Gabrielle Teissier K
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Billet de blog 28 nov. 2022

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Cadeau du soir… Bonjoir…

« Je crois qu’un homme est un nomade. Il est fait pour aller voir de l'autre côté de la colline. Je parle de l’homme, du mâle. Je crois vraiment ça. Je crois que la femme, d'essence, l'arrête. Alors l'homme s'arrête près d’une femme. » Jacques Brel en 1971

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Jacques Brel "Interview Complète 1971" © Nasreddine Maalem

« On ne réussit qu’une seule chose, ce sont ses rêves. On a un rêve, et on essaie de bâtir, de structurer ça. Dans ce sens-là, c’est vrai que j’ai travaillé pour réussir. En plus il est évident que pour réussir ce rêve il faut travailler puisque. Or ce rêve à ce moment-là, c’était pas de chanter, pas du tout. C’était de projeter mon rêve à l’extérieur ; qui est un phénomène de compensation. En termes cliniques c’est beaucoup plus effroyable que ça, finalement, on raconte ce qu’on rate. On raconte ce qu’on n’arrive pas à faire. C’est un phénomène de compensation ; Et j’ai voulu réussir ce phénomène de compensation.  Et j’ai dû travailler beaucoup pour ça, bien évidemment. Parce que je suis convaincu d’une chose, le talent ça n’existe pas. Le talent c’est d’avoir envie de faire quelque chose. Je prétends qu’un homme qui a envie de manger un homard, il a le talent à ce moment-là, à cet instant, pour manger convenablement un homard, pour le savourer convenablement. Je crois qu’avoir envie de réaliser un rêve, c’est le talent. Et tout le restant, c’est de la sueur, de la transpiration, de la discipline. Je suis sûr de ça. L’art, moi je ne sais pas ce que c’est. Artiste je connais pas. Je crois qu’i y a des gens qui travaillent à quelque chose. Qui travaillent avec une grande énergie finalement. Et l’accident de la nature, je n’y crois pas. Pratiquement pas. Le phrasé de Brassens, les préoccupations de Brassens et le rythme de Brassens sont des rythmes de la fin du siècle dernier. Par contre, ces critères de Brassens, c’est un dépaysement. Chez moi, aussi finalement. Mais ce n’est pas, « dans le coup », on n’habite pas la cinquième avenue, c’est évident.   Brassens ce n’est pas la cinquième avenue à New York, et moi non plus. Alors qu’un type comme Nougaro pourrait habiter sur la cinquième avenue à New York. Voilà ce que je veux dire. Quand je parle du coup, je n’ai jamais été dans le coup de l’époque. Je ne déteste pas New York, je déteste y être. Ce qui est très différent.  Finalement je n’aime que la campagne moi. J’ai besoin d’horizons. Je n’aime pas vivre à Paris non plus. Et quand on me dit, ah New York, vous êtes heureux, non, je ne suis pas très heureux. Je n’aime pas être au trente deuxième étage, je n'aime pas beaucoup.

La première fois qu’on entend un son, le son d’une voix, c’est assez symptomatique. Nous ne savons à quoi ressemble cette dame. Nous entendons une dame ; on ne sait pas si c’est une mèmère ou… Et on a un jugement très sain. Et souvent, le fait de connaître des gens, nous fait gommer  -mais heureusement aussi, on n’aurait pas d’amis- l’amitié c’est un exercice de très grand mauvaise foi, merveilleux. On décrète un jour je l’aime et puis le gars ou la fille peut tout faire. C’est formidable. On est plus juste, plus précis, plus lucide avec des gens qu’on ignore qu’avec des gens qu’on connaît.

Pisser, braguette, -dans le port d’Amsterdam NDLR) ce n’est pas vulgaire du tout.  Ce qui est vulgaire, c’est deux jeunes gens qui s’aiment et le père de la jeune fille va voir le père du jeune homme et lui demande combien votre fils gagne par mois… Je trouve ça d’une vulgarité abominable… Alors que braguette et pisser… Qu’est-ce qu’il faut dire « faire pipi » ? Ça devient ridicule. Et  « ouvrir sa culotte » ? « Poser culotte » comme on disait dans le jargon… Non. Il y a une dame qui m’a dit il n’y a pas longtemps (6’22 avec l’accent :-) M’enfin M Brel, plus personne ne parle avec l’accent, pourquoi vous vous moquez comme ça tout le temps de nous ? Qu’est-ce que tu veux que je dise. Et moi ça me paraît charmant cet accent. J’emploie l’accent. Parce qu’il existe et ce n'est pas moi qui l’ai inventé. Il y a une saveur. Il y a le terroir. Moi j’ai l’accent pointu maintenant. Ca fait vingt ans que je vis en France. C’est une chose logique. On parle comme on parle. J’adore ça. Je ne parle pas comme ça, mais j’aime ça.

On ne passe pas sa vie à gémir. Ça fait des gens aigris à quarante ans. Nous les pauvres belges, on n’est rien du tout, on se fout de notre gueule. C’est pas vrai. Le monde ne sait pas où est la Belgique. Il faut être humble. C’est comme quand on se rase le matin. On devient humble quand on découvre sa gueule le matin. Ça calme. Ce problème (de l’accent) est un problème absolument microscopique. Et quand vous arrivez au Pérou, vous savez, ou à San Salvador, et que vous dites que vous êtes belge, le gars il sait vaguement s’il a fait des études callées, il sait vaguement que c’est en Europe, mais il ne sait rien… Si vous lui dites qu’à Louvain on a des problèmes, il s’en fout complètement… Il faut assumer sa condition ou la modifier vraiment.  A mon avis, il y a une série de gars qui jouent à ne pas être belges… Et ceux-là ils m’escagassent comme on dit dans le midi.

Je crois qu’un homme passe sa vie à compenser son enfance. Je m‘explique. Je crois qu’n homme se termine vers seize dix-sept-ans. Il n’y a pas de loi générale. A seize, dix-sept-ans u homme a eu tous ses rêves. Il ne les connaît pas. Ils sont passés en lui. Il sait s’il a envie de brillance ou de sécurité, ou d’aventure. Il sait. Il ne sait pas bien. Mais il a ressenti le goût, comme le goût du chocolat ou de la soupe aux choux. Il a le goût de ça. Et il passe sa vie à vouloir réaliser ces rêves-là. Je crois qu’à dix-sept ans l’homme est mort ou il peut mourir. En tous cas, mo j’essaie de réaliser les étonnements de mes rêves, que j’ai eus disons jusqu’à vingt-ans. Et à quarante ans on s’en aperçoit. Et à quarante ans on le sait. Jusqu’à quarante ans, je ne le savais pas. Maintenant je sais que c’est comme ça. Et peut-être qu’à soixante ans je vais découvrir autre chose.  

(10’20) Je crois que l’homme est foncièrement un nomade.

L’homme n’est pas un sédentaire.

Je crois savoir mais ce n’est pas prouvé que le mot « vilain » au Moyen-Âge voulait dire un homme qui habitait la ville. Je trouve ça assez bien. Je ne suis pas sûr de mon coup… Mais je crois.

Illustration 2

Je crois qu’un homme est un nomade.

Il est fait pour aller voir de l'autre côté de la colline.

Je parle de l’homme, du mâle.

Je crois vraiment ça.

Je crois que la femme, d'essence, l'arrête.

Alors l'homme s'arrête près d’une femme.

Alors la femme a envie qu'on lui ponde un oeuf, toujours,

toutes les femmes au monde ont envie qu'on leur ponde un oeuf. Et je comprends ça.

Alors on pond l’œuf.

L'homme, il est gentil.

Il calcule infiniment moins que la femme.

Je ne dis pas que la femme est méchante.

Je dis que l'homme est con.

Voilà ce que je dis.

Alors l'homme reste près de cet oeuf.

Il faut de la paille dessous.

Alors l'homme va chercher de la paille.

Et puis un jour, il pleut, alors il va chercher de la paille

et il fait un toit.

Après il y a des courants d'air

alors il bâtit des murs et après il reste là.

Et l'homme est un nomade.

Et toute sa vie il rêve de foutre le camp.

Il a l’esprit d’aventure.

Même si le gars est fonctionnaire depuis quarante ans,

quand on le voit un soir et qu'il essaie de se libérer un peu,

il dit, j'aurais voulu être pilote...

Tous les hommes ont envie de faire quelque chose.

Les hommes ne sont malheureux que s'ils n’assument pas leurs rêves.

Et les femmes, leurs rêves, c'est de garder le gars.

C'est pas méchant.

C'est un ennemi.

C'est pas méchant.

C’est un merveilleux ennemi. »

(16’50) « Je ne sais pas bien parler des femmes. Je n’ai jamais très bien compris. J’ai parfaitement conscience d’être passé à côté de quelque chose.

J’en suis pas fier du tout.

J’ai conscience d’être passé à côté de quelque chose toute ma vie.

Ou par paresse -c’est fort possible ; ou par pudeur, ce qui est fort possible aussi.

Je ne suis satisfait d’aucune de ces deux solutions.

J’ai l’impression d’être passé à côté de quelque chose.

J'aime trop l'amour pour beaucoup aimer les femmes.

Je ne suis pas pédé.

Les femmes sont toujours en-dessous de l'amour, de l'amour dont on rêve

et comme je suis assez romantique et sentimental, la femme est à côté de l'amour, du rêve que j'en ai.

Je n'ai pas bien compris les femmes.

Quand je pense au mot tendresse, je pense aux hommes.

Avec une femme on a de la passion, de la patience et puis des remords, je crois.

Mais la tendresse est un mot qui s'applique aux hommes

parce que la tendresse est un jeu égalitaire.

C'est un jeu entre deux pôles qui sont à égalité.

On peut tendrement aimer une femme bien sûr

mais la tendresse dans mon esprit est une chose qui s'adresse aux hommes. »

Illustration 3

« La bêtise c’est terrible. C’est la mauvaise fée du monde ; la sorcière du monde. Y a pas de gens méchants. Y a des gens bêtes, c’est pas de leur faute. Il y a des gens qui ont peur. Ça c’est de leur faute. Des gens qui ont peur et qui n’assument pas leur peur. Je crois que tout commence un peu comme ça… Enfin tout ça c’est à un philosophe de le déterminer, c’est pas à moi… J’aime pas les gens bêtes. La bêtise c’est de la paresse. La bêtise c’est un type qui vit et qui dit « ça me suffit. Je vis je vais bien, ça me suffit. Il ne se botte pas le cul tous les matins en se disant c’est pas assez. Tu ne sais pas assez de choses, tu ne vois pas assez de choses, tu ne fais pas assez de choses. C’est de la paresse. Cette espèce de graisse autour du cœur, de graisse autour du cerveau. » Jacques Brel, 1971

Illustration 4
© GTK

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