Le fait diversion

Comment (tenter de) discréditer le mouvement des gilets jaunes

Dans un gentil billet quelque peu gnan-gnan récemment mis en une, l’auteure mettait en avant les « dérapages » des vilains (au sens propre) gilets jaunes, lesquels ne seraient que des fachos, des racistes, des homophobes, des anti-écolos, des égoïstes, des violents, et tutti quanti.

Se disant « de gauche », elle reprenait pourtant sans moufter les divers articles qu’on a pu lire dans la presse vendue aux milliardaires (même ceux « de gauche », rires) mais passons.

Et ça m’a fait penser justement à l’histoire de la presse, brillamment racontée par Gérard Noiriel, dans un chapitre de son dernier livre Une histoire populaire de la France.

Il y note l’apparition « d’intellectuels » médiatiques réactionnaires dans les années 1980 et le retour en force concomitant des faits divers à la télévision et dans la presse, et de manière plus générale, la transformation de la politique en spectacle médiatique.

comment faire pour intéresser chaque jour les classes populaires aux questions abstraites et compliquées que les élus du peuple avaient pour mission de résoudre ? Pour les journalistes de la grande presse, il ne s’agissait pas d’un problème pédagogique mais avant tout d’un problème économique, absolument vital pour leur survie étant donné la concurrence acharnée que se livraient désormais les grandes entreprises de presse. Non seulement il fallait capter de nouveaux lecteurs, mais il fallait aussi attirer les publicitaires. Comme l’a montré Jürgen Habermas, c’est à la fin du xixe siècle que le mot « publicité » changea de sens. Alors que jusque-là il évoquait surtout le processus consistant à rendre publiques les décisions du gouvernement, les capitalistes s’emparèrent du terme pour désigner l’activité consistant à promouvoir des marchandises.

Les publicistes devenus journalistes s’adaptèrent à ces nouvelles contraintes de façon pragmatique, les yeux rivés sur les chiffres de vente, en retenant les recettes qui « marchaient » le mieux.

C’est que Bourdieu appelle le « fait diversion ».

Sur la télévision, Pierre Bourdieu, 1996 Sur la télévision, Pierre Bourdieu, 1996

Et c’est exactement ce qui se passe avec le mouvement des gilets jaunes.

Meme si tous les accidents (y compris un mortel) sont de la seule responsabilité "d'automobilistes excédés" (et "pris en otage), on met en avant des incidents isolés, qui s’ils sont avérés (ce qui n’est pas vraiment établi, sauf par ces mêmes articles qui au delà de la simple propagande gouvernementale, n’ont qu’un but, vendre) sont effectivement le fait d’abrutis, mais c’est uniquement pour discréditer un mouvement populaire, donc forcément dangereux pour le confort des nantis(mis au pouvoir par cette même presse) et de ceux qui (consciemment ou non) les soutiennent.

 

 

 

 

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