Dialogue social-corporatiste et union sacrée contre les travailleurs

Janvier 2015 : lancement de la « Grande Conférence Sociale » annuelle …

Cadre des négociations : union nationale (du capital et du travail) sous les lambris dorés de l'Etat corporatiste, en avant les soldats de la compétitivité nationale, tous derrière le Medef et tagada tsoin-tsoin !

19 janvier : premier round

Selon l'AFP, « la presse de lundi constate amèrement que l’esprit d’union nationale né des attentats de Paris commence à se fissurer » ... Enfer et damnation !

Dans son "Opinion", l’ami des patrons Nicolas Beytout se désole : « Une partie de la population française a osé avouer qu’elle n’était pas Charlie ; le climat social se tend à nouveau avec une grève des routiers et l’échec des négociations patronat-syndicats sur la réforme du droit du travail » ...

Effet Global Warming ?

Via ses "Echos", le Medef s’indigne et en appelle au Saint-Esprit du 11 janvier : « Ce serait tout de même assez malvenu que les partenaires sociaux n’arrivent pas à signer un accord sur le dialogue social, alors que la France a fait preuve d’une unité nationale exceptionnelle ces derniers jours sur des sujets bien plus graves ».

Ben oui ! Ça sert à quoi que le moi présidentiel du dialogue national se décarcasse ?

Du coup, l’Elysée renchérit dans "Le Figaro" : « C’est une réforme fondamentale. Compte tenu du contexte d’union nationale, les Français ne comprendraient pas que les partenaires sociaux ne se mettent pas d’accord. » 

Le même jour, à l’occasion de ses « voeux aux partenaires sociaux », François Hollande rappelle ses ouailles à l’ordre : pour se hisser « à la hauteur » de la réaction des Français aux attentats, il faut « accélérer la marche » des négociations sur le pacte de responsabilité, sinon gare aux fesses des social-partenaires !

La signature semble à portée de main : CFTC, CFDT, CGC et MEDEF accordent leurs violons sur la fusion des « instances » (CE, CHSCT, DP et DS) en un « conseil d’entreprise » unique … 

Mais patatras : suite à restriction mentale de la CFTC et de la CGC, l’Esprit saint de la CFDT se dégonfle !

22 janvier : deuxième round 

Maudissant les infidèles restés fidèles à la charte d’Amiens (CGT et CGT-FO), le journal patronal Les Echos s’inquiète : « S’y ajoute le risque, si la CFTC ou la CGC joint ses voix à la CGT et FO, d’une opposition syndicale bloquant un nouvel accord ».

Hollande menace : «  Un échec aurait des conséquences qui iraient bien au delà de cette réforme. […] Vous avez un rendez-vous jeudi et je pense que c’est le dernier ». 

Résultat des courses : nouvel échec !

D’où changement de pied présidentiel : « Plutôt qu’une grande réunion une fois par an, qui définit une feuille de route générale, mieux vaut fixer plusieurs rendez-vous sur des thèmes précis ». 

23 janvier, état des lieux

Raymond Soubie (expert en relations sarko-sociales) : « La dernière édition, à l’été 2014, avait été marquée par la non-participation d’une partie des syndicats, comme FO et la CGT. François Hollande en tire les conséquences. C’est un chois pragmatique : il voit bien que le dialogue social est plus difficile. […] Dans ce contexte, l’Elysée a compris qu’il aurait été difficile et risqué de repartir dès l’été prochain sur le même mode opératoire. […] C’est un changement de forme, pas de fond. […] Le dialogue social sera de plus en plus difficile car il y a clairement un durcissement de la base côté patronat et, côté syndicats, la CFDT ne peut pas éternellement tout porter toute seule … »

Lundi 26 janvier ...

Manifestation intersyndicale (CGT, FO, FSU et Solidaires) à Paris contre le projet de loi Macron qui « participe à la mise en oeuvre du pacte de responsabilité » : une première étape dans la construction d'un mouvement unitaire visant à « mettre un coup d'arrêt à ces politiques ».

L'appel à la mobilisation est reproduit ici.

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