Centrafrique : le groupe international de contact présidé par Sassou Nguesso comme planche de salut ?

C'est partout la même désolation. Sur tous les visages la même peur, figée. Dans les bouches la même antienne : "Nous avons quitté notre maison pour nous réfugier dans le bush". C'est l'histoire d'un pays dont les habitants ont déserté villes et villages pour ne pas croiser les escadrons de mercenaires Séléka qui sillonnent les chemins de terre rouge, dont on ne sait plus très bien si la couleur est à mettre sur le compte de la roche latérite qui les compose, ou du sang des morts qui les imbibe. La Centrafrique s'ouvre les veines. L'occident tourne le dos. Le salut viendra-t-il de Denis Sassou Nguesso, président congolais et médiateur dans cette crise ? Il est en tout cas l'un des seuls à prendre le problème au sérieux pour le moment.

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Pendant que les Etats-Unis conseillent à leurs ressortissants de quitter "immédiatement ce pays livré aux violences", après avoir fait vider leur ambassade en décembre 2012, la France, elle, tient bon. Seule à représenter l'Occident par le truchement de son consulat de Bangui, elle n'assure cependant qu'une présence symbolique. On n'infléchit pas le sort d'un pays à l'aide de 400 militaires. Paris pourrait dépêcher 800 hommes supplémentaires d'ici janvier. Suffisant ? Non. Quand bien même : en attendant, en Centrafrique, on meurt toujours en marge des axes routiers.

 

On meurt de tout. Malnutrition. Malaria. Manque de soins. On meurt éventré par des seigneurs de guerre aux canines aiguisées. On ne dort plus la nuit. A la boucherie s'ajoutent les viols, systématiques, dont sont victimes les femmes qui croisent le chemin des ex-rebelles Séléka, arrivés au pouvoir sous l'impulsion de leur chef, Michel Djotodia, parachuté depuis président.

 

Le tableau est sombre. Pourtant, il n'est gravé nulle part dans le marbre que le pays est condamné au malheur. Si une présence militaire renforcée pourrait effectivement permettre de circonscrire le fléau des bandes armées, elle ne suffira pas à remettre d'aplomb un pays dont la première faiblesse est le manque de pouvoirs publics. Pour ne plus vaciller, c'est d'un Etat dont la Centrafrique a besoin, et non plus d'une administration erratique, fantoche, dans laquelle les fonctionnaires viennent travailler pro bono.

 

Il y a quelques jours se tenait la 3e réunion du groupe international de contact pour la RCA à Bangui, présidée par le président congolais Denis Sassou Nguesso. Le chef d'Etat du Congo-Brazzaville y a rencontré Michel Djotodia, auteur d'un coup de Jarnac à l'encontre de François Bozizé, ancien président centrafricain dont il a pris la place. Au centre des enjeux de cette rencontre : l'organisation d'un scrutin devant aboutir à l'élection démocratique d'un nouveau président. Ferme, Sassou Nguesso a invité Djotodia à respecter ses engagements, point sur lequel ce dernier l'a rassuré : d'ici 2015, a-t-il affirmé, sa présidence de transition aura pris fin, laissant place à un régime démocratique.

 

L'un des symptômes les plus évidents de la dépression est l'incapacité à se projeter dans l'avenir. En précipitant la fin de Djotodia et en favorisant l'émergence d'un futur plus serein, Sassou Nguesso a le mérite d'instiller dans le paradigme centrafricain une notion essentielle, celle d'espoir. Pas suffisant pour redresser un pays exsangue. Assez, souhaitons-le, pour donner à ses habitants l'envie de renouer avec le combat pour la vie, de recouvrer leur statut d'hommes et de femmes libres. 

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