Egypte : un référendum Constitutionnel sous tension

Au Caire, les Égyptiens ont commencé à voter sur la nouvelle Constitution du pays, un scrutin important dans la transition politique de l’Égypte après la destitution du président islamique Mohamed Morsi en juillet dernier. Les élections ont été perturbées par un attentat mardi matin.

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Mardi, les bureaux de vote égyptiens ont ouvert à l’occasion d’un référendum sur une nouvelle constitution. Dès l'aube, les gens se sont massés devant les bureaux de vote installés dans des écoles, dans des rues barrées par des soldats lourdement armés. Cette consultation – qui se prolonge mercredi – est le premier vote organisé en Egypte depuis que l’armée a évincé le président Mohamed Morsi. Un référendum considéré comme un plébiscite pour le général Abdel Fattah Al-Sissi, le chef de l’armée qui a destitué l'ancien président.

Une élection sous tension

Dès le week-end dernier, Abdel Fattah Al-Sissi avait appelé les électeurs à se rendre aux urnes « massivement ». Pour assurer la sécurité du scrutin, le gouvernement intérimaire a annoncé le déploiement de 160 000 soldats et de 200 000 policiers à travers tout le pays.

Cependant, mardi matin, une bombe de faible puissance a fortement endommagé la façade d’un tribunal dans un quartier populaire du Sud-Ouest de la capitale, sans faire de blessés. Après l’explosion, des centaines de personnes se sont rassemblées devant le bâtiment, brandissant des panneaux à l’effigie du général.

Les autorités ont confirmé qu’un homme avait été tué plus tôt dans la journée au cours de heurts près d'un bureau de vote de Beni Suef, à 100 kilomètres au Sud du Caire. Les frères musulmans ont par la suite confirmé la mort de cinq personnes et plusieurs blessés parmi leurs partisans. Les Frères musulmans, qui dénoncent un « coup d'État militaire », ont rejeté la « feuille de route » élaborée par les généraux et appelé au boycottage du référendum.

« Si le peuple le réclame, je me présenterai aux élections présidentielles »

Par ces mots prononcés samedi dernier, le général Al-Sissi porte un enjeu politique fort sur le référendum Constitutionnel de mardi et mercredi. Pour les égyptiens, il s’agit de donner une légitimité électorale au général, homme fort du régime depuis la destitution de Morsi le 03 juillet dernier.

Les sondages annoncent déjà entre 70 et 90% de « oui ». Entre propagande dans les médias, large campagne d’affichage publique et interdiction d’exprimer un avis contraire, le gouvernement frappe fort. Pratiquement aucune force politique n’a appelé à voter « non » au référendum. Des militants du parti l’Égypte forte – en faveur du « non » – ont été arrêtés pour possession d’affiches et de tracts.

Si la nouvelle constitution est adoptée, cette dernière renforcera l’indépendance de l’armée, s’affranchira des ajouts d’inspiration islamiste figurant dans le texte actuel et interdira entre autres les partis politiques sur des bases religieuses.

« La campagne référendaire s'est déroulée dans un contexte de peur, d'intimidation et de répression, ce qui remet en cause l'intégrité de l'ensemble du processus » déclare dans un communiqué, la commission internationale des juristes. Pour les experts, le nouveau pouvoir espère, à travers ce référendum, obtenir une certaine légitimité auprès du peuple égyptien.

« Ils ont besoin d'un vote populaire de confiance clair, qui permettrait au général Sissi de se présenter à la présidentielle s'il le décidait », estime Andrew Hammond, expert au European Council on Foreign Relations.

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