Hommage au professeur Debré, par Patrice Gibertie

Celui qui le premier dénonça Big Pharma et le massacre des hôpitaux par les politiques . Quelques semaines avant de mourir le professeur Debré dénonçait la gestion lamentable de la crise du Covid.

Ce billet fait suite à un autre, 'vieux' de quatre mois :

Le temps des assassins | 7 mai 2020 - Par Gabas - Coronavirus : Quand l'ARS conseille de laisser mourir - Dans un document à destination des professionnels de santé, l’ARS Île-de-France délivre des consignes claires sur les admissions en réanimation et le choix des patients à sacrifier, faute de moyens - Billet mis à jour le 14 septembre.

Je le complète ici par un texte sur le même sujet, extrait du blog de Patrice Gilberti 1

blogpatricegilbertie


https://pgibertie.com/2020/09/13/celui-qui-le-premier-denonca-big-pharma-et-le-massacre-des-hopitaux-par-les-politiques-quelques-semaines-avant-de-mourir-le-professeur-debre-denoncait-la-gestion-lamentable-de-la-crise-du-covid/comment-page-1/

← Salauds de vieux!

Publié le 13 septembre 2020

bernarddebre

Bernard Debré est mort, je l’aimais bien. Brillant professeur il osa s’en prendre à Big pharma et à la désinformation  que nous subissons encore.

Superbe intelligence qui contraste tant avec le côté laborieux de Jean Louis son jumeau, il refusa de courber l’échine et fut un trublion de la droite.

Il fut avant d’autres victimes de l’infame Conseil de l’Ordre des médecins pour toutes les vérités dévoilées  dans  son Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux (2012) Il  lui avait valu une condamnation par le Conseil de l’Ordre à un an d’interdiction d’exercice pour « non-confraternité ». Après des mois de polémiques, de tribunes et de débats enflammés, la sanction avait finalement été commuée en blâme…

Raoult pris la défense de Debré : « Ainsi, petit à petit, cette dérive des essais thérapeutiques imposée par leurs promoteurs, qui se fait au détriment des principaux concernés, les malades, entraîne une augmentation considérable du coût de la mise sur le marché des médicaments et nous désapprend un principe fondamental : l’intérêt du patient ! »

Dans Dépression, antidépresseur : le guide, il ressortait sa sulfateuse afin d’accuser pêle-mêle l’industrie pharmaceutique de recycler sans cesse les mêmes molécules, à l’efficacité discutable, pour les vendre dix fois plus cher, et les médecins de prescrire à tour de bras des antidépresseurs inutiles dans 80 % des cas. 

En 2009 il se moqua beaucoup de Roselyne Bachelot qui interdisait aux médecins généralistes de vacciner contre le virus H1N1 pour organiser de gigantesques et inefficaces centres de vaccinations dans les gymnases : « Il y a 800 cas répertoriés en France. C’est une plaisanterie ! Va-t-on se mettre à comptabiliser les diarrhées ? », a-t-il déclaré.

« Il est inutile d’affoler les populations sauf à vouloir leur marteler, à des fins politiques, le message suivant : bonnes gens dormez sans crainte, nous veillons sur vous »

 Dans un livre paru en 1997 (L’Illusion humanitaire),  il se moquait des compromissions politiques du « charity-business » et autres « French Doctors »

Malade il publie pourtant «  La France malade de sa santé »

« Les administratifs gèrent l’hôpital. Le médecin n’a même plus de pouvoir sur son propre service », déplore t il , très en colère

La réforme de Robert Debré (son grand père, conseiller du Général), en 1958- 1959, avait transformé l’univers de la médecine française avec la création du CHU (centre hospitalier universitaire), véritable temple. Ce fut l’âge d’or pendant une vingtaine d’années. Auparavant, les médecins allaient à l’hôpital tous les matins, et l’après-midi en clinique pour gagner de l’argent. Robert Debré a imposé que ceux qui travaillent à l’hôpital y travaillent à temps plein. Imaginez le tollé. Le gouvernement a tenu, et dix ans après, plus personne ne voulait quitter l’hôpital. Les médecins avaient le matériel moderne, les médicaments, l’aura du médecin hospitalier, du professeur, de l’agrégé… Et puis, l’administration s’est emparée progressivement de l’hôpital.

J’avais un seul directeur à l’hôpital Cochin dans les années quatre-vingt-dix, et maintenant, il y a huit sous-directeurs. Le personnel hospitalier administratif – ceux qui ne sont ni médecins ni soignants – est passé de 15 à 38 %! Et en même temps, on a réduit les dépenses, qui étaient jugées excessives, sur le dos du personnel soignant. La tarification à l’acte instaurée en 2003 a eu des effets pervers: il fallait opérer à tout prix pour que l’hôpital soit rentable.

La réforme de Roselyne Bachelot, en 2008, a été catastrophique: elle a conféré tous les pouvoirs au directeur, qui n’est jamais un médecin. Il faut passer par une cascade de décideurs administratifs qui, pour montrer leur petit pouvoir, répondent oui ou non. Je vous cite un exemple: un mécène veut m’offrir un robot opératoire qui coûte un million d’euros mais on me le refuse sous prétexte qu’il occuperait une salle d’opération, qui serait donc moins rentabilisée ! Tandis que dans les cliniques, vous avez tout le matériel technologique nécessaire. Même chose pour les IRM et les scanners. Nous étions les derniers à en avoir parce que l’administration jugeait ce matériel trop cher. À tel point qu’on envoyait nos étudiants se former dans les cliniques! Résultat, les médecins sont partis dans le privé. On a dû faire appel à des médecins étrangers. Il y a trente ans, on les formait pour les renvoyer chez eux et les faire rayonner, et maintenant on les rappelle puisqu’on n’a plus personne.

La réforme des trente-cinq heures enfin a fini de fusiller ce qui restait de l’hôpital. C’est tellement impossible à appliquer que des millions de RTT sont toujours dans la nature, parce que les infirmières, qui ont une conscience professionnelle, ne les prennent pas.

On ne quitte pas le navire en pleine tempête ! De toute façon, aujourd’hui, le ministre est complètement impuissant face à son administration. C’est comme à l’hôpital : les médecins passent, le directeur reste.

. Pourquoi la France a-t-elle eu un tel nombre de morts ? On n’avait ni masques ni tests. Emmanuel Macron est là depuis trois ans, et même si François Hollande, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac l’ont précédé, il n’a rien fait non plus pour préparer la France à une épidémie. Arrive ce virus, et on réalise qu’on manque de lits, et que nos voisins allemands en ont cinq fois plus que nous. La responsabilité du manque de masques incombe au ministre en place mais la faute est partagée entre les ministres successifs, leurs cabinets et l’administration qui les relaient. Ce qui s’est délité en France, c’est la hiérarchie ministérielle. Un ministre devrait tout savoir, être responsable de tout ce qui dépend de son ministère, vérifier qu’il est obéi et que ses directives sont bien appliquées. Si le ministre délègue trop et ne se tient pas au courant, il arrive ce qui est arrivé. Notre système hypercentralisé nous a handicapés. Vous auriez eu une compétition entre les régions et entre les CHU, les choses auraient été différentes. Cette centralisation a toujours existé ; elle a été accentuée par la réforme de 1958-1959.

De plus, le secteur privé n’a pas été associé aux décisions. Les cliniques n’ont pas mis à disposition leurs lits pendant l’épidémie, contrairement à ce que dit Olivier Véran, qui n’a d’ailleurs pas arrêté de mentir. Il a menti sur les masques, qu’il disait inutiles et dangereux, puis sur les tests et les écouvillons 

Il y a beaucoup du Professeur Debré chez Raoult et Perronne..

(1) Patrice Gibertie : agrégé d'histoire, professeur de chaire supérieure en géopo-litique et histoire économique. Il a enseigné en classes préparatoires, fondé et dirigé les CPGE du Lycée Notre Dame du Grandchamp à Versailles. Il a été chargé de cours à l'Université de Bordeaux III.


Une réflexion personnelle

La gestion lamentable de la crise sanitaire en France (février-mai 2020) par le gouvernement de Macron, c'est... la banalité du Mal.

Et à ce propos, mon opinion est que si le marigot antisocial et liberticide dans lequel le gouvernement Macron nous enfonce s'explique par le projet de réduire définitivement au silence toute opposition politico-sociale au CAC40﹣l'occasion fait le larron −, la motivation no 1 de Macron et son monde est d'échapper à tout prix à un Nuremberg du Covid... Qui se tiendra forcément, un jour ou l'autre.

NI OUBLI NI PARDON.

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