garde prétorienne était indispensable pour un homme de pouvoir qui voulait régner sur l’Empire. Se plier aux volontés de la police et de ses puissants syndicats est aujourd’hui un préalable indispensable pour s'assurer du pouvoir dans une République. Le Premier Ministre met en scène son allégeance aux forces de l'ordre. Au point qu'on ne sait plus si c'est la police qui sert le gouvernement, ou le gouvernement qui sert la police.

➤ On peut légitimement se demander s'il ne s'agit pas de flatter les troupes avant une nouvelle vague de répression pour matter les mobilisations, qui arriveront nécessairement lorsque le gouvernement relancera la réforme des retraites, entre autres attaques sociales.


La police du 93 c'est...

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comment des policiers de la CSI 93 ont piégé une de leurs victimes avec un sachet rempli de stupéfia © France 75

Dissolution de la CSI 93. Racket, racisme, violences : « la hiérachie était au courant »

Ce lundi six policiers de la compagnie de sécurisation et d’intervention de Seine-Saint-Denis (CSI 93) ont fait l’objet d’une enquête pour transports de stupéfiants et faux en écriture. De fait, depuis plusieurs années, entre violences, propos racistes, interpellations arbitraires, confiscation et racket de stupéfiants ou encore procédures falsifiées, la liste des méthodes effroyables employées par cette brigade est très longue. Cette compagnie fait l’objet de dix-sept enquêtes préliminaires menées par le parquet de Bobigny. La première plainte qui a lancé ces enquêtes date de la fin de l’été 2019 et émane d’un homme accusé à tort de détention de cannabis. Ce dernier a été innocenté par un extrait issu d’une caméra de vidéosurveillance d’un commerce de Seine-Saint-Denis. On y voit l’un d’eux jeter un sachet de résine de cannabis au pied d’un homme lors d’un contrôle de police puis l’interpeller pour détention de ce même cannabis. Le jeune homme, qui a témoigné pour France Inter avait également expliqué les violences qu’il a subies « Il y a deux policiers qui me prennent alors les deux jambes et qui me tirent en arrière pour que je tombe la tête la première sur le sol. Tous les policiers se jettent sur moi, m’écrasent, m’étouffent, m’étranglent, me mettent des coups et à partir de là, je n’ai plus rien compris ». Par la suite, de nombreuses plaintes, concernant notamment six policiers de la CSI 93, ont abouties ce lundi à leur interpellation.

D’après Le Parisien : « dès le mois de décembre 2014, la hiérarchie de la compagnie de sécurisation et d’intervention de Seine-Saint-Denis (CSI 93) signalait le comportement odieux et raciste de certains de ces vingt-et-un fonctionnaires. Elle expliquait avoir entendu sur les ondes ses subordonnés se gargariser « de bosser le 31 », seul jour de l’année pour pouvoir « taper » sur certaines personnes » Seule résolution prise à ce moment-là : le transfert dans d’autres brigades des individus problématiques pour la direction. Cela prouve bel et bien qu’il a fallu que l’affaire devienne publique pour que de réelles mesures soient entreprises.
 
C’est finalement ce jeudi que quatre des six policiers interpellés lundi ont été mis en examen à la fin de leur garde à vue et qu’il a été décidé qu’ils ne pourraient plus exercer leur fonction. Dans le même temps le préfet de police a annoncé la dissolution complète du service de la CSI 93.
 
Cette affaire rappelle le procès de 18 anciens membres d’une BAC des quartiers nord de Marseille en juin 2019 pour des faits remontants à 2011 : vols de drogue ou d’argent lors d’interventions dans des cités. Lors de perquisitions à leur domicile des nombreux stupéfiants ont été trouvé à l’instar d’une planque de drogue récemment découverte à proximité d’un CSI93. Cela montre que les agissements des policiers de la CSI93 ne sont pas des faits exceptionnels mais plutôt le fonctionnement habituel de la police dans les quartiers populaires. D’ailleurs ces agissements étaient cautionnés par leur hiérarchie comme l’affirme un membre du CSI 93 à LCI : « Elle est au courant car ça se passe sous ses yeux. Et elle l’encourage car ça fait plaisir à tout le monde car derrière tout cela, il y a une culture du chiffre. […] Toute la hiérarchie est au courant. Ça part du chef de section au major de compagnie, à l’officier et au chef de service. »

Ces révélations montrent donc bien que c’est tout un système qui est touché et non quelques individus. Et si ces quelques policiers sont aujourd’hui condamnés du fait de l’ampleur prise par l’affaire combiné à la nécessité de montrer patte blanche pour l’institution policière confrontée à une mobilisation historique contre les violences policières, ces condamnations individuelles visent à couvrir des pratiques systématiques, cautionnées et même encouragées, en les faisant passer pour les dérives de quelques policiers problématiques. Pourtant, c’est le système policier raciste qui défend les intérêts des classes dominantes qui continue à perdurer au-delà des individus épisodiquement mis au ban de l’institution. La même institution qui entretient l’impunité dans l’extrême majorité des cas de violences policières dans les quartiers populaires, à l’instar de la mort d’Adama Traoré, qui aujourd’hui soulève les foules pour dire stop aux violences policières et au racisme d’État.


C'EST PAS NOUS LES RACAILLES, C'EST EUX LES RACAILLES, C'EST LE GOUVERNEMENT ! DEHORS, DEHORS LE GOUVERNEMENT !

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