Tout le monde doit pouvoir choisir

Choisir, c’est être libre…

Une histoire ordinaire qu’on m’a racontée ces jours-ci. Je l’ai trouvée belle.

Il a la cinquantaine et des années de galère et de vie à la rue derrière lui. Il sort d’un centre de soins dans lequel on l’a requinqué un peu après l’hiver. Puis la prise en charge s’est terminée, le grand froid aussi et il n’y avait pas de place pour lui nulle part sauf là. Il n’avait rien demandé. Il est venu sans le vouloir, il n’a pas choisi. Les gens qui sont à la rue ne choisissent pas souvent où ils vont dormir. Ils prennent ce qu’ils trouvent et quand ils ne trouvent pas, ils dorment dehors. Il a participé aux tâches, avec les autres, pas très nombreux, il a mangé, il a discuté et même rigolé un peu. Il a dormi dans un vrai lit et le matin, il a dit que ce n’est pas un endroit pour lui. Il est parti par le sentier et plus personne ne l’a revu. Le salarié qui l’avait accueilli ne l’a pas retenu contre son gré. L’homme avait sa santé et ses facultés. Hasard ou providence, quelques heures plus tard, le salarié a croisé l’homme près d’un grand magasin. Il buvait du vin à même le goulot. Il avait aussi quelques provisions dans son sac. Et il a expliqué qu’il sortait de longs jours d’abstinence et d’enfermement et qu’il ne pouvait pas rester un jour de plus sans liberté. Rien qu’un besoin irrépressible et bien compréhensible. Où dormira-t-il ce soir ? Il n’en savait rien. Dehors sans doute, comme avant. Un bon dîner, une chambre avec un bon lit, c’est mieux non ? Et un jour de sortie par semaine pour prendre l’air sans contrainte. Il a dit oui. Avant de monter dans la voiture il a vidé dans l’herbe la moitié restante de sa bouteille et a confié au salarié les quelques réserves qui seront vidées elles aussi. Et bien sûr, il avait dit oui pour ça aussi.  

Des histoires comme celle-là, il s’en passe des dizaines chaque jour, un peu partout en France et ailleurs.  Mais dans les journaux et à la télé on ne parlera que du réfugié soudanais (qui sait ce que c'est d'être réfugié soudanais ou d'ailleurs ?) qui a tué le directeur d’un centre d’accueil. Même que la droite et l’extrême droite sont déjà montées au créneau pour dire qu’il faut arrêter d’accueillir. Et Darmanin a répondu (et c’est presqu’un miracle) et je cite : "Qu’on ne mélange pas tout !", a répliqué Gérald Darmanin, dénonçant "quelques réactions qui ne font pas honneur à ceux qui les ont faites". "Il est tout à fait normal que la République soit fidèle à la vocation de la France d’accueillir des réfugiés".

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Nous partons d’un principe fondamental : dans notre société, il n’y a pas d’exclus ; tout le monde est inclus, mais en des lieux différents. Celui qui est dans le besoin, celui qui va mal, qui n’a droit à rien, n’est pas exclu : il occupe la place qui est la sienne dans une société injuste. Miguel Benasayag Périphéries (janvier 2003)

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