Ukraine : un certain relent de Guerre froide

Depuis la fin du mois de novembre, la Guerre froide se rappelle au bon souvenir de nous autres Européens. Si on a parfois coutume de dire qu’ils viennent de Vénus et les Américains de Mars, nul doute que les Russes viennent de la planète Loki (le dieu de la ruse). Et il faut être rusé pour mener par le bout du nez des Européens qui n’ont pas forcément pris la mesure des enjeux en Ukraine.

La presque lune de miel ukrainienne 

L’Union européenne devait avancer d’un grand pas avec la signature d’un accord d’association avec l’Ukraine. Un nouveau pas à l’Est aussi symbolique que stratégique avec l’ouverture d’un marché de 46 millions de consommateurs et une influence grandissante en termes politique et juridique sur un pays profondément marqué par le sceau soviétique. Point d’entrée au sein de l’Union européenne, mais une collaboration beaucoup plus étroite et des économies mutuellement plus ouvertes. Un pari sur l’avenir gagnant, mais que les Européens auraient dû assurer bien en amont.

Les conditions pour la conclusion d’un accord d’association étaient sur la table depuis longtemps et les négociations allaient bon train. L’Union européenne réclamait une plus grande transparence du droit, un règlement du sort de Ioulia Timochneko, l’ancienne Première ministre pro-européenne emprisonnée pour abus de pouvoir, et une plus grande liberté économique. Les Ukrainiens ont tout accepté, sauf finalement la libération de Timochenko.

Des avancées réelles qui n’ont pas été accompagnées d’une protection européenne contre les menaces publiques de la Russie. Poutine a besoin de l’Ukraine au sein de son union douanière (ersatz de l’URSS) et un rapprochement avec l’UE aurait signifié la fin de ses espérances. Les pressions venues du Kremlin se sont donc multipliées au cours des derniers mois (interdiction pour les Ukrainiens d’exporter en Russie sous couvert de danger sanitaire, énième chantage sur le gaz et même menaces de couper le pays en deux…) sans que cela ne réveille un géant européen bien trop endormi.

Politique de l’autruche et coup d’arrêt 

Ce n’est que dans les derniers jours avant la signature de l’accord que l’Union européenne a commencé à dire à la Russie que le chantage et les menaces n’avaient pas lieu d’être et que le temps de la Guerre froide était révolu. Révolu ? Pas si sûr, car si l’UE a perdu (ne l’a-t-elle jamais eu ?) toute notion de politique étrangère et de géostratégie, cela est bien différent chez les Russes et même les Américains. La fin de l’Histoire si chère à Fukuyama est peut-être une réalité pour les Européens, mais une autre bien plus prosaïque et, in fine, cruelle est venue gâcher la fête.

L’Ukraine doit composer avec la Russie et l’UE qui n’a pas encore compris toutes les erreurs commises s’enfonce en critiquant à tout va un gouvernement ukrainien qui a dû choisir pour le mieux. Il est évident qu’à terme, l’avenir de l’Ukraine sera pleinement européen. Cela a même été rappelé par le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, qui a pourtant choisi de ne pas trop s’engager avec l’UE. Ce que nous devons comprendre c’est que le choix qui a été fait était le seul viable dans un premier temps. A quoi sert un rapprochement avec l’Union européenne si c’est pour voir son économie s’effondrer en raison des pressions russes ?

L’UE devra donner des garanties à l’avenir si elle ne veut pas être écartée en plein milieu de la réception. La politique étrangère des 28 est marquée par une surprenante atonie et se rapprocher de Mars et de Loki pourra être très utile à l’avenir. 

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