C’est la rentrée

Après six mois de rien d’autre que de la douceur…

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Il va falloir s’y faire. Plus rien ne sera comme avant, puisqu’il y a eu ces six mois-là. Chez nous ça a commencé le 9 mars. Comme il n’a pas de réseau à sa maison, il est venu chez moi dès le début, pour ses devoirs et aussi comme il le faisait avant, le mercredi et le week-end, pour jouer à ses jeux en ligne. Sa maman aussi, est venue, pour le télé travail et pendant ses vacances aussi. Puisque son petit était là et qu’elle aussi avait besoin de réseau… Il fut un peu bizarre tout ce long temps qui ne fut pas long du tout d’ailleurs. Bien au contraire. J’ai l’impression qu’on nous a volé six mois de notre vie et en même temps cette vie était bien remplie, d’une douceur infinie, comme une promesse qui n’en finit pas. Voler n’est pas le bon mot. Non. On a décidé à notre place. Qui on, un virus, un rien en taille mais immense en conséquenceS. Sans compter qu’il y a eu dans ces six mois, deux mois de confinement. Ah le confinement. Ils étaient tous là, même le grand pendant les premiers quinze jours. Puis il a repris ses aller retours pour voir sa moitié. Normal. Puis il a repris son travail, comme de nombreux travailleurs.

Il va falloir s’y faire à ce vide soudain qui n’est pas vraiment vide non plus.  Ils sont tous ailleurs, éparpillés, je ne les ai plus sous les yeux, pour voir qu’ils vont bien. Il va falloir s’y faire. Je ne peux quand même pas espérer que la seconde vague va les ramener.

Plus rien ne sera jamais comme avant. C’est sûr. A nous de faire en sorte que tout s’arrange. On voit déjà tout ce qui a changé, en mieux. Une réelle prise de conscience que chacun peut changer son monde. Et si nous sommes nombreux à le changer, le monde entier va changer…  il suffit de le décider.

Ça fait rire les oiseaux… Les oiseaux, je les entends picorer sur le rebord de la fenêtre et c’est bien… J’ai bien fait de les apprivoiser. Il y a quelques jours j’ai pu les filmer, avec la fenêtre ouverte, quand il faisait encore chaud. Là tout de suite, l’automne est quasiment installé. Il pleut et il fait froid. Un vrai temps de rentrée, qui sentira bon le cartable…

Courage les profs et les instits, vous avez de la chance, vous pouvez reprendre votre beau métier, accueillir les enfants, petits et grands, pour leur ouvrir l’esprit, leur apprendre plein de belles choses, que nous sommes tous égaux en droits et en dignité, tous, sans aucune exception. C’est urgent, vraiment urgent. Vous pouvez les écouter aussi, parce que c’est sûr, ils en ont des choses à raconter…

Il y a également tous les grands, les étudiants, dont certains sont sans papier, parce que réfugiés. Il faut les régulariser.

Le cancre

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.

Jacques Prévert

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