Pour en finir avec Mélenchon

Je ne parlerai pas ici pas des militants sincères, et ils sont nombreux, y compris parmi mes amis proches. Mais ont-ils vraiment leur mot à dire dans les grandes orientations de leur mouvement ?

Pourquoi je ne ferai jamais partie de la « France insoumise ».

Et ça n’a pas grand-chose à voir avec les récents événements politico-médiatiques. Car effectivement, les perquisitions en cascade chez les « insoumis » ne sont sans doute pas le fruit du hasard. Macron veut à l’évidence détourner les médias des affaires gênantes, et détruire toute opposition (un peu) sérieuse…

Oui, les perquisitions telles qu’elles ont été menées sont un scandale, un déni de démocratie, et sont totalement arbitraires. Mais ce n’est finalement pas très différent que par exemple le dézingage de Fillon, comme par hasard, juste avant les présidentielles… (et je n’ai aucune sympathie pour le type en question).

Ça n'a rien à voir non plus avec le coup de gueule de Mélenchon, complaisamment montré partout. Il a une grande gueule, et c'est meme sa marque de fabrique, sa réaction quelque peu disproportionnée n'est donc pas vraiment une surprise.

En tous cas, j’espère qu'il se rend compte enfin que la police n’est pas aussi « républicaine » qu’il le disait, mais il faut dire qu’elle s’attaquait généralement aux pékins lambda (et notamment ceux des banlieues) et pas à son auguste personne.

Ça n’a pas grand-chose à voir non plus avec les médias, tous ou presque propriété des milliardaires qui ont justement porté Macron au pouvoir. Leur "analyse" des événements n'est donc pas très étonnante non plus.

Ça n’a même rien à voir avec Médiapart, qui est … ce qu’il est. Ni tout blanc, ni tout noir, en clair, pas parfait. J’y trouve des articles qui m’intéressent, d’autres non. Je partage un certain nombre d’opinions, mais pas toutes.

Non, mon avis sur Mélenchon et les dirigeants de la « FI » provient d’une accumulation d’éléments, plus ou moins anciens, qui mis bout à bout, finissent par faire beaucoup. Beaucoup trop. Et je crois aussi que ce qui me met particulièrement en rogne, c’est d’y avoir cru, pendant longtemps (l’homme providentiel, le « grand soir » et tout ça… ) c’est aussi d’avoir la très nette impression de m’être fait avoir, et dans les grandes largeurs.

Je ne parlerai pas ici pas des militants sincères, et ils sont nombreux, y compris parmi mes amis proches. Mais ont-ils vraiment leur mot à dire dans les grandes orientations de leur mouvement ?

31757308

Ce qui me désole, au point d’être obligée de ne plus jamais poster le moindre avis nulle part (ou alors très rarement) et de fermer aux commentaires les quelques billets que j’écris ici, c’est l’attitude de certains « insoumis », à peu près aussi ouverts que les gardiens des prisons staliniennes. Ceux-là suivent « la ligne », leurs chefs sont inattaquables, et point barre.

Aucune critique, aucun avis différent, même modéré (sans meme parler d'une moquerie ou d'humour) n'est toléré. Ceux qui s’y risquent sont solfériniens (non, ça c’est plus d’actualité) macroniens, voire lepénistes. Point de nuance, jamais. Du coup, je les laisse se congratuler entre eux, ou jouer les Calimero du style « personne ne m’aime », « tous pourris, sauf nous », ou « je suis en grève, mais j’emmerde quand même le monde ». Ils  ne se rendent meme pas compte que cette attitude est totalement contreproductive.

C’est de l’autocensure, sans doute, mais que ne ferait-on pas pour avoir la paix ? Oui, certains insoumis ici sont de vrais remèdes à l’insoumission, si d’aventure on avait encore envie de débattre avec eux, ou encore mieux, de partager leurs avis.

Donc, Mélenchon et le reste.

En 2011-2012, Mélenchon, franchement, je l’admirais. Un vrai tribun, un homme cultivé, qui s’adressait aux gens avec des mots qui me parlaient, qui me touchaient. Il était carrément capable de m’émouvoir au point d’avoir parfois les larmes aux yeux, c’est dire.

Alors, j’ai adhéré au PG.

Et j’ai participé à un wagon de réunions purement « administratives », dont le seul but était de désigner qui allait nous représenter aux instances départementales/régionales/nationales. Au passage, j’ai également assisté à de multiples querelles d’ego, le monde politique, même dans les instances locales, n’étant franchement pas le pays des bisounours... Déjà, le discours « officiel », c’était : « tu suis ou tu la fermes » … ça aurait du m’alerter, car je me rends compte aujourd’hui que ça n’a pas beaucoup changé.

J’ai donc distribué des tracts sur les marchés du coin. Écrit de multiples billets de blog et de commentaires (sur mon blog et sur Médiapart, entre autres, vitupéré contre mes contradicteurs, mea culpa). Collé des affiches électorales, et assisté aux réunions électorales. Joué mon rôle d’assesseur dans le bureau de vote pour le FDG, aux présidentielles, et aux législatives. 

J’ai même assisté au discours de Mélenchon à Marseille, sur la plage du Prado. Sacrée ambiance. C’était l’époque ou les femmes en foulard ne le dérangeaient pas.

Je regrette quand même de ne pas être allée à la rencontre des simples gens dans les villages, ou dans les quartiers. Inutile, me disait-on, « ils ne votent pas »… Le résultat ? Désormais, quand on leur demande leur avis, les gens répondent généralement « on n’y croit plus, et les politiques sont tous les mêmes... »

Je me souviens bien de la soirée électorale du premier tour, avec les copains du PC, PG et FDG réunis devant la télé, et du coup de barre des « 11 % ». Et surtout, de la déclaration de Mélenchon  : « Votez Hollande comme si c’était pour moi ». Tata Ségolène, qui jusque là faisait la gueule, en avait brusquement retrouvé le sourire, dis-donc. Et le pire, c’est qu’en bonne fille bien sage et bien obéissante, j’ai effectivement voté Hollande !

J’avais une excuse, comme tout le monde, je voulais virer Sarkozy, et je ne connaissais pas Hollande. Mais Mélenchon, lui l’ancien socialiste, le connaissait sans aucun doute, et savait sûrement de quoi il était capable. Et ça a été le premier coup de masse dans le mur de certitudes que je m’étais bâti.

Plus tard, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse, on a découvert que Mélenchon ne refuserait pas de devenir premier ministre de ce meme Hollande.

J’ai donc quitté le PG, déçue et même passablement écœurée, et je peux dire que beaucoup de mes camarades ont fait comme moi, y compris de vieux militants de la première heure, et même de ceux qui étaient aux manettes dans notre coin.

Des renégats, quoi. Des traîtres.

En tous cas, j’avais compris que la tambouille électorale, les retournements de veste, les accommodements et les magouilles politiciennes, c’était pas franchement mon truc.

ça doit etre parce que je me suis "radicalisée sur internet" ça doit etre parce que je me suis "radicalisée sur internet"

Et dans la suite, j’ai découvert que je n’avais pas tort.

Le score somme toute modeste de 11 % a du faire réfléchir Mélenchon, je ne vois pas d’autres explications.

Il y a d’abord eu toutes ces « petites phrases », tous les renoncements, toutes les ambiguïtés et les faux-culteries. Quand on sait que le « modèle » de Mélenchon c’est la ganache Mitterrand, ça devient plus clair.

Quelques exemples :

Sur le Testet

Je me souviens de la visite de Mélenchon sur la ZAD du Testet, juste après la mort de Rémi Fraisse. Etait-il venu là seulement pour faire sa promo ? Et voici ce qu’il avait dit, avant de supprimer courageusement ses propos sur fesse de bouc :

melenchon-sur-la-zad-du-testet

Pour lui, certains des militants du Testet n’étaient que des violents, des clochards, des poivrots, des anarchistes (ils avaient osé commettre le crime impardonnable de lèse-Mélenchon à coup de yaourt, les salopards) mandatés par les pro barrage (et par l’extrême droite) et en plus, ils puaient de la gueule. Ben ouais, ducon, y’avait pas de douches au Testet, c’est bête, hein.

En revanche, la violence des robocops socialistes ne l’avait pas fait frémir : dans ce cas précis de la mort de Rémi Fraisse, il était urgent de ne pas « faire d’amalgame » et « d’attendre les résultats de l’autopsie »…

Sur les Blacks bloks

Comme si nos braves syndicats et partis avaient démontré une quelconque efficacité :

- en manifestant une fois par mois (et encore)

- en organisant des « fêtes à Macron » (qui a mon humble avis a du bien se marrer) avec merguez-frites, banderoles, et fanfares…

- tout en criant sempiternellement depuis vingt ans « ça va péter » sans que ça ne pète jamais, ou « tous ensemble », alors que chacun manifeste chacun de son coté, et surtout prêche pour sa petite chapelle, en en particulier la « FI », comme Mélenchon, sur son blog  (daté du 11/10/2018).

Si les « gauches » petites et très petites parviennent à faire autre chose qu’à tirer à vue sur la « France Insoumise », on peut espérer qu’elles parviennent à compléter les effectifs de l’opposition en gagnant du terrain parmi les gens. Mais il vaut mieux ne pas vivre de rêves. C’est donc à nous que revient la charge de faire converger tout ce qui peut le faire dans un effort commun, un programme sans ambiguïté et un objectif clair : vaincre Macron et ses copies des directives de Bruxelles. L’affaire s’annonce plus ouverte que prévue.

(on notera le sempiternel mépris de Mélenchon pour tous ceux qui n’ont pas rejoint la « FI », mais curieusement, il ne se demande jamais pourquoi). Un mépris largement partagé du reste, par ses aficionados…

reunification-syndicale

Rappelez vous, le joli mois de mai, au milieu nos gentils manifestants qui défilaient bien sagement dans les clous, sur un itinéraire dûment balisé par « les autorités », il y avait des méchants, ceux que les « journalistes » appelaient « les casseurs ». Ou les « black blocs ».

Seul Philippe Poutou (et je précise, je ne suis pas au NPA) avait considéré que cette « violence », si elle n’était pas « légale » (à la différence de celle de ceux qui nous gouvernent à coups d’ordonnances et de matraques), était l’expression d’un ras-le-bol, d’une colère qui est réelle et qui est légitime.

famillesdesvitrines-dee55

Car dans une belle unanimité, droite et « gauche » réunies s’étaient donc empressées de se « désolidariser », et ont appelé à « la plus grande sévérité » vis à vis de la « racaille ».

Et le même Jean-Luc Mélenchon de déclarer :

La violence n’est pas une stratégie révolutionnaire, c’est juste un coup de main qui est donné à nos pires ennemis. Ceux qui se livrent à de la violence, qu’ils appellent à des manifestations de violence, mais qu’ils ne viennent pas dans les nôtres récupérer politiquement et détruire notre message. 

Ce en quoi, malgré sa prétention à la culture, il démontre qu’il a quelque peu oublié les leçons de notre histoire, et, pour prendre juste un exemple, la prise de la Bastille.

casseur-francais

Il a oublié Robespierre qui déclarait, le 22 février 1790 à la Constituante :

Qu’on ne vienne donc pas calomnier le peuple : laissons ses ennemis, exagérer ses voies de fait, s’écrier jusqu’au Parlement que la Révolution a été souillée par la barbarie…

Il avait oublié le discours de Jaurès (qu’il faut lire, parce qu’il est criant d’actualité, et surtout parce qu’il est magnifique), face à Clémenceau, après la tragédie de Courrières (plus de 1000 morts parmi les mineurs) en mars 1906 : les compagnies avaient préféré sauver le matériel plutôt que les mineurs…

Bref, Jean-Luc Mélenchon a oublié qu’au cours de notre Histoire commune, les insurrections furent assez systématiquement provoquées par réaction à une répression violente des dominants, ce qu’on appelle aujourd’hui les « violences policières », qui ne sont que la suite logique de la violence institutionnelle et légale : celle des inégalités qui se creusent, celle de la misère institutionnalisée, celle de la violence d’État. Celle du racisme.

deux-types-de-casseurs

Sur la « violence » des banlieues 

Jean-Luc Mélenchon, à propos de l’agression physique d’un DRH d’Air France par des salariés menacés par un plan de licenciements :

« D’accord, il y a des images de violence, mais il y a surtout une violence que l’on ne voit pas, c’est celle des gens qui sont condamnés à la mort sociale parce qu’ils n’ont plus leur emploi, qui sont traités comme des pions, des balayeurs de l’entreprise aux pilotes. Je dis merci aux salariés d’Air France qui ont permis qu’on reparle du social dans notre pays. » (BFMTV, 6 octobre 2015)

Jean-Luc Mélenchon, à propos d’une émeute consécutive à une violence policière caractérisée (le gazage d’une famille contrôlée violemment en plein repas de deuil), ayant entraîné des dégradations matérielles :

« Je vais dire à ceux qui foutent le feu à un gymnase ou une bibliothèque : ce sont des crétins (...). Nous les rejetons, ils n’ont rien à voir avec la contestation de la société capitaliste. C’est le contraire ! Ils en sont les larbins, les fourriers, les bouffons (...) Ils nous jettent la honte à tous ». (France Inter, 20 août 2012)

Comme quoi, certaines « violences » sont autorisées et même encouragées, mais pas les autres. Allez comprendre.

la-revolution-en-carton

Comme quoi, la « stratégie révolutionnaire » de Mélenchon se borne à défiler une fois de temps en temps et surtout à ne pas fréquenter les « gauchistes » de peur d’effrayer ses électeurs potentiels. Y compris donc, depuis peu, ses « amis socialistes » (ceux qu’il appelle « sa famille », après avoir copieusement tapé sur les « solfériniens ») fraîchement retrouvés à Marseille…

Je ne suis pas venu ici vous courtiser, ni vous reprocher vos anciennes erreurs, car vous pourriez me faire remarquer que j’en ai partagé beaucoup. J’ai le cœur plein d’enthousiasme si vos chemins viennent en jonction des nôtres. Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille. Mes amis, vous me manquiez.

Mais aussi la droite, en vertu du proverbe « plus on est de fous »… comme en juillet dernier, après « l’affaire Benalla » :

Quand il s’agit de protéger l’État et de faire respecter la norme républicaine, il y a une convergence avec la droite, je l’assume.

Ça  me rappelle Macron, qui lui aussi passe son temps à « assumer »… Et pour moi, les « Républicains » me paraissent quand même avoir usurpé leur nom. Où sont l’égalité et la fraternité chez Wauquiez ou Estrosi ? Où est la "norme républicaine" chez ces gens-là ?

D’ailleurs, cette même droite était cordialement invitée (et quelques uns de ses membres y ont même participé) à « l’université d’été » de la FI…

Et à cette occasion, Manuel Bompard avait déclaré au Figaro :

Le but est de montrer que face à la politique d'Emmanuel Macron, la première force d'opposition a cœur de donner la parole à tout le spectre politique, malgré des divergences.

Bon, d’accord, les « insoumis » n’ont pas invité le FN, mais qu’on se rappelle ce que ce brave Mélenchon disait d’un certain Zemmour :

Je connais Zemmour. Ce type n’est pas un raciste. C’est un brillant intellectuel, mais comme tous les intellectuels, il est têtu comme une mule.

Sur la laïcité

Rappel : Sophia Chirikou avait publié (en 2007) un livre, intitulé Ma France laïque, dans lequel elle fustigeait déjà la « repentance » supposée de la gauche, et ceux qu’on appelait déjà les « islamogauchistes ». Elle était évidemment proche de « l’essayiste » Caroline Fourest, et écrivait même des articles dans Prochoix.

Du coup, les déclarations de Mélenchon par exemple sur Ilham Moussaid s’expliquent, ainsi, dans une interview à l’hebdomadaire Marianne, il avait qualifié la candidature d’Ilham Moussaïd, sur une liste du NPA, de « racoleuse », « immature », « régressive » et « patriarcale ». Parce qu’elle était musulmane et portait un foulard sur les cheveux, elle était tout simplement inapte à « représenter tout le monde ».

Ou celles au sujet de la « polémique » sur le burkini (Le Monde, 25 aout 2016)

C’est clairement une provocation politique. Le burkini n’est pas une tenue religieuse et je doute que le prophète ait jamais donné la moindre consigne concernant les bains de mer. L’instrumentalisation communautariste du corps des femmes est odieuse. C’est un affichage militant.

Et le lendemain, sur Télématin :

Nous sommes face à une offensive de l’islamisme et nous n’en sommes pas dupes.

Le communiqué du PG à l’époque était tout aussi clair :

Le burkini est le fruit d'une offensive religieuse salafiste qui ne concerne qu'une partie de l'islam [...] La question politique à résoudre reste celle du combat des femmes pour accéder librement à l'espace public.

Oui, enfin, tant qu’elles ne portent pas un foulard sur la tête, évidemment.

Ou plus récemment, sur le foulard de Maryam Pougetoux, élue de l’UNEF :

La société se trouve dans un moment où la religion devient de plus en plus ostentatoire. Ça bloque. C'est comme si j'arrivais avec une énorme croix. Quand tu vas parler en notre nom, tu ne mets pas ça !

Bref, si tu veux défiler/t’engager à nos cotés, tu enlèves d’abord ton foulard. Ou bien tu restes dans ta cuisine.

Du sexisme, peut-être ?

Danièle Obono recadrée pour avoir osé qualifier Houria Bouteldja de « camarade » anti-raciste, Clémentine Autain pour avoir osé signer un appel en faveur des migrants (il émanait de « traîtres », l’appel en question) et plus récemment, une journaliste moquée pour son accent (les toulousains aussi, faut les pourrir?) et même une députée insoumise gentiment priée de fermer son clapet lors de la récente perquise au siège de la FI

Tandis que Macron, pourtant copieusement brocardé par la FI et par son chef, est traité avec beaucoup d’égards (et c’est un euphémisme) par le même Mélenchon, quand il le rencontre (par hasard?) à Marseille …

Sur l’Europe

Alors que seul le FN déclare encore un peu qu’il faut quitter le carcan européen (même si tout le monde sait qu’il ne le fera jamais, ses intérêts étant trop proches de ceux des puissants), toute la « gauche » est devenue « euro compatible ».

Et ça a commencé au PC, du temps de Robert Hue…

Il faut lire les excellents articles de Fakir sur le sujet, par exemple, celui-là (mais il date de 2015)

Extraits :

En 1999, alors que la France va abandonner sa monnaie, alors que le FN dénonce « la face cachée de l’Euro », alors que l’élargissement se prépare à l’est, alors que des délocalisations sont en cours vers la Pologne, la Slovaquie, le parti communiste, lui, positive : « Bouge l’Europe ». Ainsi Robert Hue intitule-t-il sa liste, composée «  des hommes et des femmes du mouvement associatif et syndical, des féministes et des jeunes, des chômeurs et des artistes. Ces candidats et candidates sont aux couleurs de la vie réelle. Différents. » Et cette littérature gnangnan nous invite au « devoir d’ingérence citoyenne  », au « chantier de l’Europe sociale », à la « contagion démocratique » via le Parlement européen. «  Est-ce que l’Europe doit faire peur ? » Non, bien sûr : « L’Europe est une chance qu’il faut saisir. »
C’était nul.
Nul idéologiquement, face à une Europe plus libérale que jamais. Nul tactiquement, critique radicale abandonnée à l’extrême droite. Nul électoralement, sans la moindre intuition, alors que l’opinion basculait dans le rejet de Bruxelles.

Et aujourd’hui, où en est « la gauche » ?

Ben, nulle part, ou plutôt, toujours au même point. Il y a d’abord eu le plan A, plan B (allez expliquer ça aux gens, bon courage), on a bien failli avoir le plan X ou le plan Z, ben désormais, depuis « l’université d’été de la FI », y’a plus de « plan » du tout. On fait avec.

A vouloir « changer l’Europe », Tsipras s’y est cassé les dents, mais c’est pas grave. Mélenchon est au-dessus de ça, lui. Il est « la République » à lui tout seul.

Même Ruffin parlait il y a peu (surFrance Inter, face à Léa Salamé) « d’une autre union »…

… à partir de 10’15 : Je ne suis pas pour le Frexit, car c’est vivre un destin solitaire, et si jamais la France est amenée à sortir de l’Europe, il faut que ça ait un effet d’entraînement sur les peuples du sud, par exemple, qui se sentent mal dans cette Europe là, et que ça aille dans le sens de la construction d’une autre union, il ne s’agit pas d’avoir un destin solitaire, mais de construire des solidarités pour entraîner les autres avec soi. 

Comme si en 1789, les révolutionnaires avaient attendu de « construire des solidarités » avant d’agir.

Sur l’immigration

L’attitude de Mélenchon sur le sujet, quoi qu’on en dise, est devenue de plus en plus ambiguë. Depuis le discours de 2012 sur la plage du Prado à Marseille, vantant « nos frères d’au-delà de la Méditerranée », la chanson n’est plus la même.

Il y avait d’abord eu la « petite phrase » (au Parlement européen, en juillet 2016), sur le «travailleur détaché, qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place».

melenchon-travailleurs-detaches

Comme si les travailleurs obligés de venir bosser en France étaient coupables… Comme si les vrais « voleurs » n’étaient pas au gouvernement, ou à la tête du CAC 40.

Et le 25 août 2016, rebelote, dans une interview au Monde : Mélenchon se déclare pour la régularisation des travailleurs sans papiers mais pas pour le déménagement permanent du monde, ni pour les marchandises ni pour les êtres humains. Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation et je ne vais pas commencer aujourd’hui.

Mais gare à celui qui se permettrait une critique, qui n’émane bien sur que « d’une poignée de gauchistes et de gens malveillants ».

Bref, il n’y a que deux positions possibles face aux avis de Jean-Luc Mélenchon : soit on est entièrement d’accord avec lui, soit on est censé l'accuser de racisme, et circulez, y’a rien à voir, ni à dire.

Les « dirigeants »

Par exemple, le couple Corbière-Garrido.

Quelque part, les dernières révélations du Canard au sujet des aides accordées à leur « foyer très modeste », ça m’a fait rire, mais un peu jaune quand même, hein.

Certes, ces aides étaient « légales » (comme le fait d'habiter un HLM de la Ville de Paris, mais à leur décharge, ils ne sont pas les seuls, aussi bien à droite qu'à gauche ou à la télé, bien des gens en ont profité) mais à mon sens, pas très légitimes, et même, disons-le pas très morales non plus. Surtout quand on connaît le salaire des députés, et celui des chroniqueurs de télé-Bolloré… Surtout quand on prétend représenter "le peuple".

A rapprocher des riens (des crevards) qui vivent (et meurent) dans des taudis rue d’Aubagne, à Marseille.

Au passage, je me demande où était le député marseillais Mélenchon ? Ni rue d’Aubagne (les bougnoules ne votent pas) ni à La Plaine (c’est une bande de gauchistes).

Par exemple, Sophia Chikirou.

Qu’elle soit la compagne, officielle ou pas, de Mélenchon, franchement, je m’en tape, ça relève de leur vie privée, et ça les regarde. L’amour est aveugle, dit-on.

D’autant que la prétendue « révélation » de Médiapart n’était qu’un secret de Polichinelle, quand on regarde la multiplication des articles sur « l’égérie de Mélenchon » depuis au moins cinq ou six ans. Y compris dans des torchons "pipeule" comme Closer ou Gala. L’égérie aux « idées géniales », rappelons le, par rapport aux cons qui ne comprennent rien. Genre le quinoa (ça, ça m’a fait rire).

Bref, à Marseille, on dirait gentiment que la dame a « chopé le melon ».

Mais on est en droit de se poser quand même quelques questions quand on se souvient du parcours politique de Madame Chikirou : passée du PS (vous me direz, Mélenchon aussi, et pendant trente ans), dont elle s’est fait virer (la haine des « solfériniens » viendrait-elle de là ?) au micro parti d’un certain Jean-Marie Bockel, secrétaire d’état de Sarkozy.

identite-nationale

A cette époque, elle trouvait que « l’identité nationale » c’était vraiment vachement sympa, comme truc : J'ai compris qu'il [Nicolas Sarkozy] avait gagné le jour où il a parlé d'un ministère de l'Identité nationale. Cette question de l'identité est centrale, il fallait l'affronter.

Le recentrage de Mélenchon et de la FI sur le sujet de l’immigration viendrait-il de là ? D’autant que lui aussi, à l’époque, considérait que le débat sur le sujet n’était pas nul.

On est en droit de se poser quelques questions quand on constate les sommes très élevées (c’est un euphémisme) que cette dame a retirées de la campagne électorale de Mélenchon, tout en se prétendant « bénévole », et « militante insoumise ».

Parce qu’elle encaissait peut-être un salaire « modeste » (décidément, elle aussi) de 4000 euros mensuels (ouf, elle n’est pas une « crevarde » avec juste 3000 balles) mais surtout de copieux dividendes : 65 000 euros entre septembre et décembre 2016…

dqae5ubwkaigxtz-jpg-large-1

On est en droit de se poser des questions quand on sait que la dame a pris soin de déposer la marque « Le Média » avant d’en claquer la porte (y'a pas de petits profits), afin de rester la « communicante » espéciale élections européenes de la FI. Celle qu’on appelle "à l'international", n'ayons pas peur des mots. 

Bref, on a connu des militants un peu plus désintéressés que les « chefs » de la FI, comme tous ceux embauchés en « autoentrepreneurs » par la France insoumise pour la même campagne. Ou comme les nombreux « socios » et autres soutiens de la FI et du Média.

Ou comme Ruffin, le seul député payé au SMIC.

Je me souviens qu’à la grande époque (je vieillis, sans doute), la plupart des responsables de gauche (au PC et à la CGT, notamment) abandonnaient la moitié de leur salaire au parti ou au syndicat. Autres temps, autres mœurs, où l’on faisait de la politique (et pas de la « communication ») par conviction, et pas par opportunisme. Un temps de lutte des classes, et pas de lutte des places.

Je vais arrêter là, ce billet étant déjà très long, et pour conclure, c’est pour des raisons profondément politiques que je ne participerai pas à la France « insoumise ».

Mélenchon et son équipe sont exactement comme les autres : des politiciens « professionnels », avides de pouvoir et de notoriété. Ce sera sans moi.

Car pour moi, seuls comptent les gens. Les riens. La racaille. Dont je suis.

Si vous cherchez les sources (toutes indiquées en italique) lisez les interviews de Mélenchon dans la presse, ou tapez vous l’ensemble de ses discours. Bon courage.

C'est à la demande de quelques uns de mes contacts que j'ai ouvert ce billet aux commentaires. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.