Appel pour un "Manuel de l'émancipation"

Appel d'un quadra qui cherche comment changer la société pour que son fils puisse trouver un chemin vers l'émancipation

Chers lecteurs, 

Si je prends le temps une nouvelle fois de taper sur mon clavier, et de vous interpeller, c'est pour lancer une bouteille à la mer.

Je ne suis pas un intellectuel, tout au plus je suis capable de discuter ou de mener des réflexions qu'au mieux certains qualifierai de philosophie du coin de rue. J'ai des idées, des convictions, que je tente d'exprimer avec le vocabulaire à ma disposition, mais voilà : je n'ai pas la culture économique ni philosophique ni scientifique nécessaire pour que mes expressions puissent dépasser péniblement le stade de la sympathie du lectorat qui tomberait dessus par le plus grand des hasards.

Il y a peu j'ai commencer plusieurs lectures anarchistes ou de simplement de gauche  dont j'essaierai de détailler un peu les pensées qu'elles m'inspirent :

  • l'entraide comme facteur de l'évolution de Kropoptkine
  • le meilleur des mondes de Huxley
  • La propriété de Proudhon
  • ce pays que tu ne connais pas de Ruffin
  • histoire de ta bêtise de Begaudeau
  • crepuscule de Branco

Je passe sur les plusieurs dizaine de vidéo sur le marxisme, les livres audio de Malatesta, le fabuleux documentaire "ni dieu ni maître".

J'essaierai de détailler un jour plus précisément certaines des pensées que tout cela m'a inspiré, ce que je fais d'ailleurs ici et qui a conduit a la rédaction de cet appel.

Dans toutes ces lectures et ces vidéos (hormis ni dieu ni maître et le programme de l'union anarchiste italienne), j'ai eu le sentiment que l'analyse des faits, souvent précises, et orientée sur la question sociale telle qu'elle se présentait au 19ème siècle et toujours présente aujourd'hui, dressait un examen précis des maux de nos sociétés. Nous avons donc une anatomie précise de ce qui nous détruit le corps et l'esprit (la lutte des classes) et de qui l'emporte très largement aujourd'hui (la bourgeoisie).

De la même façon, à la manière du chapitre "Ce que nous voulons" du manifeste du parti anarchiste italien que j'ai découvert sur youtube, l'un des objectifs de l'anarchisme est une société ordonnée et apaisée : et oui l'anarchisme cherche la mise en oeuvre d'un ordre "naturel", c'est à dire de relations sociales apaisées entre des humains, basées sur une profonde empathie de chaque individu envers les autres : chacun aurait a ce point conscience de l'autre qu'il lui deviendrait impossible de lui nuire, et cela sans qu'aucune autorité ne vienne s'imposer ("la liberté ne s'impose pas", c'est une citation que j'ai retenue).

Mais la plupart des écrits ne vont pas jusqu'à donner un plan pour atteindre cet objectif, ou malheureusement des options souvent trop radicales et dommageables pour les idées qu'elles voudraient voir triompher (la propagande par le fait, et surtout par le fait violent a aujourd'hui plus desservi les idées anarchistes, humanistes et libertaires qu'elle ne les a aidé à gagner le cœur et la tête des gens). Nous n'avons pas comment atteindre ce que nous voulons en résolvant la cause de nos problèmes.

Et c'est un peu la même chose dans les aspects pratiquo-pratique de la vie individuelle. Si je prends mon exemple personnel, et c'est sans doute un biais que de chercher à le généraliser, mes essais, mes analyses pour essayer de concilier ma vie de tous les jours, ma famille, et essayer de me rapprocher de mon idéal politique et sociale sont des essais laborieux, inefficace pour le moment. Je ne suis pas a plaindre, mais je me dis que si moi bénéficiant d'une certaines aisance matérielle, je ne parviens pas a trouver le chemin de l'émancipation, et qu'en plus le seul chemin d'émancipation que j'entrevois implique aujourd'hui des moyens qui sont pour le moment hors de ma portée, c'est que j'ai une mauvaise analyse de la chose : il doit exister des approches susceptibles d'avancer sensiblement et significativement pour les individus et le collectifs vers cet nouvelle société, théorisée par certains penseurs du 19ème, qualifiée d'utopie par ceux qui n'ont juste jamais envisagé de la mettre en oeuvre.

Je manque sans doute de compétences, et de temps aussi pour les acquérir, qui me permettrait d'affiner les objectifs pour proposer quelque chose de structuré, de décomposé, qui permettrait d'avancer pas à pas vers une solution. Et puis quand bien même aurais je les compétences que je ne pourrais ni ne devrait le faire seul.

Comment en effet pourrais-je seul, isolé comme nous le sommes tous, individu producteur dans notre société actuel réfléchir efficacement sur les propositions suivantes : 

S'affranchir de la dépendance au capital bourgeois (banque, salariat), soit, mais comment ?

Peut être la mise en place d'une banque réellement populaire, comme Proudhon le proposait ? La mise en place d'un revenu universel (pas le buzzword utilisé par la macronie, entendons nous bien) ? Financer par quel biais ? Une caisse commune alimentée par ceux qui ont un emploi salarié par le capital bourgeois dans un premier temps, qui ira alimenté une économie nouvelle, décorellé de l'économie actuelle et qui si elle finit par fonctionner s'affranchit réellement du flux d'entrée qui fut nécessaire pour la faire démarrer ?

Et pour la mise en place des communs : santé, éducation, sécurité, aménagement du territoire, logement , ne doit-on pas aujourd'hui s'affranchir de la gestion d'un Etat devenu un outil bourgeois, et qui ne sert plus aujourd'hui (mais l'a-t-il fait un jour) que la classe bourgeoise à qui il appartient pleinement. Doit-on envisager son financement par cette banque populaire, par une caisse commune, à laquelle contribuerait chaque citoyen qui souhaiterai en bénéficier et qui deviendrait de facto le propriétaire réelle d'une partie de ces services ? L'état ne serait plus alors le propriétaire des biens dit publics, mais c'est le peuple qui le serait, et de ce fait, l'Etat n'aurait aucun droit à brader ce qui ne lui appartient pas.

Règle régissant la propriété dans la phase transitoires : limitations de celle-ci ? Dans quelle mesure, avec quelle moyens ?

La question régalienne est intéressante : comment redonner du sens au rôle que pourrait avoir une police nationale, si ce n'est la pousser à devenir un moyen de protection du peuple contre tout rapport de domination, criminel, politique, financier qui viserait à l’assujettir  contre sa volonté.

A toutes ces questions, je suis loin d'être un spécialiste pour ne serait ce que proposer des idées qui pourraient être des embryons de solutions. Aussi c'est très humblement que j'aimerais que les gens qui ont des connaissances, des compétences scientifiques, philosophiques, sociétales, s'emparent de ces questions, et un peu à la manière d'un auteur de science fiction, ou même du ou des mathématiciens qui un jour se dirent que i2 = -1 était possible, que tous ces gens se mettent à envisager la possibilité non pas d'améliorer ce qui existent, mais de le remplacer par quelque chose de mieux, et donc de rédiger une sorte de plan, un manuel théorique, mais potentiellement pratique sur une démarche à suivre pour s'émanciper.

C'est donc un exercice de pensée libre, affranchi des présupposées en cours, mais reposant sur l'intelligence et la méthodologie d'une part, mais aussi sur l'imagination et l'audace, que j'appelle de mes vœux. 

J'en appelle donc aujourd'hui aux intellectuel.le.s, aux scientifiques, aux philosophes, à tous les gens de bonnes volontés et qui ne se satisfont plus du contrat social actuel qui maintient dans la dépendance les classes sociales dominées à écrire de façon très pragmatique un ou des manuels modernisés de l'émancipation, qui expliquerait ce que pourrait être le nouveau contrat social et comment y parvenir a titre individuel et collectif.

J'essaierai à mon niveau d'aborder certains de ces points, quand j'aurais l'impression d'avoir trouver une idée intéressante, et je vous la soumettrai, lecteurs, en espérant que tu feras preuve de clémence si mes idées te semble farfelues.

Bien à toi, et au prochain billet !

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