Win Rebbi - La part de Dieu

Un beau texte sur l'Humain qui nous vient de l'Algérie du Hirak.

Khodja Beneloucif‎   ►  L'Algerie et ses traditions  -  11 septembre 2020

algerietraditions

exister-1

Jusqu'à l'age de 7 ans, j'ai cru que Dieu venait chaque jour déjeuner avec nous en famille ! ... Explication ...

Quand j’étais jeune enfant, j’ai demandé à ma mère pourquoi elle cuisinait pour quinze personnes, alors que ne nous sommes que douze. Elle m'avait répondu en berbère c’est « Win Rebbi ».. traduisez « C’est la part de Dieu » … Et longtemps j’ai cru, que Dieu, Himself, venait chaque jour, à la maison (tout en restant invisible) pour partager notre repas familial ... et qu’il avait même droit à trois parts... et je trouvais ça normal .. puisque c'est Dieu !

Quand j’ai grandi, j’ai compris le sens de la phrase et du geste de ma mère. C’est que dans la tradition Amazighe. On ajoute toujours quelques parts en pensant que quelqu’un allait débarquer à l’improviste, ou qu’un mendiant frapperait à la porte . Et donc, Avec ses parts supplémentaires: « Win Rebbi » … on est sur d’avoir assez pour les nourrir.

Après mon bac, et durant mes études en Suisse, j’avais l’habitude, avec mes copains d’HEC de Lausanne, de faire des Escapades en Italie … et lors d’une escapade à Naples, j’ai remarqué que dans le bar où on était ... plusieurs mendiants, venaient prendre un café et ils sortaient sans payer un seul centime.

Intrigué par cette générosité sans bornes, j’ai appelé le serveur pour lui payer et j’en ai profité pour le féliciter pour la générosité de son patron…

Sa réponse : « Ce n’est pas le patron qu’il faudrait féliciter, c’est les clients, car ici nous avons la tradition du « caffè sospeso » traduisez "Café Suspendu" ... qui est une tradition de solidarité envers les plus pauvres, pratiquée dans les bars napolitains. Elle est née après la 2ème guerre mondiale … Elle consiste – pour un Napolitain heureux et quelle qu’en soit la raison – à commander un café et en payer deux, un pour lui et un autre pour un client démuni qui en fera la demande. » ..

Je l’ai remercié pour son explication, et je lui ai dis que chez nous aussi, dans mon Oasis natale, cette tradition existe et ça s’appelle « Win Rebbi » … et les Berbères la pratiquent depuis la nuit des temps … Il ne m’a pas cru !… mais ça ne m’a pas empêché de payer mon café et un « café suspendu » qui attendra un démuni napolitain …

Il y'a quelques mois, j’ai parlé de « Win Rebbi » à un ami espagnol qui a un restaurant à Marrakech, et il a été séduit par cette tradition berbère ... et il a l’appliqué … le concept de " Win Rebbi" : c’est de passer du "café suspendu" à "un repas solidaire" chez les restaurateurs, " la baguette solidaire" chez les boulanger, " des légumes solidaires" chez le marchand de légume ... et ainsi de suite !

Vu le succès de cette opération, j’ai décidé d’en parler à d’autres partenaires et de créer un site pour indiquer leurs adresses avec le label « Win Rebbi » … pour inciter les gens à aller y consommer ... et aux nécessiteux d'y trouver à manger ou à boire d'une manière anonyme.

Qu’en pensez-vous ?...

Azul !
Omar Louzi

omarlousi

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.