Manifester

Il y a mille manières de manifester...

Moi j'ai opté pour celle-là. Aujourd'hui, demain et tous les jours à venir... Ce n'est pas forcément la plus confortable... On est seul. Très seule, mais quand on est sûre de soi et surtout sûre que ne rien faire serait pire, on fait ce qu'on doit faire, parce qu'on ne sait pas faire autrement. Parce qu'on croit à la Liberté, à l'égalité aussi et bien sûr à la fraternité. Aux valeurs de la République, celles que piétinent nos responsables en ne disant pas les mots qu'il faut dire, à savoir que les Palestiniens ont le droit de vivre libres sur leur territoire.  Manifester avec d'autres, c'est manifester ensemble. Manifester seule sa solidarité avec la Palestine c'est presque comme mettre un foulard sur sa tête. La preuve s'il en fallait une, qu'il y a bien un lien entre les deux... Il suffit de faire l'expérience. Il y a ceux qui tournent la tête ostensiblement, il y a ceux qui saluent alors qu'ils ne vous connaissent pas, il y a ceux qui se retiennent et ça se voit, mais comme ils sont commerçants... Et il y a tous ceux qui ne voient rien ou font semblant...

J'y retournerai tout à l'heure, il y a toujours beaucoup de touristes dans les rues de ma toute petite ville, ce sera ma manif à moi. Ce n'est pas grand chose et ce n'est pas tout à fait rien.

Courage à ceux qui braveront l'interdit à Paris.

Et merci à tous ceux qui manifesteront un peu partout.

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Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Eschyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le souvenir aux conquérants.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la fin de septembre, une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots, l’heure de soleil en prison, des nuages qui imitent une volée de créatures, les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent, souriants, vers leur mort et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : sur cette terre, se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine. Ma Dame, je mérite la vie, car tu es ma Dame.

Mahmoud Darwich

 La terre nous est étroite et autres poèmes, Gallimard, Paris, 2000.

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