Amnesty International - Les droits humains à l'épreuve du Covid-19

Instrumentalisation du virus, égoïsme des pays riches, diabolisation de la science,… Beaucoup de dirigeants et dirigeantes du monde n’ont pas été à la hauteur du défi qu’a représenté la crise du Covid-19. Par ailleurs, des années de politiques discriminatoires et injustes ont aggravé cette situation. Dans cette vidéo ↓, retour sur un an de pandémie.

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LA SITUATION DES DROITS HUMAINS DANS LE MONDE

Un an d'enquête, 149 pays analysés...

AMNESTY INTERNATIONAL - RAPPORT 2020/21

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https://www.amnesty.org/download/Documents/POL1032022021FRENCH.PDF

Rapport commenté ici ↓ par Cécile Coudrioux, présidente d'Amnesty International

2020 à l'épreuve du Covid-19 (et des dirigeants du monde)

LE CONSTAT EST ACCABLANT

Instrumentalisation de la pandémie par des dirigeants extrêmement cyniques pour assoir leur pouvoir. Les États ont failli dans leur devoir de protection, et la pandémie a aggravé les inégalités et touché durement les plus vulnérables : les femmes, dont les droits ont été bafoués ; les minorités, LGBTI et minorités religieuses ; les populations réfugiées ou migrantes, parquées dans des camps et victimes de violences ; le droit d'asile n'a pas été respecté ; les personnes en premières lignes, dont soignant.e.s ; le système de santé était depuis longtemps négligé dans la plupart des États, la pandémie a eu un impact terrible sur elles ; les États se sont montrés incapables de protéger leurs populations, et les gens qui étaient déjà dans la précarité et dans l'extrême pauvreté ont été touchés de plein fouet.

UNE SOUCHE VIRULENTE DE DIRIGEANTS

Ils ont  pour assoir leur pouvoir et rogner d'avantage sur les libertés fondamentales. Au lieu de laisser circuler les informations pourtant vitales pour lutter contre la pandémie, des pays tels que la Chine, la Russie et l'Égypte ont persécuté toute personne qui voulait faire passer des messages pour protéger la population. En Égypte et dans d'autres pays, des lois ont été passées pour empêcher la circulation de ce que les dirigeants politiques qualifient de « fausses rumeurs ». Le droit de manifester a été bafoué et réprimé dans bien des pays, notamment au Nigéria, et au Brésil où près de 4000 personnes ont perdu la vie. Des lois liberticides ont servi, à Hong Kong notamment, pour empêcher toute manifestation afin de mettre un terme aux mouvements pro démocratie. Et partout dans le monde, les manifestations ont été sauvagement réprimées, exemple extrême : aux Philippines, Duterte a ordonné à ses forces de police de « tirer pour tuer ». Par ailleurs, il y a des gouvernements qui, pandémie ou pas, empêchent toute liberté d'expression.

À l'échelle nationale, les État n'ont pas fait suffisamment pour protéger leur population. Le droit à la vie et à la santé n'a donc pas été protégé, plus incapacité à mettre en place une coopération internationale. Dans bien des pays, la majorité des gens travaille dans le "secteur informel" : 71 % n'ont pas de protection sociale en cas de crise.

Et l'impact du Covid sur les droits humains ne doit pas faire oublier les autres violations : Yémen, Syrie, etc... Les persécutions contre les minorités se sont poursuivies, et les défenseurs des droits humains n'ont pas pu faire leur travail sans prendre des risques terribles. L'Amérique latine reste la région la plus dangereuse où ils a le plus de personnes qui sont assassinées en raison de leur militantisme pour les droits humain ou l'environnement. En Arabie saoudite, en Égypte et dans d'autres pays, les défenseurs des droits humains ont été arrêtés, persécutés. Nasrin Sotoudeh, la célèbre avocate iranienne, n'a toujours pas été libérée de manière définitive. Par ailleurs, il y a eu aussi beaucoup de violations du droit des femmes à travers le monde, notamment des attaques contre le droit à l'avortement, y compris au coeur même de l'Europe comme en Pologne, ou en Hongrie sur la question du genre. Dans tous ces pays, les défenseurs des droits humains ont fait preuve d'un courage exemplaire, mais malgré cela, ils font toujours face à des persécutions terribles.

RESTRICTIONS AU DROIT DE MANIFESTER, VENTES D'ARMES, LA FRANCE N'EST PAS EN RESTE

(6:47) « Tout d'abord, le droit de manifester continue d'être menacé, et notre doctrine de maintien de l'ordre est trop axée sur la répression. Il y a eu un usage excessif de la force dans bien des manifestations, au lieu de respecter les principes de nécessité et de proportionnalité. À cela s'ajoute un sentiment d'impunité.

C'est pourquoi nous préconisons la mise en place d'un système à mécanisme indépendant pour pouvoir mener des enquêtes en cas de manquement par les forces de l'ordre. Le gouvernement cherche trop souvent à le nier, mais la discrimination reste systémique en France. C'est pourquoi – c'est une première – nous avons décidé de mettre en demeure, avec 5 autres ONG, l'État français de mettre un terme aux contrôles d'identité discriminatoires.

La politique migratoire de la France reste également extrêmement préoccupante. Les mauvais traitements se sont poursuivis à l'encontre des migrant.e.s, mais aussi la persécution des aidant.e.s, les personnes qui sont solidaires avec elles. Le droit d'asile a parfois été bafoué, avec des personnes refoulées à la frontière franco-italienne par exemple. Cette politique migratoire reste absolument indigne d'un pays comme la France, qui devrait faire davantage pour l'acceuil des personnes réfugiées et migrantes, notamment pendant la pandémie, ça s'est encore aggravée où l'accès au droit d'asile a été encore plus empêché. »

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FACE À L'ATTITUDE DES GOUVERNEMENTS, DE NOMBREUSES PERSONNES SE SONT MOBILISÉES

Contre les discriminations avec Black Lives Matter, mais aussi contre la corruption comme au Nigéria ou au Liban, contre les élections volées comme au Bélarus, pour la démocratie, à Hong Kong et tant d'autres, nous avons continué à nous mobiliser. Car nous avons aussi obtenu des victoires. Bien des défenseurs des droits humains ou des personnes emprisonnées injustement ont été libérées. Il y a également des bonnes nouvelles du côté du droit des femmes : la fin des mutilations génitales au Soudan, mais aussi l'avortement enfin légalisé en Irnlande du Nord, en Argentine, en Corée du Sud. Les personnes de même sexe pourront enfin se marier au Costa Rica, en Suisse, ou encore en Irlande du Nord. Également, du côté des personnes qui aident les migrant.e.s et réfugié.e.s, il y a des bonnes nouvelles, car par exemple Martine Landry a été relaxée définitivement, et plus récemment, Cédric Herrou.

Donc, cela avance, et nous devons continuer à nous mobiliser tout.e.s ensemble, pour faire avancer le respect des droits humains.

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QUE NOUS DIT CE RAPPORT 2020-2021 ?

Certes, la pandémie a durement impacté les droits humains, et d'autres violations ont perduré. MAIS IL NOUS DIT AUSSI LA CAPACITÉ DES PEUPLES À SE SOULEVER, À SE MOBILISER ET À OBTENIR DES VICTOIRES. IL NOUS DIT SURTOUT QUE CETTE ASPIRATION À VOIR LES DROTS HUMAINS RESPECTÉS EST DÉCIDÉMENT UNIVERSELLE.

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