La privatisation en cours de la régie publicitaire de France Télévisions, France Télévisions Publicité, est une belle collection de scandales d'Etat.

 

Premier scandale : cette privatisation n'est pas justifiée sur le fond.

A première vue, la privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions peut sembler logique à partir du moment où la publicité est appelée à disparaître. Cependant, en réalité, elle ne va pas de soi :

- la publicité n'est pour l'instant supprimée que partiellement, entre 20H00 et 6H00 du matin, et il n'y a donc pas d'urgence à privatiser;

- si les écrans publicitaires sont supprimées, il restera toujours du parrainage de programmes, des cadeaux dans les jeux télévisés et, demain, du placement de produits dans les programmes;

- la régie publicitaire de France Télévisions intervient également sur les sites Internet de France Télévisions, sur lesquels il sera toujours possible de faire de la publicité;

- la régie publicitaire de France Télévisions intervient aussi pour le compte d'autres chaînes de télévisions, privées et publiques, diffusées sur le câble, le satellite et la TNT;

- surtout, au bout du compte, il est possible que la publicité ne soit pas supprimée totalement, si le Gouvernement renonce à cette suppression à la suite de la contestation par l'Union européenne de la taxe sur les chaînes privées mises en place pour financer la compensation budgétaire versée par l'Etat à France Télévisions.

 

Deuxième scandale : Alain Minc est au coeur d'un conflit d'intérêts

Comme a pu le révéler Laurent Mauduit sur Mediapart, Alain Minc, qui est à l'origine de la décision de Nicolas Sarkozy de supprimer la publicité sur France Télévisions annoncée lors des voeux à la presse de janvier 2008, est également le conseiller de Stéphane Courbit, propriétaire de la Financière Lov, associée à Publicis pour racheter France Télévisions Publicité.

Si Alain Minc dément être le conseiller de Stéphane Courbit, Laurent Mauduit a prouvé qu'il avait perçu des actions gratuites de la société de Stéphane Courbit.

 

Troisième scandale : le cabinet de Christine Lagarde a visiblement favorisé l'offre de la Financière Lov et de Publicis, au mépris des règles de la concurrence.

Dans une enquête publiée dans Le Monde, Raphaelle Bacqué a laissé entendre que le cabinet de Christine Lagarde avait cherché à favoriser l'offre de Publicis et de la Financière Lov, en fournissant des informations confidentielles, permettant à ces deux sociétés de faire la meilleure offre.

Ni l'Elysée, ni Christine Lagarde n'ont démenti cette information.

 

Quatrième scandale : le rachat de France Télévisions Publicité par Publicis aboutira à une importante concentration du secteur publicitaire, manifestement disproportionnée eu égard à la structure du marché.

Le groupe Publicis se retrouvera dans une situation incroyablement favorable en concentrant en son sein trois métiers distincts : la création publicitaire, l'achat d'espaces publicitaires et la vente d'espaces publicitaires. C'est un peu comme si un médecin jouait également le rôle d'un pharmacien et d'un laboratoire pharmaceutique.

 

Cinquième scandale : le rachat de France Télévisions Publicis par la Financière Lov pourra favoriser les programmes produits par la société de Stéphane Courbit au détriment des autres producteurs.

Stéphane Courbit, via sa société de production Banijay, produit déjà de nombreux programmes pour France Télévisions. Il est probable qu'il cherchera à tirer avantage de sa nouvelle double casquette pour pousser France Télévisions à faire une place plus importante aux programmes produits par ses soins dans les grilles des chaînes publiques.

Cette extension de place octroyée aux programmes produits par Stéphane Courbit n'est pas vraiment une bonne nouvelle pour la qualité des programmes du service public, notamment quand on sait que Stéphane Courbit a fait fortune grâce aux émissions de télé-réalité produites par Endemol.

 

Sixième scandale : Philippe Santini, Directeur général de France Télévisions Publicité, a visiblement tout fait pour favoriser la privatisation de son entreprise alors qu'elle ne se justifiait pas.

Comme a pu le montrer Laurent Mauduit sur Mediapart, Philippe Santini souhaite depuis longtemps que France Télévisions Publicité soit privatisée. Il souhaite probablement ainsi assurer son avenir personnel, qui pourrait être menacé par l'arrivée d'un nouveau Président à France Télévisions en août prochain. En effet, il aurait obtenu de Stéphane Courbit l'assurance de continuer à diriger France Télévisions Publicité après la privatisation de la régie.

 

Face à tant de scandales, le Président de la République et le Gouvernement ne peuvent plus rester silencieux et doivent nous apporter des explications. Surtout, ils doivent au plus vite arrêter ce processus de privatisations.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

 

Oui ! Comment faire à notre niveau ?