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Billet de blog 28 novembre 2016

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COMMUNAUTARISME ISLAMISTES ET CHOUANNERIE

Manipulation des foules par les religions : le communautarisme n'est pas l'apanage des musulmans. Qu'on en juge.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 J’ai relu ces derniers jours le roman de Balzac « Les Chouans ».

On y trouve les deux pages reproduites ci-après. Elles sont la description d’un prône prononcé face à des paysans qu’il s’agissait de mener au combat contre les soldats « bleus ». Ces derniers étaient envoyés par le gouvernement de la République pour lutter contre des soulèvements royalistes soutenus alors par l’Angleterre en Vendée et en Bretagne.

Je suis incapable de dire si ce texte écrit par Balzac correspond à une quelconque réalité. Ce n’est d’ailleurs pas mon propos.  Pourtant Balzac, tout créatif qu’il soit, écrivait bien à partir de schémas de pensée, d’idées, d’informations en cours dans les années 1820.

Or, ce texte pourrait être repris en 2022 et par d’autres pour bien d’autres causes. Car il a une bonne part de crédibilité à raison de la continuité des racines motivationnelles dont il traite implicitement. Il y a bien universalité jusqu'à nos jours des discours tenus. Cela au nom d'une idéologie, d'une religion ou d'une logique politico-économique. 

 Il s’agit de pousser les gens hors des tranchées face à la mitraille, les stakhanovistes à se tuer au travail, les kamikazes à la mort, des chrétiens dans l’arène ou sur le bûcher, des musulmans mais aussi des militants divers à l’attentat suicide, des traders à encourir la prison, des jeunes gens à encourir les foudres de la justice, voire à mourir en incendiant mosquées, synagogues ou en tirant sur des « exogènes envahisseurs » …

 On fait fonctionner les mêmes ressorts que ceux que l’on trouve dans le texte de Balzac chronologiquement :

  • La défense d’un dieu de chair ou d’esprit : Allah, Yahvé, Staline, Napoléon, la liberté, le communisme, le veau d’or, le sens de l’histoire, les lois de l’économie ...
  • La crainte de l’opprobre, du déshonneur, du qu’en dira-t-on individuel ou collectif.
  • La détestation de « l’autre », celui qui n’est pas comme nous.
  • La détestation de celui qui reste les bras croisés. Car qui n’est pas avec nous est contre nous, c’est bien connu.
  • Le rejet de l’idée d’être confondu avec cet «autre » détestable mais aussi méprisable et de perdre ainsi la solidarité du clan.
  • La crainte de la désapprobation du chef, du roi, du guide, du père …
  • La vengeance des méfaits commis par l’autre, réels ou supposés.
  • La contrainte économique, la paupérisation
  • La détestation de l’impôt, de la contribution
  • La peur de la damnation éternelle et/ou de la mémoire souillées à jamais et plus prosaïquement du qu’en dira-t-on.
  • La perspective du salut dans l’au-delà en cas de sacrifice. Ou l’espoir de voir son nom inscrit dans la pierre pour les mécréants (chanter avec les saints, les 40 vierges promises aux martyrs, les « lendemains qui chantent », défendre le patrimoine culturel ou économique, des rues et places à son nom, …)
  • L’exaltation de penchants masochistes (le martyr, le stakhanoviste, la prise de risque, …) renforcé par mimétisme avec les héros, les saints sacrifiés de légende.
  • La confusion entre le temporel et l’intemporel « vous vous sauvez en combattant pour … »
  • Le pouvoir quasi miraculeux de la foi combattante qui soulève les masse et fait accomplir des prodiges, percevoir l’esprit, les dieux.
  • Le droit de vengeance « vous pourrez piller, voire plus » en compensation des sacrifices et des méfaits commis par ceux d’en face.
  • L’exemple des chefs, laïcs et clercs, guides, prêtres, officiers, dirigeants, capitaines d’industrie et premiers de cordée dont le sacrifice est admirable, les capacités créatrices insondables.

On pourrait reprendre le texte de Balzac et le mettre pour l’essentiel dans la bouche d’un « guide » islamiste, d’un dirigeant d’entreprise chinoise, d’un dirigeant de Goldman Sachs. Certains dont je suis s'accordent à reconnaître à Balzac une bonne approche de l'âme humaine.

Restent les déterminants d’ordre sexuels. J’ai des choses à dire là-dessus. Mais comme Balzac n’en traite pas … et puis pour convaincre largement, il ne faut pas choquer.
Par ailleurs et pour rompre avec le sempiternel débat sur les crimes des guerres de Vendée : Victor Hugo dans son roman « Quatre-vingt-treize» bien que profondément républicain, expose avec une égale rigueur les crimes des deux camps. Une note personnelle de l'écrivain, datant de 1854, précise la nature de son ambition : « Moi, si je faisais l'histoire de la Révolution (et je la ferai), je dirais tous les crimes des révolutionnaires, seulement je dirais quels sont les vrais coupables, ce sont les crimes de la monarchie ».

On notera enfin, combien de recours à des arguments relevant de valeurs d’ordre religieux et tribal, économique et affectifs dispense l’orateur de parler trop de politique et d’organisation des hiérarchies sociales. Pourtant il est bien le porte-parole et l’un des meneurs issu des deux castes liées mises en cause par la révolution : le clergé et la noblesse. Il en est souvent et universellement ainsi avec bien des mouvements apparemment d’essence religieuse ou populaire. Il convient toujours de rechercher à qui l’affaire profite et qui l’a fomentée avant de pleurnicher avec Margot.

TEXTE DE BALZAC

…] A la faveur d’une large fissure du rocher, elle vit l’abbé Gudin montant sur un quartier de granit qui lui servit de chaire, et il commença son prône.

« Nous prierons d’abord pour les trépassés. Ces défenseurs de Dieu, chrétiens vous ont donné l’exemple du devoir, dit-il.  N’êtes-vous pas honteux de ce que l’on peut dire de vous dans, le paradis ? Sans ces bienheureux qui ont dû y être reçus à bras ouverts par tous les saints, Notre Seigneur pourrait croire que votre paroisse est habitée par des mahumétisches !... Savez-vous mes gars ce qu’on dit de vous dans la Bretagne et chez le Roi ? Vous ne le savez point, n’est-ce pas ? Je vais vous le dire : « Comment ! Les Bleus ont renversé les autels, ils ont tué les recteurs, ils ont assassiné le Roi et la Reine, ils veulent prendre tous les paroissiens de Bretagne pour en faire des Bleus comme eux et les envoyer se battre, hors de leurs paroisses, dans des pays bien éloignés où l’on court risque de mourir sans confession et d’aller ainsi pour l’éternité dans l’enfer, et les gars de Marignay, à qui l’on a brûlé leurs églises, sont restés les bras ballants ? Oh ! Oh ! Cette république des damné a vendu à l’encans les biens de Dieu et ceux des seigneurs, elle a partagé le prix entre ses Bleus, puis, pour se nourrir d’argent comme elle se nourrit de sang, elle vient de décréter de prendre trois livres sur les écus de six francs, comme elle veut emmener trois hommes sur six ; et les gars de Marigny n’ont pas pris leur fusil pour chasser les Bleus de Bretagne ? Ah ! Ah ! … le paradis leur sera refusé et ils ne pourront jamais faire leur salut ! » Voilà ce qu’on dit de vous. C’est donc de votre salut, chrétiens, qu’il s’agit. C’est votre âme que vous sauverez en combattant pour la religion et pour le Roi. Sainte Anne d’Auray m’est apparue avant-hier, à deux heures et demie. Elle m’a dit comme je vous le dit : « Tu es un prêtre de Marignay ? – Oui Madame, prêt à vous servir. Et bien je suis Sainte Anne d’Auray, tante de Dieu, à la mode de Bretagne. Je suis toujours à Auray et je suis venue pour que tu dises aux gars de Marignay qu’il n’y a pas de salut pour eux à espérer s’ils ne s’arment pas. Aussi, leur refuseras-tu l’absolution de leurs péchés, à moins qu’ils ne servent Dieu. Tu béniras leurs fusils, et les gars qui seront sans péchés ne manqueront pas les bleus, parce que leurs fusils seront consacrés !... » Elle a disparu en laissant sous le chêne de la Patte-d’oie une odeur d’encens. J’ai marqué l’endroit. Une belle vierge de bois y a été placée par le recteur de Saint James. Or, la mère de Pierre Leroy, dit Marche-à-Terre, y étant venue prier le soir, a été guérie de ses douleurs à cause des bonnes œuvres de son fils. La voilà au milieu de vous et vous la verrez de vos yeux marchant toute seule. C’est un miracle fait comme la résurrection du bienheureux Marie-Lambrequin, pour vous prouver que Dieu n’abandonnera jamais la cause des bretons quand ils combattront pour ses serviteurs et pour le Roi. Ainsi mes chers frères, si vous voulez faire votre salut et vous monter les défenseurs du Roi, notre seigneur, vous devrez obéir à tout ce que vous commandera celui que le Roi a envoyé et que nous nommons Le Gars. Alors vous ne serez plus comme des mahumétisches et vous vous trouverez, avec tous les gars de toute la Bretagne, sous la bannière de Dieu. Vous pourrez reprendre dans les poches des Bleus tout l’argent qu’ils auront volé ; car si, pendant que vous faites la guerre, vos champs ne sont pas semés, le Seigneur et le Roi vous abandonneront les dépouilles de vos ennemis. Voulez-vous, chrétiens, qu’il soit dit que les gars de Marignay sont en arrière des gars du Morbihan, des gars de Saint Georges, de ceux de Vitré, d’Antrain, qui tous sont au service de Dieu et du Roi ? Leur laisserez-vous tout prendre ? Resterez-vous comme des hérétiques, les bras croisés, quand tant de bretons font leur salut et sauvent leur Roi ? » Vous abandonnerez tout pour moi ! » A dit l’évangile. N’avons-nous pas déjà donné les dîmes, nous autres ! Abandonnez donc tout pour faire cette guerre sainte. Vous serez comme les macchabées. Enfin, tout vous sera pardonné. Vous trouverez au milieu e vous les recteurs et leurs curés, et vous triompherez ! Faites attention à ceci, chrétiens ! dit-il en terminant […

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