États-Unis : Trump est-il vraiment finit ?

Les manifestations qui ont lieu au États-Unis depuis le 26 mai suite au tragique décès de Georges Floyd mettent en difficulté le président Américain qui semble payer à la fois son incompétence et sa complaisance pour le racisme institutionnel qui ronge le pays. De là a enterré l'ancien magnat de l'immobilier New-yorkais ? Rien n'est moins sûr.

 

 

Nous sommes le 1er Juin 2020. Le voilà réfugié dans un bunker. Alors que dehors la colère gronde devant la Maison Blanche, miroir de tout un pays, Donald Trump, le "Commander in Chief" reste prostré dans sa grotte, acculé, presque apeuré. Douloureux retour à la réalité, pour celui qui se voyait il y a quelques mois comme l’empereur sur sa colline, auréolé de ses réussites économiques et sauvé par les divisions de ses adversaires démocrates.. Après quelques heures Trump ordonna finalement aux forces de l'ordre de "faire place", les manifestants furent violemment chassé du Lafayette square à coup de gaz lacrymogène pour laisser passer le président, qui fila vers l'église Saint-John, haranguant devant les caméras, qu'il était le président de "la loi et de l'ordre", une bible à la main. 

Cette réaction aussi brutale qu'incohérente au vu de la tension qui règne dans le pays, est en réalité purement stratégique et électoraliste. L'homme d'affaire pense qu'en enfilant les habits du caporal de forteresse  il pourra rebondir en mobilisant sa base, face aux "milices antifascistes" qui cassent le pays . C’est  une de ses dernières chances après une gestion calamiteuse de la crise du Covid-19 et des manifestations contre les violences policières. Est-ce suffisant pour faire dérailler le train d'une présidentielle qui semble promise au candidat démocrate Joe Biden ? L'incertitude est totale.

Petit retour en arrière, nous sommes en novembre 2019, durant cette période, même les journalistes de la chaîne CNN habituellement opposée au président semble ici le  reconnaître; Trump aurait réussi son "pari économique". Un taux de chômage qui tombe à 3,5% en 2019 contre 4,7% en 2016, des salaires qui augmentent de 2,9% sur 3 ans, un PIB de 2,3% avant la crise du Covid-19, bref  il n'en fallait pas plus à certain pour crier au miracle économique, accordé au baiser miraculeux du milliardaire. Même si la réussite de Trump est à relativiser, notamment sur la question du chômage (les créations d'emplois n'ont fait, en réalité, que suivre le rythme impulsé par Barack Obama qui était parvenu à créer 225 000 emplois sur l'année 2015 contre 195 000 en 2019 et 171 000 en 2018 pour le Président Trump), les américains, semblaient plutôt satisfaits du travail de leur dirigeant, malgré les nombreuses sorties scandaleuse du milliardaire qui ont régulièrement défrayée la chronique . Ses tweets outranciers semblaient glisser sur la majorité de la population,  sans vraiment les atteindre. Pour ne rien gâcher, les adversaires du président républicain sont à l'époque empêtrés dans une âpre primaire qui opposent les modérés du parti démocrates, incarné par Joe Biden et Pete Buttigieg, aux progressistes représentés par Bernie Sanders.

 Pendant que les démocrates s'affrontent, parfois violemment, Trump, lui, exulte. Il commente sur Twitter l'élection, avec acidité et mépris, aucun des ses potentiels rivaux ne semblent avoir les moyens politique de le contester. Trump pouvait espérer partir en campagne avec une, voire deux longueurs d'avance sur ses adversaires, grâce à un bilan en apparence solide ( dont il fera l'axe principal de sa campagne), une armée de bénévoles, un parti républicain à sa botte et des fonds de campagne impressionnants. Cependant, s’essayer à lutter contre l’Histoire, n’est pas dans les pouvoir attribués aux êtres humains, et le réaliser est parfois brutal...

 Au même titre  que le monde entier, les Etats-Unis furent touché par la vague de Covid-19, devenant en très peu de temps l'épicentre de l'épidémie avec plus de 1,2 millions de cas début juin, et surtout avec un nombres de morts terrifiant, plus de 100 000. La faute aux errements de la Maison Blanche et de son habitant, qui furent au début très opposés aux indispensables mesures de confinement, renvoyant les gouverneurs à leurs propres appréciations, zigzaguant sans réelle stratégie. Cette incapacité à prendre une décision relève encore une fois du calcul politique, dans un moment pourtant dramatique. Avec cette mesure ce sont les gouverneurs qui sont responsables et non le chef de l'état, notamment en cas de tempête économique post-confinement. Voilà un maigre sens de l’intérêt général et du pays. 

Il ne se priva d'ailleurs pas pour encourager les soulèvements anti-confinement qui eurent lieu mi-avril dans les états du Michigan et du Minnesota, appelant, sur Twitter encore une fois, à libérer les états "soumis" au carcan sanitaire. Les américains ne furent évidemment pas dupent et jugèrent l'action de Trump pour ce qu'elle est, déplorable et incompétente. Puis, ce que le président redoutait le plus se produit, en simultané de l'explosion du nombre de malades, le nombre de chômeurs fini par atteindre le record de 16 millions de personnes sans emplois fin avril, ruinant le bilan du magnat de l'immobilier et plongeant les Etats-Unis dans l'une des pires crises de leur histoire. 

Suite à cette contextualisation nécessaire, nous pouvons souligner une attitude que le président Trump adopte, dès qu'un obstacle se présente à lui: il se raidit, s’assèche, se radicalise encore, allumé partout des contre-feux, il insulte, ment, gesticule. Dos au mur il devient dangereux au sens propre du terme. Un comportement aux allures enfantines,  qui met un point d'honneur à apparaître là où l'on ne l'attend pas quand bien même cela ne fait pas sens. Néanmoins, comme à son habitude, cela relève de la “com”, de l’esbroufe. La culture de la "pirouette", claquer des doigts, distraire l'attention en attendant de retrouver un point d'accroche, le tout en atteignant des sommets de populisme. Hystériser, diviser, encore et toujours. Il nécessaire de comprendre ces facettes du personnage, pour mieux intégrer les propos qui suivent...

 Nous sommes le 25 mai 2020 à Minneapolis dans l'état du Minnesota. Georges Floyde, 46 ans, quitte son domicile aux environs de 20h,  pour s'acheter un paquet de cigarette. Il semblait avoir un peu bu, en tout cas assez pour l'épicier, qui appela la 911. Quelques minutes plus tard les policiers interpellaient Georges, une arme braquée en sa direction. Puis vient la confusion, il est menotté et brutalisé, pourtant il ne présente aucun signe de résistance ni  de violence. Finalement il s'effondre. Une fois au sol l'un des policiers effectue sur lui un plaquage ventral, plaçant son genou au niveau du cou. Floyd ne peux plus respirer, il s’époumone et bafouille "i can't breath, please". La scène, insoutenable, est filmée par un témoin. Un instant plus tard, la vie le quitte. 

La vidéo de l'interpellation de Georges Floyd se répand vite sur les réseaux sociaux, s'ajoutant aux très nombreux témoignages de violences policières sur des afro-américains. S'en est trop. Très vite des rassemblements spontanés s'effectuent à Minneapolis, puis dans le reste des Etats-Unis, unissant le monde entier dans un très bel élan de solidarité. Des émeutes ne tardèrent pas à se déclarer, ainsi, qu’indubitablement, de nombreuses casses. Pendant que l'histoire s'écrit, Trump reste muet. Après 3 longues journées il adresse ses condoléances à la famille, et saisit le FBI pour leur confier l’affaire, puis silence radio.

 Pourquoi une telle discrétion alors que les États-Unis connaissent l'une des plus grandes crise civique depuis 1968 ? La réponse est simple, son incapacité à donner un débouché politique rapide le met face de sa complaisance envers le racisme qui gangrène le pays, car oui, quand on déclare sur le sujet des affrontements entre militants des droits civiques et suprémacistes blancs que l’on trouve des "bonnes personnes des deux côtés" on est  . Il est de plus incapable de critiquer fondamentalement la police fédérale par peur, encore une fois, froissé ses électeurs. Enfaite sa gestion de la crise est absolument inexistante, sans aucune compassion, rien. Enfin, sa gestion fut inexistante, jusqu’à ce que certaines émeutes n'arrivent aux portes de la maison blanche. Là le président prit les choses en main, se plaçant en protecteur d'une nation assaillit par la radicalité. Alors que la fracture entre les dirigeants et le peuple est de plus en plus béante, Trump brandit donc sceptre de "the law and the order" comme dit précédemment, et si c’était suffisant pour qu'il s'en sorte ?

 Pour éclairer notre lanterne, les événements historiques ne manquent pas, si les manifestations de mai 68 en France suivi de la vague gaulliste peuvent être un exemple pertinent, l'ordre contre la fameuse "chienlit", ce sont les manifestations pour les droits civiques ayant eu lieu la même année aux USA qui vont nous intéresser, évidemment. A l'époque l'assassinat du pasteur Martin Luther King le 4 avril 1968 et les émeutes qui avaient suivis ce tragique évènement forcèrent le président démocrate Lyndon.B Johnson a renforcé les droits des afro-américains. Néanmoins les émeutes ,très violentes, impactent énormément les présidentielles de novembre . Dans l'incapacité de se représenter le président céda sa place au vice-président Hubert Humphrey, très favorable à l'élargissement des droits des afro-américains. Face à lui le candidat républicain Richard Nixon déroula son programme avec un slogan maître " la loi et l'ordre", se peignant comme garant de la sécurité des Américains. Le 5 novembre Nixon est élu avec une nette avance en termes de délégués, même dans des états traditionnellement acquis aux démocrates ( bien qu'ayant une courte avance en termes de voix). C'est intéressant, car si l'on se penche sur la cartes des résultats ont remarqués que dans les endroits où les émeutes raciales ont été les plus violentes en août, les électeurs se sont fortement mobilisés en faveurs de Nixon en novembre. Quand bien même il laissait l’enjeu civique en arrière-plan. En revanche les mobilisations pacifiques profitaient plutôt au camp démocrate. Nixon avait en-faite établi un programme et une stratégie assez cynique, qui visait à récupérer les "petits blancs" des états du sud ( globalement favorable aux mesures pour l'émancipation des afro-américains en réalité) en articulant l'enjeu racial, l'enjeu sécuritaire, et l'enjeu de redistribution des richesses. Il s'agissait de lier ces trois problématiques et de créer une polarisation entre "noir et blanc", appelant à la mobilisation de la "majorité silencieuse", des Américains blancs, soit-disant délaisser par les gouvernants. Un raisonnement évidemment faux en plus d’être dangereux, mais qui fonctionna.

 Trump est exactement sur la même ligne que Nixon. Il laisse les revendications civiques légitime sur le bord de la route, se concentrant sur la sécurité et les préoccupations économiques. La différence étant que Nixon était le challenger dans l'opposition et que Trump est aux commandes. Est-ce que cela peut fonctionner ? Possible mais pas certain, tant les manifestations pour les droits civiques ont pris des proportions internationale, et tant le rejet de Trump est fort dans le pays.

 Le président pourrait en revanche jouer sur les faiblesses du candidat démocrate Joe Biden. L'ancien vice-président, bien qu'ayant une forte popularité auprès des afro-américains, porte une candidature assez chancelante. Élu par dépit, dans un mouvement de panique afin éviter la nomination de Bernie Sanders, l'ancien sénateur du Delaware est un spécialiste des gaffes les plus dantesques. Il déclare par exemple au sujet des violences policières qu'il serait préférable pour les forces de l'ordre de " viser les jambes plutôt que la tête". Les démocrates semblent faire les même erreurs qu'en 2016 avec Hillary Clinton, à savoir nommerr un candidat qui ne produit aucun enthousiasme, aucune énergie, aucune dynamique. Un sondage de Morning Consult datant du premier juin montre d'ailleurs que si seulement 32 % des Américains approuvent l'action de Donald Trump, ils ne sont pas plus de 36 % a approuvé l'action de Biden. De plus le candidat Biden est en termes d’infrastructures électorales assez en retard sur le milliardaire qui possède un réseau de militants très solide. L'obsession de l’establishment démocrate pour mettre de côté l'aile progressiste du parti démocrate pourrait également coûter cher à "Uncle Joe", assez inquiétant quand on voit les maigres concessions qui sont faites aux partisans de Sanders. Certains électeurs pourrez partir à la pêche le jour du vote. Le candidat parviendra t-il à mobiliser les électeurs malgré tout ? Nous sommes en droit de l'espérer , mais il a encore fort à faire pour lever les doutes sur sa capacité à rassembler le parti démocrate, et surtout à être assez solide face à un Trump enragé.

 Bref, malgré tous, en mai 2 millions d'emplois ont été créé, faisant passer le taux de chômage de 19,7 % à 16,3 %. Et quand on voit l'impact des résultats économique de Trump durant le reste de son mandat malgré tous les errements de son administration, il y a de quoi avoir des sueurs froide. Un sondage datant encore du 1er juin montre que le taux d'approbation de Trump reste de 44 %. Rien n'est joué,et c'est donc assez étrange de voir des articles de presses, des éditorialistes danser sur la tombe du président. Aucun analyste, aucun politologue, personne n'est en mesure de dresser une analyse ou un diagnostic claire. Gardons à l'esprit que tout est possible, surtout à notre époque ou le temps politique est distendu et imprévisible. Obama disait "2 mois en politique c'est une éternité, tout est possible", alors imaginez 5 mois...

 Donc non, Trump n'est pas fini, il est en mauvaise posture, lâcher par certains de ses soutiens politique, mais encore debout. On ne peut que qu’espérer une mobilisation sans précédent des Américains pour sortir de la maison blanche un président qui aura profondément divisé le pays. Encore 4 ans avec le milliardaire au pouvoir serait catastrophique pour l'environnement, les relations internationales, et surtout pour le peuple américain…

 

 

 

 

 

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