Guerre des sanctions : entre vide et mauvaises résolutions

On peut le regretter, mais le jeu malsain des sanctions contre la Russie est aujourd’hui bien en place. La première salve de sanctions américano-européennes touchait seulement des individus qui ont parfois découvert avec étonnement leur nom sur la liste des persona non grata dans la mesure où ils ne sont aucunement liés au conflit en Ukraine (Vladislav Sourkov, Arkadi Rotenberg, etc.).

On peut le regretter, mais le jeu malsain des sanctions contre la Russie est aujourd’hui bien en place. La première salve de sanctions américano-européennes touchait seulement des individus qui ont parfois découvert avec étonnement leur nom sur la liste des persona non grata dans la mesure où ils ne sont aucunement liés au conflit en Ukraine (Vladislav Sourkov, Arkadi Rotenberg, etc.). Ce fut ensuite le tour d’industries et d’entreprises nommément visées (Rosneft, Gazprombank, etc.). La contre-attaque russe a finalement eu lieu début août et laisse présager d’un conflit économique au long court.

Les maraîchers souffrent déjà des sanctions russes Les maraîchers souffrent déjà des sanctions russes

 

 Les sanctions à l’encontre d’un pays sont la réponse qui vient naturellement à l’esprit lorsque l’on cherche à le faire céder sur une question importante, mais pas assez vitale pour s’engager dans un conflit armé. Si l’histoire des sanctions ne plaide pas en faveur d’une telle politique, la partie est toutefois engagée en ces termes et tous les acteurs naviguent à vue. Il faut se montrer ferme tout en évitant la boulette qui ferait tout déraper.

Les Occidentaux en ont déjà commises et se rendent compte qu’avec la Russie, il ne faut pas frapper à tout va, mais de manière ciblée pour plus d’efficacité. La première vague de sanction en mars dernier avait été aussi ubuesque qu’inefficace, car pointant du doigt des personnalités aux profils très différents, parfois sans liens avec les tragiques événements qui secouent l’Ukraine.

On retrouve pêle-mêle des hommes politiques, des hommes d’affaires, des hauts gradés de l’armée et même des amis de longue date de Vladimir Poutine. Un pointage du doigt à l’aveuglette dont a par exemple été victime Arkadi Rotenberg qui partage la même passion pour le judo que Vladimir Poutine rencontré sur les tatamis de Saint-Pétersbourg. Preuve que la première vague de sanctions a été pensée de manière grossière sans séparer le grain de l’ivraie, Boris Rotenberg, associé à son frère Arkadi dans plusieurs entreprises ne subira la foudre occidentale qu’en juillet. Les raisons invoquées restent là encore plus que floues.

Que dire des sanctions prises à l’égard de certains hommes politiques (conseillers présidentiels ou parlementaires) qui ont appuyé la politique du Kremlin ? Est-il normal d’être sanctionné par des pays tiers pour avoir soutenu une politique russe ? Que dire des membres de l’armée à l’image du général Igor Tourtcheniouk, commandant des forces russes en Crimée ? Un militaire doit-il être sanctionné pour avoir suivi des ordres juridiquement non répréhensibles donnés par le pouvoir politique légitime ? De toute évidence, la première vague de sanctions a manqué son objectif et a fait sourire le maître du Kremlin. Dmitri Rogozin (Vice-premier ministre), lui-même sur la liste des personnalités sanctionnées s’est fendue sur Twitter d’un méprisant : « toutes ces sanctions ne valent pas un seul grain de sable de la terre de Crimée qui est retournée à la Russie ».

Cibler pour mieux se faire entendre ?

La première vague de sanctions a juste servi d’avertissement (au mieux). Les Occidentaux ont alors compris que geler les avoirs à l’étranger de personnes qui parfois n’en ont même pas constituait un moyen de pression pour le moins inefficace. Seules les attaques ciblées sur l’économie russe peuvent faire réfléchir les dirigeants moscovites. De là à les faire renoncer à la Crimée ? La seconde phase de sanctions a fait beaucoup plus mal avec des secteurs stratégiques directement visés (énergie, banque, transports, etc.), les fleurons de l’industrie ont bu la tasse pour leur soutien présumé aux rebelles pro-russes (Gazprom, Rosneft, etc.). La réaction russe prouve si besoin en était que ces dernières sanctions pénalisent grandement l’économie du pays.

Banque et énergie d’un côté contre denrées alimentaires de l’autre. A ce petit jeu-là, les perdants seront à coup sûr les consommateurs et les salariés russes, mais aussi européens et américains. Gare à l’emploi et à la croissance ! L’Union européenne a déjà sorti le chéquier pour sauver le secteur maraîcher, mais ne pourra pas compenser les centaines de millions d’euros perdus par tous les acteurs économiques. Quant aux autres pays des BRICS, d’Amérique latine ou encore la Turquie, tous espèrent tirer les marrons du feu. Cela renvoie à l’efficacité même des sanctions. Pour avoir un impact réel et désagréable, il faut que tous les pays suivent l’exemple américano-européen. Autant dire que cette unanimité ne verra jamais le jour. Reste que les Occidentaux ne savent plus vraiment sur quel pied danser et la peur du vide les oblige à imaginer des réponses parfois inadéquates. 

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