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Le Club de Mediapart dim. 31 juil. 2016 31/7/2016 Dernière édition

Taxe sur les billets d'avion et organisation Unitaid, pourquoi la France s'en cache?

Le 15 février 2011, à propos de la taxe de solidarité sur les billets d'avion reversée à Unitaid, le président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale estimait: "Les fonds sont bien mobilisés – plus de 540 millions d’euros en moins de quatre ans – et arrivent à leurs destinataires ; en revanche, ces derniers ignorent le rôle déterminant joué par la France dans cette aide. » La France aussi, pourrait-on ajouter. 

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Unitaid, financement innovant et résultats concluants

 A l'origine de la "taxe de solidarité sur les billets d'avion", Jacques Chirac et son homologue brésilien, Lula. Instaurée en 2006, elle est reversée en grande partie à Unitaid, organisation internationale pour la santé présidée depuis 2007 par Philippe Douste-Blazy, ancien locataire du Quai d'Orsay.         

Le principe est simple. La taxe est comprise dans une fourchette allant de 1 à 40 dollars, en fonction du prix du billet (1$ pour les billets en classe économique, jusqu'à 40$ pour les billets en business class) pour les vols en partance de France, du Cameroun, du Chili, de Madagascar, du Mali, de Maurice, du Niger, du Maroc et de la République de Corée. Tous les passagers sont concernés, à l'exception de ceux en transit.  Recettes chaque année : 160 millions d'euros. Un chiffre stable depuis la création de la taxe, la crise ne l'ayant pas affecté.

La mission première d'Unitaid est d'"améliorer l'accès des populations des pays en développement aux traitements du VIH/sida, de la tuberculose et du paludisme, en s'employant à faire baisser le prix de médicaments et de produits diagnostiques de qualité et en accélérant leur mise à disposition". Concrètement, l'un de ses principaux faits d'armes est la diminution, en 2007, de 25 à 50 % du prix des différents traitements contre le sida, en cheville avec la fondation Bill Clinton. L'organisation s'implique aussi dans la sensibilisation des fabricants aux normes de qualité. Une mission aux résultats particulièrement visibles concernant les antirétroviraux de deuxième intention.

En quelques chiffres, Unitaid, c'est plus de 800 000 traitements antirétroviraux fournis à des femmes enceintes séropositives, 20 millions de moustiquaires imprégnées d'insecticide de longue durée de qualité distribuées, des réductions globales de 80 % sur les prix des antirétroviraux pédiatriques clés depuis le lancement de l'organisation. 8 enfants sur 10 atteints du VIH et suivant un traitement le reçoivent grâce à Unitaid.

Autant de résultats qui ne sont pas obtenus au détriment du tourisme et du transport aérien, selon un rapport de l'Assemblée nationale publié en juillet 2011, montrant que le chiffre d'affaires de ces deux secteurs ne s'était pas érodé après la mise en place du dispositif. Notons enfin qu'Unitaid n'entraine aucune forme de distorsion économique, puisque toutes les compagnies aériennes sont concernées.

Une certaine idée de la coopération sud-sud

Innovant, Unitaid ne l'est pas seulement parce qu'il tire plus de la moitié de son financement d'une taxe sur les billets d'avion. Il l'est aussi en raison des pays qui y contribuent. De nombreux Etats africains se sont joints au projet. On appelle ça la coopération sud-sud. Ou comment faire mentir par l'exemple un essayiste comme Pascal Bruckner qui, dans Le sanglot de l'homme blanc, soutient que l'ensemble de l'aide au développement mondiale est adossé à la culpabilité qu'éprouve l'homme occidental envers les habitants de ses anciennes colonies.  

En se penchant sur le cas camerounais, l'idée prend tout son sens. Première puissance économique d'Afrique centrale, le Cameroun possède un taux de prévalence au VIH de l'ordre de 5,3 %. Plutôt que de morfondre sur son sort en attendant une hypothétique aide extérieure, le pays a décidé de rejoindre le programme de taxe solidaire sur les billets d'avion en 2011. Alors bien-sûr le trafic aérien y est moins dense qu'en France, bien sûr l'aide apportée est inférieure, mais la valeur symbolique est importante.

Un cadeau méconnu  

Voici donc une organisation, Unitaid,  qui apporte des réponses efficaces aux problèmes d'accès aux soins à travers le monde. Une organisation dont l'essentiel des fonds provient de France. Bref, une organisation dont on aurait tout lieu d'être fiers. Cocorico ? Même pas. Unitaid pâtit d'un manque de visibilité flagrant, personne, ou presque, ne connait l'organisation. Deux raisons principales expliquent ce déficit de notoriété.

La première, comme l'explique son président Philippe Douste-Blazy, c'est qu'Unitaid finance des opérateurs présents sur le terrain, à l'instar d'Unicef ou de la Fondation Clinton. Absente du théâtre des opérations, l'organisation n'a donc pas l'occasion de brandir son drapeau ou de montrer son logo.

La seconde, flagrante, ou plutôt invisible, c'est l'absence de mention à la "taxe de solidarité sur les billets d'avion"... sur les billets d'avion. Quitte à augmenter le prix des billets, pourquoi ne pas indiquer quel en est le motif, surtout quand il s'agit de soutenir une cause noble ?

Le premier avril, Bill Gates participera à un dîner organisé par Unitaid. Il y a un an, Bill Clinton y assistait lui aussi. L'ancien président avait déclaré que Unitaid était "le don le plus exceptionnel de la France au monde". Un don qui pourrait constituer un sacré motif de fierté pour la France et les Français sur la scène diplomatique.

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