Pour la culture en Île-de-France, on vote à gauche !

Jean-Claude Pompougnac, dont le blog constitue toujours une mine d’informations, nous révèle les programmes culturels des listes de l’UMP, d’Europe Écologie, du Front de gauche et du PS pour l’Île-de-France en réponse à une sollicitation du Synavi (regroupement de compagnies de spectacle vivant). Je doute fort que ces programmes aient fait l’objet de négociations pour la fusion à gauche mais l’exercice de comparaison est pourtant fort intéressant.
Jean-Claude Pompougnac, dont le blog constitue toujours une mine d’informations, nous révèle les programmes culturels des listes de l’UMP, d’Europe Écologie, du Front de gauche et du PS pour l’Île-de-France en réponse à une sollicitation du Synavi (regroupement de compagnies de spectacle vivant). Je doute fort que ces programmes aient fait l’objet de négociations pour la fusion à gauche mais l’exercice de comparaison est pourtant fort intéressant.

Il permet en premier lieu de constater que contrairement aux lamentations constantes des acteurs culturels sur l’absence du sujet culturel dans les campagnes électorales, des programmes existent au sein des partis – de gauche particulièrement -, et qu’ils sont riches et divers.Passons rapidement sur le programme de l’UMP francilienne en faveur de la culture, au mieux vague et peu crédible (ouvrir les lycées 7 jours sur 7 pour les associations culturelles. Très bien mais avec quels moyens ? quels équipements ?), au pire à côté de la plaque (« Permettre aux nouveaux artistes de rencontrer leur public en mettant en ligne leurs œuvres sur une plateforme internet interactive », bah oui c’est si simple !).Les trois programmes culturels présentés par les trois partis qui viennent de s’unir pour le second tour sont plus intéressants à scruter. D’autant plus, que les auteurs des programmes sont déjà aux affaires, que ce soit Francis Parny pour le Front de gauche, jusqu’à dimanche vice-président du Conseil régional pour la Culture, ou Corinne Rufet pour Europe Écologie, élue régionale sortante Verts chargée des questions Culture au Conseil régional, ou enfin le PS bien sûr. Les programmes affichent quelques convergences et des tropismes bien particuliers. Du côté des convergences, les trois listes appellent à poursuivre l’action accomplie sous la précédente mandature même si certains ajustements peuvent être demandés : poursuite de la politique des conventions de permanence artistique, soutien renouvelé à Arcadi, l’établissement public de coopération culturelle financé en grande partie par la région, élargissement ou renforcement du soutien régional à de nouvelles formes artistiques (cirque & arts de la rue pour Europe Écologie, danse & arts plastiques pour le Front de gauche, davantage musiques actuelles pour le PS). Les listes se distinguent ensuite sur certains points. Le PS met clairement davantage l’accent sur les industries culturelles, notamment via le soutien au cinéma, et développe un programme assez complet pour les musiques actuelles (avec par exemple un soutien aux radios indépendantes ou aux labels). Le programme est cohérent et complet malgré quelques mesures gadgets (soutien au patrimoine culturel gourmand ou ville culturelle francilienne de l’année…) qui font bien et beau mais dont on peut douter de l’utilité et de la déclinaison concrète. Europe Écologie et Front de gauche promeuvent tous les deux un argumentaire, absent du programme PS, sur les modes d’évaluation et d’attribution des subventions, et une position de principe – très développée pour le Front de gauche – sur le concept de« démocratie culturelle ». Ils cherchent quand même à se distinguer du PS par des mesures emblématiques et « médiatiques ». Le Front de gauche propose le doublement du budget de la culture sur la mandature quand Europe Écologie voudrait créer 100 fabriques artistiques. Le programme du Front de gauche propose davantage de mesures concrètes sur l’ensemble des volets culturels, et pourrait sans trop de difficultés s’articuler avec celui du PS (la question du doublement du budget sera plus délicate). Europe Écologie se distingue par une posture plus critique sur le mode de fonctionnement actuel des actions culturelles mais propose des mesures un peu éculées, et moins crédibles de mon point de vue (sur la mutualisation des moyens par exemple). On peut regretter la faible place dans ces programmes du thème de l’éducation artistique et culturelle. Europe Écologie est absent sur ce point ce qui m’attriste un peu, car les verts ont souvent fait des propositions intéressantes sur ce sujet via notamment l’économie solidaire. Le Front de gauche en fait un principe mais ne le décline pas en action concrète alors que le programme est très complet et détaillé sur le volet « création ». Le PS émet davantage de propositions, sur les pratiques en amateur notamment ou l’accès à la lecture, mais n’en fait pas un axe en soi. Dans un contexte difficile pour les acteurs culturels, le regroupement PS-FG-EE semble avant tout vouloir les rassurer en les assurant de leur soutien pérenne. C’est très bien pour eux, et ici, comme pour d’autres thèmes, gauche et droite ce n’est clairement pas la même chose, mais on peut regretter cette sensation d’enfermement qu’on ressent quelque peu à la lecture des programmes de ces trois listes. Des propositions généreuses, concrètes, du soutien aux équipes artistique, du développement culturel, certes. Mais quelle place pour le public dans tout ça ? Quelles actions pour ceux qui sont exclus du jeu ? Quels rééquilibrages en faveur des quartiers ou des populations en difficulté ? On a un peu l’impression d’un programme culturel coupé du monde. Quelques regrets donc, mais aussi des propositions et du concret, et une couleur de bulletin qui ne peut donc faire aucun doute au second tour après cette lecture concrète et comparée des programmes sur ce point précis du sujet culturel. On notera au passage qu’il me semble beaucoup plus intéressant, toujours sur ce point précis de la politique culturelle, de pouvoir échanger entre listes sur des propositions détaillées et une vraie politique, plutôt que de partir uni avec des propositions vagues et sans cohérence...

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