Les charognards désignés

Un homme ça s’empêche, un journal aussi…

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La liste des "charognards" publiée hier par Charlie est très longue si on ne s'arrête pas aux titres en gras. Tous ceux (ou presque) qui ont envoyé une Tribune au monde le 14 janvier 2015 en font partie. Denis Sieffert, Marwann Mohammad, Willy Pelletier, Alain Gresh, Michèle Sibony et plein d'autres.

Certains ont droit à plusieurs entrées, à des titres en gras et même un dessin. J’en ai déjà parlé dans un commentaire sou mon billet de hier.

Delfeil de Ton, 80 ans, un des fondateurs de Charlie Hebdo est lui aussi désigné comme un charognard. « Il était déjà des aventures de Hara-Kiri, puis de Hara-Kiri Hebdo, avant de participer à la création du « premier » Charlie, en 1970, puis du « deuxième », en 1992. Il s’en était allé au bout de quatre mois – « je m’ennuyais à mourir avec Philippe Val » rapportait Ariane Chemin dans le Monde du 14 janvier 2015. Et Delfeil de Ton a osé dire « même si ça ne se fait pas » qu’il en voulait à Charb et il explique pourquoi.  Il avait déjà fait des vagues quand il a soutenu Siné, renvoyé par le même Val.

Tous ceux qui disent d'une manière ou d'une autre que l'islam est une religion comme les autres et les musulmans, des citoyens à part entière qui ont le droit de pratiquer leur religion comme tous les autres citoyens, sont désignés comme des charognards. Une liste en réponse à une autre qui date et qui avait déjà fait couler beaucoup d’encre. Son auteur fait partie des charognards lui aussi et pas à cause de ses histoires de cul, non, parce qu’il avait osé dire qu’il n’y a pas de honte à être musulman.

Et tous ceux-là sont associés par Charlie à Le Pen et à Dieudonné. Si un homme digne ça s’empêche, un hebdomadaire, aussi, même si cet hebdomadaire à cause de l’horreur qu’il a subie en 2015 est devenu intouchable. Au fait, et c’est une vraie question, que devient la liberté d’expression quand on est intouchable ?

Dans une époque où on mélange tout, à dessein, pour faire perdre tous leurs repères à ceux qui en ont peu, il semblerait bien que désormais "charognard" soit devenu un mot noble. Je n’ai pas vu beaucoup de réactions indignées. A part dans le torchon d’extrême droite qui se réjouit que Plenel soit "flingué" par Charlie et surtout j’imagine qu’on parle d’autre chose que de son récit indigne sur la députée Obono…  

J’espère que tous ceux qui ont été désignés ainsi continueront à défendre les valeurs de notre République,  décrites dans la Déclaration de l’Homme à savoir que tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

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