Les manifestations hongkongaises, une issue favorable plus qu'incertaine

Depuis le weekend des 27 et 28 septembre, les rues de Hongkong, en Chine, sont assiégées par les manifestants pacifiques du mouvement « Occupy Central », pour contester une mesure anti-démocratique prise par Pékin. Non sans rappeler les événements de la place Tiananmen de 1989, cette révolte montre que la route menant à la liberté en Chine est plus que sinueuse.

Depuis le weekend des 27 et 28 septembre, les rues de Hongkong, en Chine, sont assiégées par les manifestants pacifiques du mouvement « Occupy Central », pour contester une mesure anti-démocratique prise par Pékin. Non sans rappeler les événements de la place Tiananmen de 1989, cette révolte montre que la route menant à la liberté en Chine est plus que sinueuse.

Hongkong fait office d'enclave, en Chine, où semblait régner, jusqu'à présent, un brin de liberté. Ancienne colonie britannique, rétrocédée aux Chinois en 1997, le territoire hongkongais bénéficie en effet d'une justice indépendante et d'un simulacre de liberté de la presse, qui en font un véritable îlot au milieu de l'autoritaire patrie.

Une cristallisation des tensions entre Hongkong et Pékin

Oui, mais voilà. Alors que le gouvernement de Pékin avait annoncé à Hongkong l'élection de son dirigeant par la voix du suffrage universel, il s'est empressé d'ajouter qu'un comité serait chargé de déterminer les candidats aptes à se présenter. Sauf que personne n'est dupe. Il s'agit évidemment d'une mesure prise par le pouvoir central afin de contrôler une partie de territoire qui lui échappe depuis 17 ans. Au départ prévu pour le mercredi 1er octobre, jour de la fête nationale chinoise, le mouvement dit des parapluies – en hommage aux seules armes que s'autorisent à porter les manifestants – est descendu dans la rue quelques jours plus tôt dans le but de contester cette réforme privative de liberté démocratique.

Ce sont ainsi plusieurs dizaines de milliers de Hongkongais – étudiants, professeurs, professionnels – qui ont entendu montrer leur désapprobation, tandis que les forces de police locales tentaient de disperser les troupes pacifiques à coup de gaz lacrymogène. Le désire de révolte n'est pourtant pas nouveau à Hongkong. Cela fait maintenant plusieurs années qu'une certaine tension est palpable entre le gouvernement de Xi Jinping, le président de la République populaire de Chine (RPC), et l'ex-territoire britannique. Déjà, en 2003, celui-ci avait été le théâtre de grandes manifestations à l'encontre des inégalités sociales et de l'afflux massif de Chinois faisant de facto monter les prix de l'immobilier. 

L'improbable réaction de l'Occident 

Cependant, la situation de Hongkong a bien changé entre 2003 et la révolte actuelle des parapluies. Ou plutôt, des différences fondamentales sont apparues entre le territoire et la RPC, puis se sont accrues au fil des années. Ainsi, tandis que la population hongkongaise a stagné entre les années 1990 et aujourd'hui, elle a considérablement augmenté côté Chinois ; de même, et ces chiffres sont éminemment plus significatifs, l'évolution du PIB chez les deux protagonistes suit le même écart, celui de la Chine représentant même en 2013 33,7 fois la richesse hongkongaise. Aujourd'hui, l'économie de Hongkong ne pèse à peine plus de 3 % dans l'économie chinoise.

Celle-ci s'est ouverte en quelques décennies de manière impressionnante, si bien que la  Chine est devenue le premier partenaire économique de l'Union européenne (UE) et compte à la première place de ses exportations les Etats-Unis. Autant de raisons qui font que, malgré l'extrême légitimité des manifestations qui se tiennent sur le sol hongkongais, il est difficile d'imaginer une réaction coercitive de la part de ces deux parties. Toutefois, John Kerry, secrétaire d'Etat américain, devait rencontrer son homologue chinois Wang Yi ce mercredi 1er octobre, pour échanger sur les événements récents et réaffirmer le droit des citoyens hongkongais de se rassembler pacifiquement.

Cependant, il est très probable que la Chine n'écoute que d'une seule oreille les préventions américaines. Bien trop autoritaire en ses murs, le gouvernement de Pékin ne se laissera pas influencer, de plus, par cet Occident dépravé et capitaliste qu'il déteste tant. Et Hongkong n'ayant plus vraiment les moyens de ses revendications – eu égard notamment à l'affaiblissement de sa part dans l'économie chinoise –, il semble que le mouvement « Occupy Central », pourtant légitime aux yeux des Etats modernes, ne puisse perdurer à l'intérieur de cet Etat désuet et borné. La seule question est vraisemblablement de savoir si nous aurons droit à un nouveau Tiananmen sanglant ou non.

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