MASA 2014 : sous l'égide de l'OIF, l'art africain s'invite dans le XXIe siècle

L'art africain est peu médiatisé. La sculpture mise à part (les Surréalistes, Breton en tête, collectionnaient masques et statuettes de bois, objets que l'on retrouve désormais dans à peu près tous les intérieurs français), il s'exporte peu, ne traverse que rarement les frontières du continent. Il n'a pourtant rien à envier, en termes de vigueur, aux scènes du reste du monde. L'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), en apportant son soutien au MASA, s'assure que ces richesses soient moins confidentielles.

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Offrir aux arts du spectacle africains une vitrine de choix

Quand on parle de musique africaine, c'est pour la classer dans la rubrique "world music", appellation fourre-tout de laquelle émerge à peine quelques noms : Salif Keïta, Youssou N'Dour, Cesaria Evora... Comme si le fait de pouvoir citer trois têtes d'affiche suffisait à embrasser l'ensemble de la production musicale du continent. L'Afrique recèle pourtant une grande variété de styles musicaux, mais pas seulement. Théâtre, danse, humour et contes s'y taillent aussi la part du lion. Autant de disciplines qui seront mises à l'honneur dans quelques jours à Abidjan...

Fait marquant, cela faisait sept ans que l'évènement n'avait pas eu lieu. La patience du public sera bientôt récompensée, et de belle manière, puisque la programmation de cette huitième édition du Marché des arts du spectacle africain s'annonce riche et palpitante. Du 1 au 8 mars, plus de 480 artistes provenant de 28 pays différents et appartenant à toutes les disciplines des arts du spectacle investiront de nombreux quartiers d'Abidjan, mais aussi, dans une moindre mesure, l'intérieur du pays.

Créé par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 1993, autonome mais toujours financé à hauteur de 70 % par l'OIF depuis 1999, le MASA n'a pas pour seule vocation de faire étalage des richesses culturelles africaines. Ce serait déjà louable, ça promettrait de belles heures de spectacle au vu du line-up, ça resterait toutefois anecdotique si l'on veut bien considérer la situation spécifique de l'Afrique dans le monde et, par extension, celle des arts africains.

"Les arts du spectacle face au défi numérique"

Les spectacles qui auront lieu dans le cadre du MASA s'articulent, cette année, autour de cette problématique : "Les arts du spectacle face au défi numérique". Une piste de réflexion intéressante, alors qu'Internet est devenu le principal canal de diffusion des oeuvres "vivantes" à travers le monde, et que la fracture numérique est toujours palpable en Afrique. Le continent possède le coût de connexion à Internet le plus cher du monde. Une réalité particulièrement sensible en Afrique subsaharienne, où l'abonnement mensuel haut débit est souvent facturé plus de 100 € aux particuliers (114 € au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire, 130 € au Bénin et plus de 150 € au Cameroun).

Un luxe qui devrait tendre à se démocratiser avec le déploiement régulier de nouveaux câbles sous-marins autour du continent. Si le taux de pénétration du réseau Internet filaire, flirtant difficilement avec les 20 %, y est le plus faible du monde, l'Afrique a bien compris l'importance qu'il y avait à relever le défi du numérique. Les enjeux, en termes de développement économique mais aussi artistique, sont énormes.

Toujours marqué par une intense pauvreté, le continent africain n'en est pas moins celui qui enregistre la plus forte croissance au monde. En 10 ans, de 2002 à 2012, il a multiplié son PIB par quatre et par cinq le nombre d'investissements étrangers. Il n'y a pas de raison que le développement d'Internet ne suive pas cette tendance. C'est dans cette optique de développement que le MASA prend tout son sens, quand on sait la contribution directe des industries culturelles au PIB.

Restera, une fois les infrastructures installées, à les optimiser. Savoir se servir de l'outil Internet, pour des artistes, ça veut notamment dire savoir organiser sa promotion en ligne, en propulsant des sites, des vidéos, des articles à même d'intéresser le plus grand nombre, ou en interpellant le public sur les réseaux sociaux. Il y a certainement une façon de ménager son particularisme artistique tout en le rendant accessible à grande échelle. C'est à cette problématique que souhaite répondre le MASA, pour ne plus que les artistes africains soient frappés d'ostracisme sur la scène mondiale.

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