Eux, c’est nous.

Qui était-il, cet autre ? par Daniel Pennac

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« Un réfugié, déjà. Des dizaines de milliers, des centaines de milliers, des millions de réfugiés.

Qui venaient ici.

Chez nous.

En France.

Au début du vingtième siècle, sont venus des Juifs d’Europe centrale qui fuyaient les persécutions.

Puis dans les années 1915, sont venus des Arméniens qui fuyaient les massacres turcs.

Puis dans les années 20, sont venus des Russes qui fuyaient leur révolution.

Puis dans les années 30 sont venus des Espagnols qui fuyaient le franquisme et la guerre, des Italiens du Sud et des Polonais qui fuyaient la misère.

Puis dans les années 50, les ont rejoints les Portugais.

Puis dans les années 60, les années de la décolonisation, sont venus des Algériens, des Tunisiens, des Marocains et des Africains de l’Afrique occidentale.

Puis au milieu des années 70sont venus des Chiliens, des Argentins, des Brésiliens, des réfugiés d’Amérique latine qui fuyaient leur dictature.

Puis dans les années 80, après la guerre du Vietnam, sont venus des Vietnamiens, des Cambodgiens et aussi des Chinois qui commerçaient au Vietnam.

Puis dans les années 90 sont arrivées les victimes des guerres de l’ex Yougoslavie.

J’en oublie bien sûr. : j’oublie les Grecs, martyrisés par leurs colonels, les Libanais éparpillés par leurs guerres, les Kurdes chassés d’un peu partout, les affamés des grands pays désertiques…

Tous ces gens nous les avons accueillis pourtant. En raisonnant nos instincts de conservation. En lui expliquant par exemple que l’autre peut devenir une aide à son tour, un soutien à son tour, un Français à son tour.

Et ce sont eux, tous ces réfugiés du vingtième siècle, jugés parfois trop nombreux, qui font avec nous, la France d’aujourd’hui.

Comme les réfugiés d’aujourd’hui, feront, avec nous, la France de demain. » Daniel Pennac, pour la Cimade 2015

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