Le beau discours du président

"...notre République, c’est justement ce projet d’une humanité constamment réinventée, en quête du meilleur d’elle-même par la solidarité, par la culture, par l’éducation..." Emmanuel Macron,président de la République

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Extrait. Lire le texte entier sur le site de l'Elysée.

(...) Dans le monde tel qu’il va où les guerres de religion renaissent, où les conflits ethniques ressurgissent, où l’intolérance et le communautarisme se donnent la main, tout doit être fait pour que l’humanité ne consente pas à s’avilir.

Combien alors nous serons précieux, les exemples de ces déportés qui dans les camps, plongés dans la misère radicale, enveloppés dans l’ombre de la mort se haussèrent au-dessus de l’instinct de survie où on voulait les réduire pour soigner, nourrir, vêtir leurs compagnons d’infortune ; et parfois même pour peindre et dessiner comme Léon DELARBRE ou Boris TASLITZKY pour tenir un journal, comme Etty HILLESUM, pour composer des quatuors ou des opéras, comme Germaine TILLION et pour donner avec pour seule documentation de leur mémoire des conférences sur Proust, Michel-Ange, les sciences naturelles.

Certains disaient que c’était un simulacre pour se tenir encore en vie, mais ça n’était rien de cela. C’était avoir compris que ce qui leur était nié n’était pas simplement la vie peu à peu, à petit feu, c’était leur humanité, c’était notre humanité. Et que jour après jour, quoi qu’amaigris, épuisés, défendre notre civilisation, notre histoire, nos peintres, une langue ou une philosophie, c’était refuser de céder le moindre centimètre de cette civilisation, parce que ce qui était en cause, ça n’était pas survivre, c’était vivre pleinement, totalement, c’était défendre là, dans chacun de ces endroits cette humanité dont chacune et chacun de ces hommes étaient à ce moment-là les véritables dépositaires. Et cela, nous ne l’oublierons jamais.

Et nous n’avons qu’un devoir aujourd’hui, être dignes de ce que ces êtres firent au plus noir de l’horreur, dignes de cette humanité intègre qu’ils témoignèrent alors que tout était fait précisément pour tuer leur humanité. Nous devons chaque jour, chaque minute être dignes, comme le sont les survivants de la Shoah dont l’exemple nous apporte tant. Parce que notre République, c’est justement ce projet d’une humanité constamment réinventée, en quête du meilleur d’elle-même par la solidarité, par la culture, par l’éducation.

Chasser les ombres du racisme et l’antisémitisme, c’est ne jamais céder sur cela, c’est ne jamais se satisfaire d’une République gestionnaire, c’est ne jamais faire croire qu’accepter certains propos ce serait bon pour l’unité du pays, ce serait accepter de ne pas rouvrir des plaies. Ne cédez aucun pouce de cette humanité, ne cédez rien parce qu’à chaque fois c’est notre humanité à tous qui est remise en cause.

Car chaque nation court le risque de devenir somnambule et d’accepter l’inacceptable par habitude, par lassitude.

C’est ne jamais admettre que les contraintes économiques puissent conduire au renoncement d’où naissent les pires dérives. C’est ne jamais céder sur l’école, c’est ne jamais céder sur la transmission, c’est ne jamais céder sur la culture, c’est ne jamais céder sur le combat contre l’obscurantisme et l’ignorance. Nous devons sans relâche soutenir sur le terrain ceux qui se mobilisent.

C’est ne jamais céder non plus sur ce qui nous unit, tous ces projets à hauteur d’humanité que nous offre notre temps : faire vivre la démocratie, secourir les indigents, saisir cette ambition planétaire qu’est la lutte contre le réchauffement, accueillir du mieux possible les réfugiés que la guerre jette sur les routes… parce que toutes ces causes, toutes nous grandissent.

Cette lutte c'est aussi celle que nous menons et que nous continuerons à mener partout ensemble, Monsieur le Premier ministre, contre le terrorisme obscur et le pire des fanatismes, contre tous ceux qui voudraient nous faire oublier ce que je viens de rappeler.

Alors oui, nous ne cèderons rien aux messages de haine, nous ne cèderons rien à l'antisionisme car il est la forme réinventée de l'antisémitisme. Et nous ne cèderons rien à toutes celles et ceux qui, sur tous les continents, cherchent à nous faire renoncer à la liberté, cherchent à recréer les divisions, cherchent à nous faire renoncer à cette humanité, notre démocratie, notre République.

Ne perdons pas de vue mes amis la vocation même de notre pays, celle qui unit tous ces citoyens qui donne à chacun une place, une dignité, une signification. Car c'est ce que nous pouvons opposer de mieux au puissant dissolvant que sont la haine raciste et antisémite. C’est de l'absence d'espoir, du sentiment d'inutilité et de déclassement que naissent les peurs et les haines qui nous opposent les uns aux autres. Ce sont toutes ces haines qui se fondent sur ce que l'on est, sur d'où l'on vient, sur ce que l'on croit, que nous devons combattre.

Ne nous laissons pas non plus convaincre par les prophètes de malheur qui passent leur temps à nous dire que l'horizon est sombre, que l'espoir est vain, que la France n'en a plus pour longtemps, que peut-être elle a déjà disparu, qu'elle s'habitue à ces violences et ces divisions et qui désignent des boucs émissaires. Car ils sont aussi dans ces mots, dans ces idées les ferments du désespoir et de la discorde. La République se tient debout parce qu'elle sait protéger tous ses enfants, la République se tient debout parce qu’elle sait regarder tout son passé, la République se tient debout parce qu’elle ne renonce et ne renoncera à rien de ce qu'elle est et de toutes ces valeurs. La République se tient debout parce que nous préférerons toujours ce « rêve qui veille » dont parlait ELUARD.

Les enfants du Vel d'Hiv auraient aimé aller à l'école de la République, obtenir un diplôme, un métier, fonder une famille, lire, aller au spectacle. Ils auraient aimé apprendre et voyager. Et leurs parents auraient voulu les voir grandir, vieillir ensemble. Tous auraient voulu aimer et être aimés. Nous leur avons redonné un nom, un prénom, des âges et des adresses.

A ces enfants, je veux dire que la France ne les oublie pas, je veux dire qu'elle les aime, je veux dire qu'elle fera tout pour que leur supplice nous exhorte sans cesse à ne céder ni à la haine, ni à la rancœur, ni au désespoir.

Nous ferons, les enfants, une France où vous auriez aimé vivre,

Nous ferons, les enfants, une France où vous vivrez toujours.

Vive la République, vive la France."

Emmanuel Macron, président de la République, le 16 juillet 2017 à Paris

 

Et de tout ce discours, certains n'ont entendu qu'une seule phrase, celle qui moi aussi m'a heurtée tant que je ne l'avais pas entendue dans son contexte... Je me suis demandée quel intérêt il avait à chercher la bagarre. Moi aussi je critique le pouvoir israélien et je ne suis pas antisioniste. Donc je ne me suis pas sentie visée. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire hier, sous le beau billet d'Antoine Perraud à savoir que reconnaître le droit à Israël d'exister, c'est cela être sioniste. Si pour le président c'est autre chose, il le dira. (ou pas) Ne pas remettre l'existence d'Israël en cause. On peut imaginer facilement que M. Macron à voulu dire qu'il reconnaît la légitimité d'Israël. Moi aussi. Ce qui ne m'empêchera jamais, tant que je vivrai de militer pour que la Palestine devienne un pays libre et reconnu par les Nations Unies. Un pays, avec un peuple libéré du joug de l'occupation. Israël et la Palestine, deux Etats. Sans la liberté enfin accordée aux Palestiniens, jamais il n'y aura de paix en Israël. Si les Israéliens veulent vivre en paix chez eux, il faut qu'ils accordent les mêmes droits à leurs voisins de disposer d'eux-mêmes. C'est ça la démocratie. Et c'est aux Israéliens de faire le nécessaire. En commençant pas se choisir des dirigeants dignes et capables. Le temps presse. Dans un deuxième temps le président français s'est d'ailleurs une nouvelle fois prononcé pour "une solution à deux Etats"

La polémique sur la fameuse phrase enfle et tous les contestataires patentés vont s'en emparer pour la faire mousser. Oui on a le droit de critiquer Israël, oui il faut soutenir les Palestiniens et aussi soutenir les Israéliens qui se battent pour les droits des Palestiniens à vivre libres sur leur territoire.  Et oui il y a des juifs extrémistes comme il y a des extrémistes politiques  et des extrémistes fanatiques dans toutes les religions et il y a des extrémistes chez les anti religieux et même chez les ecolos. Il y a des extrémistes partout qui "cherchent à nous faire renoncer à cette humanité, notre démocratie, notre République." Une polémique de plus pour passer le temps de l'été... Une polémique qui fera avancer l'accession à la liberté de la Palestine ? Ou juste pour chauffer le peuple, pour la rentrée ?

 

 

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