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Billet de blog 14 avr. 2019

«Crépuscule», pamphlet fascisant

Depuis quelques semaines il m’arrive de voir des contacts relayer et soutenir le pamphlet que vient de publier Juan Branco. J’avoue que j’ai beaucoup de mal à le comprendre.

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Depuis quelques semaines il m’arrive de voir des contacts relayer et soutenir le pamphlet que vient de publier Juan Branco. J’avoue que j’ai beaucoup de mal à le comprendre.

Il me semble tellement évident que son texte rassemble les éléments de langage constitutifs d’une perception fascisante du monde : phénomènes socio-politiques réduits à quelques personnes, élites corrompues, endogames et dégénérées, associées bien sûr au pourrissement et à des scandales sexuels, qui parasiteraient le pays et contre laquelle se soulèverait le peuple sain («Le contre-jour du pouvoir, fait de coulisses et compromissions, corruptions et inféodations, de destins mobilisés pour arracher la France à ses destinées, apparaît pas à pas » ou encore les « jeux d’influence qui pourrissent le petit-Paris. » Voir d'autres ex https://twitter.com/gdelagasnerie/status/1117028333974368256)

Aucune analyse structurale. Tout est réduit à quelques individualités transgressives et sans morale, prêtes à tout et à tout acheter et à qui il faudrait rappeler les règles traditionnelles de notre République... 

Tout est énoncé à travers un vocabulaire bien connu et clairement identifiable politiquement (l'extrême droite) de la tare morale, de la dégénrescence, de la pourriture, de la compromission, de la magouille, de la mafia...

Ajoutez à ça les pulsions misogynes et agistes de l’auteur (voir le tweet de Branco sur Brigitte Macron comme « mère de substitution » de son mari : « Je m’appelle Emmanuel, je suis un enfant-roi mal dégrossi qui s’est marié à une mère de substitution pour pouvoir rester dans un fantasme de toute puissance » https://twitter.com/gdelagasnerie/status/1117028392099098625)

Cette rhétorique lui permet de dépeindre Macron comme un être transgressif et sans limite, selon un schéma malheureusement fortement présent aujourd’hui qui consiste à présenter comme néolibérales la liberté individuelle et les vies minoritaires et donc comme anti-néolibérale la morale traditionnelle et les pulsions réactionnaires, comme chez Michéa par exemple).

Ajoutez aussi – car tout y est - ses pulsions homophobes, qui transparaissent dans une note où l’effondrement de notre civilisation est associé à deux figures gay - Gabriel Attal et Edouard Louis- si dissemblables qu’on se demande ce qui peut les réunir si ce n’est l’homophobie de l’auteur et le vieux thème de la décadence homosexuelle :

« En cela, Gabriel Attal et Edouard Louis – exact revers de ce dernier - forment les deux faces d’une même et dépérissante médaille signifiante d’effondrement pour notre époque et notre civilisation, criant chacune à la conformation » https://twitter.com/gdelagasnerie/status/1117028407357968384.

On voit que nous avons affaire ici à un petit pamphlet fasciste et malsain ( cf le thème des trusts, de Blum et la vaisselle d’or) plutôt qu’à quoi que ce soit qui aurait un rapport avec « la gauche » et donc avec la pensée.

Si vous regardez les analyses de Sternhell sur le fascisme naïf, tout s’y trouve déjà : l’antilibéralisme, la critique des mœurs de la bourgeoisie, les médias manipulés, l’argent corrupteur. Ce méli melo indigeste est un classique des années 1930.

J’ai bien conscience qu’il ne faut pas abuser de la comparaison avec le fascisme des années 1930. Mais il ne faut pas non plus s’en priver. Et la ce sont exactement les même thèmes, les mêmes modes d’analyse, le même ton, mot pour mot, phrase pour phrase, qui sont employés dans les pamphlet d’extrême droite de cette période et dans le cas précis et donc ici comparaison est raison.

Voici une « phrase » de la fin de son pamphlet : « Alors que le peuple bruit, achevons cette fable par cette simple affirmation : ces êtres ne sont pas corrompus car ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, aristocratisation d’une bourgeoisie sans mérites, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repère à mièvres et arrogants, médiocres et malfaisants. ».

En voici une autre au début : « si Xavier Niel s’est recouvert de quelques noirceurs auxquelles échappent la plupart de ses congénères, sous forme d’enveloppes ayant alimenté un réseau de prostitution dont il dirait ne rien avoir su, l’on sait depuis bien longtemps que les fortunes sont plus souvent le fruit de putréfactions cadavériques que d’actes qualifiant aux béatifications »

Pour moi, c’est très simple : si vous ne voyez pas que son pamphlet est dans la lignée des pamphlets d’extrême droite des années 1930, si vous n’êtes pas immédiatement répugnés par ces phrases que j’ai cités ou que je cite ici (https://twitter.com/gdelagasnerie/status/1117028284984954886) , c’est vraiment que vous n’avez plus aucun rapport avec la gauche.

Ps: J’ajoute que, comme on me l'a fait remarquer hier, en termes de ton, de niveau, de style, de modes d’analyses, on pourrait dire que l'on se situe aussi dans un registre et un univers comparables à celui d’un Laurent Obertone par exemple... je pense que c’est assez juste et que ça décrit aussi l’univers sylistico-ideologique dans lequel s’inscrit ce pamphlet.

En tout cas il va de soi que c’est contre les productions de cette nature que se construit un espace intellectuel et politique de gauche. Il faut toujours rappeler que ce n'est pas parce que l'on critique, la banque, l'état, "l'oligarchie" que l'on est de gauche et progressiste...

Qu'une bonne partie des médias n'ait pas rendu compte de ce petit pamphlet ne saurait donc être vu comme un acte de censure mais plutôt comme un moment où pour une fois le champ médiatique joue son rôle de ne pas prendre au sérieux et donner du crédit à ce genre de production (comme le monde des livre ne parle pas des livres de Soral, Libération de ceux de Dieudonné, les Inrocks d'une bande d'extrême droite qui ferait une petite tournée ou comme, pour prendre un exemple dans un autre champ, le créationnisme n'est pas enseigné à l'université). Branco a eu la réception qu'il mérite, entre une radio de droite dure (Sud Radio) et une émission de divertissement particulièrement déplaisante et maintes fois dénoncée ( Hanouna)... Ca ne veut pas dire qu'il n'existe pas des censures médiatiques, mais là ce n'est vraiment pas de ça qu'il s'agit

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