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Billet de blog 7 mars 2018

je suis un retraité de la génération dorée. Et alors

Courte réponse aux propos de M Eric ALAUZET dans "Le Parisien

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« Les retraités d'aujourd'hui font partie d'une génération dorée !

Ah c'est ben vrai, ça. Tu as raison, Eric : les retraités d'aujourd'hui font partie d'une génération dorée.

À preuve, mon cas. A 68 ans, j' ai connu le confort d'avoir un seul employeur et j'ai travaillé toute ma vie, comme tu l'exprimes si bien.

Je suis né dans un petit village des Mauges, cette contrée du sud de l'Anjou qui transpirait la richesse des usines de chaussures, après la disparition de ses tisserands. Je suis allé à l'école privée du village, non pas que ma famille en ait eu les moyens,mais comme tu ne l'ignores sans doute pas, cher puits de science, les villages des Mauges avaient vu leurs écoles publiques fermer. Dame ! Les patrons de ces usines de chaussures avaient besoin de gens sérieux et obéissants. Sans certificat de baptême, point d'emploi. Sans présence à la messe dominicale, point d'emploi. Sans enfants à l'école privée, point d'emploi.

Notre maison était grande et confortable : une cuisine salle à manger, deux chambres et un cagibi de 3 mètres carrés (ça, c'était ma chambre) . C'était bien suffisant pour nous loger. De ma naissance en 1950 et jusqu'en 1962, la maison était occupée par 6 ou 7 personnes. Dans l'ordre d'apparition à l'écran, mon arrière grand mère, ma grand mère, ma mère handicapée, ma tante handicapée, le plus jeune de mes oncles, ton serviteur et mes 3 cousines envoyées par leur père, le plus âgé de mes oncles après son divorce. De chauffage, point. De douche, point. Mais nous avions le luxe d'une cabane toilettes dans la courette derrière et notre propre pompe. Pas besoin donc d'aller chercher l'eau au puits situé à 200 mètres dans les jardins partagés ou d'utiliser les chiottes collectives de la cour privée dans laquelle se situait la maison.

Ben oui, cour privée, chiottes privées et école privée, c'était la vie de nabab, une vie dorée déjà,  mais je n'en avais pas conscience.

Bien sûr, il y avait quelques soucis financiers. Ma mère et ma grand-mère étaient en charge de faire bouillir la marmite. A 70 ans, ma grand-mère lavait le linge des notables du village pour rentrer quelque argent. Il me fallait parfois l'aider à amener la brouette au lavoir et aussi à la remonter. Maman s'est retrouvée licenciée de son usine de chaussures en 1958, sans retrouver d'emploi fixe avant 1962 (elle m'a alors offert un vélo). Il a fallu amener et remonter d'autres brouettes du lavoir. J'ai parfois surpris ma grand-mère pleurant assise dans l'escalier car il ne restait plus rien pour les achats courants : pas pour le smartphone, pas pour la voiture pas pour les meubles, pas pour des vêtements mais pour la nourriture : comment allons-nous manger demain ?

Quand je suis parti au lycée en 1960 car mon instituteur s'était bagarré pour que l'on m'y envoie, le curé du village est venu voir ma mère pour lui demander de ne pas le faire. Le lycée, c'était public, c'était l'école du diable. Maman m'y a envoyé quand même. Pour le confort, je n'ai pas été dérouté. C'était comme à la maison : pas de chauffage et pas de douches, seulement les poêles Godin dans les salles de cours. Chauffage central et douches sont arrivés 3 ans plus tard. Quel progrès : 5 douches pour 165 internes.

Tu l'as dit , bouffi , nous faisons partie d'une génération dorée. Pour celle qui nous a précédé, il fallait bosser et la fermer et pas d'assistanat .Je ne peux résister au plaisir de te citer ce courrier de la CAF de Cholet du 12/09/1958  adressée à maman : nous ne pourrons effectuer aucun règlement à partir du mois d'octobre 1958, si vous n'avez pas repris une activité suffisante.

En 42 ans de cotisations (je n'aime pas le mot carrière), j'en ai croisé des arrivistes, des arrivistes arrivés, des directeurs généraux, des patrons du CAC 40 : j'ai déjeuné ou dîné avec eux et j'ai toujours eu une peur panique de leur ressembler.

Un ami élu député de la vague rose en 1981 a été viré aux élections suivantes pour faire de la place à un ministre sortant. D'autres changent d'étiquette pour s'assurer leur réélection, les principes comptant moins que les fins de mois et les visées de retraites confortable.

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