La folie

Celle qui nous inquiète parce que nous ne comprenons pas…

Elle est arrivée à ma permanence, toute menue. Elle n’avait pas rendez-vous. Pas besoin de prendre rendez-vous. Service d’aide aux victimes il y avait écrit sur le papier que la police lui avait remis quand elle est allée porter plainte. Bonjour Madame, asseyez-vous. Elle a d’abord regardé autour d’elle puis elle s’est assise et elle a commencé à parler, doucement. Il fallait s’approcher et tendre l’oreille pour bien entendre. Et surtout ne pas l’interrompre. Dans un service comme celui-là, on s’attend à tout, toujours, et on ne sait que rarement de quoi la journée sera faite. La vieille dame  est venue parler de celui qui la terrorise, qui l’empêche de dormir, de manger, de vivre. Elle dit qu’elle a fait venir un huissier pour qu’il constate par lui-même, les nuisances causées par le « roscop ». Il m’a fallu de longues minutes avant de déchiffrer ce mot qui revenait sans arrêt, et encore plus longtemps pour comprendre qui  était celui qui s’introduisait ainsi chez cette dame. Il tapait sur les murs, et le pire, c’était quand il s’introduisait dans les canalisations, surtout en hiver, quand le chauffage fonctionnait dans son appartement. Elle l’entendait la narguer, surtout la nuit. Et elle avait tellement peur. Elle a donné des détails terrifiants sur tout le mal que lui voulait ce vilain (ho)roscop(e).  

La peur, l’effroi de la dame était une réalité. La visite de l’huissier aussi qui n’a pas pu constater grand-chose, on s’en doute même s’il avait fait le déplacement.

Que se passe-t-il dans la tête des gens dont le discernement est faussé au point qu’ils s’inventent de telles histoires pour se faire peur ? Les psy savent l’expliquer. La souffrance des malades est bien réelle, comment la soulager ? Avec des medocs j’imagine. Que s’est-il passé dans la tête d’ Emmanuel Abayisenga quand il a tué le prêtre qui l’avait accueilli fraternellement, parce que c’était sa vocation. Ils sont nombreux, à droite et à l’extrême droite à condamner tous les réfugiés en faisant des amalgames honteux.  Cet homme est dangereux, c’est évident. Ils sont nombreux à l’être, comme lui. Que faut-il faire des êtres humains comme lui ? Parfois on les emprisonne parce qu’ils sont alors plus « facilement » surveillés que dans un hôpital ? A condition qu’on les laisse seuls dans leur cellule ? Enfermer dans une prison ou enfermer dans une camisole chimique. Quoi d’autre ?  

La folie fait peur, parce qu’on ne peut pas l’expliquer et tout ce qu’on ne peut pas expliquer inquiète. Sous les articles que j’ai mis en lien, certains proposent des solutions radicalement indignes…

Les soignants alertent, les hôpitaux psychiatriques sont à la peine depuis le début de la pandémie. Des gens bien portant basculent de l’autre côté de la raison. Et les HP manquent cruellement de moyens. Et les décideurs, là comme dans bien d’autres endroits, comme l’administration pénitentiaire, sont aux abonnés absents. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. 

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