L'insurrection qui vient

Les gilets jaunes, ces nouveaux sans-culottes.

Et voilà que tout soudain, l’insurrection vient

Parfois, il suffit d’une étincelle, finalement, c’est vrai. L’étincelle est venue d’un élément improbable, l’augmentation du prix de l’essence.

Et tout le petit microcosme politico-syndicalo-médiatique est sous le choc. Le peuple est dans la rue, et personne ne s’y attendait. Et tous ces bien installés pètent de trouille, et tentent de récupérer, évidemment, cette colère sourde qui couve depuis des années, et qui a fini par exploser.

Malgré ce que la presse en délire avait prétendu à l’époque, on découvre que le petit génie qui nous sert de chef n’était pas vraiment Jupiter, mais seulement un minable petit Badinguet. Faut croire qu’il n’y avait personne d’autre en magasin pour défendre ce qui reste du capitalisme français.

Et peu à peu, y compris parmi les « soutiens enthousiastes » des débuts, soudain largement refroidis, le navire a commencé à prendre l’eau, avec « l’affaire Benalla », ce minable petit garde du corps propulsé sous les feux des projecteurs médiatiques, puis avec le départ en fanfare de Hulot, le gentil écolo (comme je suis bonne sœur) de service, et de Collomb, ce vieux renard quelque peu encroûté de la politique, qui a juste senti le vent tourner. Courage, fuyons, et essayons de récupérer ce qui peut l’être des grasses prébendes républicaines…

Et dans le même temps, c’est aussi la (prétendue) légitimité des élections qui se casse lamentablement la gueule : c’est simple, plus personne ne va veauter, même pour l’extrême, vu que d’un bout à l’autre de « l’échiquier » politique, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Alors, que reste t-il au bon peuple pour crier son ras-le-bol ?

La rue.

Et la rue, aujourd’hui, ce sont les gilets jaunes et leurs soutiens, c’est à dire 80 % de la population française. Malgré les « violences » obligeamment montrées, remontrées et re-re-montrées par les médias aux ordres, les gens ont bien compris que la vraie « violence », ce n’est pas des tags sur les murs, des vitrines brisées ou des barricades en feu, la vraie violence, c’est celle de leurs vies brisées, du chômage, de la misère, du mépris.

Le vrai « sacrilège » ce n’est sûrement pas de dévaster l’arc de triomphe. Le triomphe de qui, sinon d’encore et toujours les mêmes, bien tranquillement posés à l’arrière (comme le « grand soldat » Pétain) pendant que de pauvres gars qui n’avaient rien demandé donnaient leur vie pour les puissants… Le vrai sacrilège, ce sont tous ces morts pour rien.

Et aujourd’hui, enfin, les gens font de la politique. De la vraie, basée sur la réalité du terrain, de leur vie, et non en écoutant bien sagement les grands discours et les sermons de la part de « représentants » hors sol qui ne représentent plus rien, sauf eux-mêmes.

Ah, ce joyeux mélange de gens différents qui se retrouvent dans le mouvement des gilets jaunes : les salariés, les chômeurs, les pauvres, mais aussi les pas tout à fait pauvres mais qui savent qu’ils ne sont pas à l’abri du grand plongeon, c’est à dire les petites classes moyennes, les auto-entrepreneurs, les petits patrons, etc. Tous ces gens si différents, et sans « leader », qui ne veulent plus être dépossédés de leur voix par quiconque, qui veulent une vraie démocratie.

Les gilets jaunes, ce sont les nouveaux sans-culottes.

On est quand même très loin des manifs plan plan des syndicats dans des itinéraires balisés, et dont les directions se sont honteusement désolidarisés, et dès le début, de ce mouvement de « la base », au motif que ces salauds de pauvres seraient noyautés par l’extrême droite… En clair, le populo ne serait composé que de pauvres types incultes. C’est exactement le discours de nos « élites », qui eux aussi, savent « ce qui est bon pour nous ».

On est quand même très loin de la « révolution par les urnes ». Et quand on constate que tout ce qu’ont trouvé les « élus de l’opposition » pour récupérer le mouvement, c’est de nouvelles élections, franchement, y’a de quoi pleurer. Comme d’habitude, la « gauche » essaie de récupérer le train en marche.

On peut dire sans beaucoup se tromper, que si effectivement cette révolte profite demain à l’extrême droite, ce sera cette « gauche » molle qui en portera la responsabilité. Les seuls combats qu’on perd sont ceux qu’on ne mène pas.

 

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