«Le printemps bosnien» : le siège du gouvernement ravagé

Des manifestants en colère contre la situation économique en Bosnie sont entrés de force et ont saccagé le siège du gouvernement cantonal à Tuzla, dans le nord-est du pays. Un ras-le-bol général synonyme de révolution ? « Le printemps bosnien », titre le quotidien Oslobodjenje. 

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Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues de Tuzla et de la capitale, pour leur droit au travail. Les autorités ont répondu fermement en usant de la force, avec de nombreuses arrestations. Un cocktail explosif pour les semaines à venir pour des milliers de bosniens en colère.

Des milliers de chômeurs dans la rue

Rassemblés par solidarité à Sarajevo, Zenica et Bihac, des milliers de mécontents ont battu le pavé ces derniers jours pour faire entendre leur voix : taux de chômage inquiétant, corruption du gouvernement, grogne étudiante, entreprises en faillite : le malaise est profond.

Les forces de l’ordre ont sévèrement réprimé les manifestations : arrestations massives, gaz lacrymogènes et ton moralisateur de l’État. « Policiers ! Vous êtes nos frères, nos camarades, nos voisins ! Vous devez nous rejoindre », ont lancé les manifestants aux forces de l’ordre.

À Tuzla, des jeunes encagoulés ont pénétré dans les bureaux du gouvernement local où mobilier et téléviseurs ont volé par les fenêtres. Plusieurs policiers se sont repliés aux environs où ils ont formé un cordon autour d’un immeuble abritant les services d’urgences de la ville. Les heurts violents entre les manifestants et les forces de l'ordre devant le siège de l'administration régionale, ont fait 130 blessés, en majorité des policiers. À Sarajevo, les forces de l’ordre ont tiré des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes pour disperser la foule de plusieurs milliers de personnes. 

« Le soulèvement des citoyens »

Dnevni Avaz, quotidien national de Sarajevo, titre en première page « le soulèvement des citoyens ». « La mèche allumée à Tuzla est en train de se propager dans tout le pays. Partout, on trouve des usines dévastées par les privatisations mafieuses et la corruption politique, c’est le ras-le-bol général de gens appauvris et humiliés » ajoute le journal. 

Dans cette ex-république yougoslave, ces manifestations prennent une ampleur sans précédent, depuis la fin de la guerre en 1995. À l’issue du conflit qui a fait 100 000 morts, les accords de paix de Dayton ont établi un système de partage fondé sur la représentation des communautés serbe, croate et musulmane (bosniaques). Un système politique d’après-guerre, à base de quotas, qui ne fonctionne pas.

Ces manifestations illustrent l’exaspération de la population face à une classe politique incapable de redresser l’économie du pays. Rongé par la corruption, le pays est l’un des plus pauvre d’Europe avec 44% de sa population inactive, un salaire mensuel moyen de 420 euros et près d’un habitant sur cinq vivant dans la pauvreté. 

« De plus en plus de gens vivent dans la misère et dans la pauvreté, ils ont faim. Le peuple a perdu l'espoir et ne croit plus à une amélioration de la situation. Manifester est leur seul moyen » d'être entendu, commente Vehid Sehic, un analyste bosniaque.

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