Face aux périls majeurs, sagesse de l'unité, courage de la résistance ( 2 )

Après la défaite de Trump, périls et défis majeurs n'ont pas disparu. Il nous faut regarder le monde en face pour ne pas s'y laisser embarquer. Ce deuxième billet présente ceux qui me paraissent être les défis et périls majeurs en Europe et dans le monde avant de les aborder au suivant pour la France.

2 - Défis et périls majeurs et durables en Europe et dans le monde

Un premier billet est parti du constat de la victoire de Biden mettant fin à la période désastreuse et chaotique de Trump, même sans augurer d'avenir bien meilleur, pour expliciter les défis et périls majeurs et durables de ce siècle que nous devons identifier et regarder en face (dans le monde, en Europe et en France) afin de dessiner dans un quatrième opus les contours d'une double lutte convergente à débattre qui place le peuple, ses plus précaires et vulnérables au premier plan avant le jeu politique partisan.

Dérive fascisante à l'est de l'Europe et pas seulement

La dérive fascisante d'au moins trois pays (Pologne, Hongrie, République Tchèque) de l'Union Européenne est la première des menaces majeures. Elle peut conduire à une dérive plus large encore avec d'autres pays, qu'ils le revendiquent ou non. Par fascisation nous désignons un processus où les pouvoirs dans ces trois pays se concentrent peu à peu en quelques mains d'un dirigeant et son cercle rapproché en mettant au pas par des lois de soumission la Justice, la Presse, légalisant tout ce qui restreint les libertés fondamentales jusqu'à les supprimer, menant une politique xénophobe et raciste, anti-migrants, anti-minorités natives où le droit des femmes est juste incongru, bafoué. Les dispositions législatives et constitutionnelles maintiennent une façade d'état de droit mais un droit asservi, esclave du dirigeant et ses acolytes (voir ou revoir « Section spéciale » de Costa-Gavras, film de 1975).

L'Union Européenne a laissé filer pendant tant d'années ces pays dans cette dérive, avec tant de patience coupable avec ses déclarations générales, ses timides remontrances. Ces pays ont eu le champ libre pour dériver sans contrainte et contraindre législations et population malgré, parfois, des mobilisations populaires massives. Le ver est dans le fruit et le dévore. Finalement l'U.E. découvre à la longue que ces discours anti-U.E, ces manquements aux valeurs de l'Europe sont un peu trop voyants. Ces pays retournent à l'obscurantisme soviétique sans contre-pouvoirs tout en appartenant à L'U.E. pour en tirer bénéfice à travers les aides européennes et en promouvant au sein des institutions européennes, de concert avec les autres extrêmes-droites représentées, leur idéologie délétères.

Partout ailleurs en Europe, notamment en Allemagne où les néo-nazis s'affichent publiquement, l'extrême-droite extrême qui n'hésite ni à la violence armée ni aux attentats bénéficie à de rares exceptions près d'une occultation manifeste. Parmi les grands médias, qui a révélé la revendication de l'adhésion  à "Génération identitaire" de cet homme abattu par la police en Avignon pour avoir menacé d’une arme de poing un commerçant maghrébin ? Médiapart. "Identitaires" qui se sont distingués au col de l'Echelle pour s'opposer aux migrants.

Tout dernièrement, ces aides seraient conditionnées au respect des valeurs européennes. Encore faudrait-il appliquer sans tarder cette disposition sans fléchir ni donner encore délais sur délais. Il eut été préférable de la mettre en place avant la modification des législations. Maintenant n'est-ce pas déjà trop tard avec les législations modifiées et les libertés confisquées pour retrouver une législation compatible avec les libertés fondamentales et la démocratie, valeurs fondatrices de l'Europe ? L'Union Européenne a des airs anciens de Société des Nations bien incapable de juguler la montée des nationalismes et dérives anti-républicaines..

Concurrence fiscale, évasion fiscale et fraude

La concurrence fiscale est la toujours la règle dans l'Union Européenne. Ainsi chaque état est en concurrence avec chacun des autres états-membres pour un dumping fiscal qui favorise les pays à fiscalité basse (initiée par l'Irlande) et pénalise les autres. Conséquence : «... Le déplacement comptable des bénéfices par le biais des prix de transfert manipulés, de paiements d’intérêts, de droits de licence et de brevets, d’assurances, etc... conduit souvent à des taux d’imposition très faibles pour des sociétés multinationales telles que Apple, IKEA, Amazon et Nike. En outre, il existe de nombreuses lacunes et de nombreux accords spéciaux. Pendant des années, Apple a bénéficié d’un taux d’imposition dans l’U.E. en dessous de 1%. Mais des entreprises françaises comme Total, ou allemandes telles que BAYER, BASF, E-ON et SAP jouent également dans le concert des évasions fiscales... » (ATTAC, 2019). L'idéologie de la concurrence fiscale intra-communautaire est un obstacle majeur à la lutte contre l'évasion fiscale qui ajoute aux bénéfices des très grandes sociétés et donc aux dividendes.

« La fin du dumping fiscal au sein de l’Union s’annonce pourtant comme une question cruciale en ces temps de crise économique et sociale. », Martine Orange, Médiapart, 17 juillet 2020.

L'évasion fiscale est chiffrée à plusieurs centaines de milliards d'euros pour les Etats membres, elle a provoqué une baisse des recettes des états-membres de 193 milliards en 2018. Avec ces rentrées, de quoi financer bien des plans de transition écologique et social !

Attac poursuit : « Luxembourg, Pays-Bas, Irlande, Malte, Chypre - des États membres de l’UE figurent parmi les paradis fiscaux les plus actifs. L’Allemagne est également l’une des destinations les plus populaires pour les flux financiers non transparents, en particulier en provenance des pays du Sud, avec l’aide desquels le blanchiment d’argent et la fraude fiscale sont pratiqués à une échelle gigantesque . En outre, on trouve parmi les paradis fiscaux une douzaine d’autres territoires d’outre-mer principalement britanniques et néerlandais, tels que Jersey, Curaçao et les îles Vierges britanniques.... ».

Depuis le 28 octobre, Pierre Larrouturou, l'eurodéputé du groupe “Socialistes & Démocrates” et rapporteur du budget 2021 poursuit une grève de la faim à Bruxelles pour débloquer le lancement d'une modeste taxe sur les transactions financières. La France bloque depuis Barroso ! La taxe sur les GAFAM attendra elle-aussi ?

Pierre Larrouturou au Parlement européen Pierre Larrouturou au Parlement européen

Un bel exemple bien franchouillard : Lactalis, déjà illustré dans l'étranglement et l'endettement des producteurs : « Evasion fiscale: au Luxembourg, Lactalis boit du petit lait ». Disclose, 23 octobre 2020.

Migrations - Accueil des migrants

Les Etats-membres de l'UE se reposent sur le protocole de Dublin qui contraint les demandeurs d'asile à effectuer leur demande dans leur pays d'arrivée. De fait, le flux migratoire est concentré sur trois pays de premier accueil (sur 27) : la Grèce, l'Italie et dans une moindre mesure l'Espagne. On comprend aisément que cet accord totalement déséquilibré arrange les vingt-quatre autres pour ne pas accueillir de migrants (quoique l'Allemagne soit encore plus ouverte à cet accueil) ou, au mieux, au passage d'un bateau en détresse, sans port d'attache, resté longtemps en mer, rejeté de partout, en accueillir, magnanimes et généreux, à grand renfort de déclarations quelques dizaines de malheureux sauvé.es de la noyade. Bonne conscience achetée à vil prix. Mais l'opinion publique que dit-elle ? de quoi se plaint-elle ? Elle qui a si peur de ces migrants présentés par la rhétorique extrémiste largement diffusée comme délinquants possiblement terroristes ? Ne s'en cacheraient-ils pas dans ces colonnes de pauvres gens ? Ils oublient tous que nombre d'attentats ont été commis par des français bien de chez nous. Et quand la France accueille un jeune mineur c'est exactement pareil que pour toute famille : un pari sur l'avenir de ce que cet enfant deviendra. Qui sait ?

Pendant ce temps le droit maritime qui de tout temps à « imposer » de porter secours à tout navire en perdition est passé à la trappe. Le canot peut couler. Pas de secours quand les ONG qui affrètent sont bloqués dans les ports, pas de film ni de photos quand les avions de quelques ONG sont cloués au sol. La mer peut se refermer sur ces destins tragiques, femmes, enfants, hommes. « Océane nox » en Méditerranée.... « …dans le morne océan se sont évanouis... ».

Le droit d'asile est maltraité en France : Mineurs isolés : nous savons que la reconnaissance de minorité est basée sur un test osseux parfaitement imprécis donc non valable mais qui permet d'appliquer un quota de reconnu.e mineur. Le parcours des demandeurs d'asile est semé d'embûches, de délais, d'arbitraires, de suspicions pour en rejeter autant que possible mais les Centres de rétention administrative sont pleins de refusé.es et pourtant inexpulsables ou à expulser mais toujours dans l'attente, enfermés dans ces C.R.A.. Sans les ONG qui s'en chargent, si peu pourraient arriver à faire valoir ce droit d'asile. Enfin, pour bien pimenter le tout, il suffit qu'un pays soit déclaré « sûr » - il peut l'être un temps, partiellement, pour certains et pas d'autres - toutes les personnes qui se déclarent menacées de mort dans leur pays sont déboutées d'office. Combien sont zigouillées au retour ? Pas de stats ? Pourquoi ? La quantité n'importe pas d'ailleurs. Une personne est une personne, pas un chiffre qui s'ajoute à un autre chiffre sauf pour en masquer, partiellement, le tragique et l'intolérable.

La politique migratoire de l'U.E.

La politique migratoire de l'Union Européenne tient en peu de mots : financer les pays périphériques à l'Europe par où transitent les migrants, pour que ceux-ci soient bien retenus en dehors de cette frontière avec l'aide de Frontex. Cette politique de Ligne Maginot a quatre conséquences majeures :

  • Elle donne à ces pays, en particulier la Turquie, la possibilité d'un chantage au passage de quantité de migrants contre une certaine souplesse diplomatique ou tout autre volonté.

  • Elle détourne le regard des conditions - on ne peut pas dire d'accueil – mais de stationnement des migrants aux frontières de l'Europe dans des camps de fortune aux conditions précaires et indignes des êtres humains (aujourd'hui on le dirait aussi et avec virulence pour les animaux) quand ce n'est pas viols (hommes, femmes et enfants), esclavage, mauvais traitements, morts... Frontex fait la chasse en renvoyant aux pays de départ et peu importe ce qu'il adviendra.

  • Enfin, elle fait le gros dos en attendant que ça se passe : bref, elle empêche l'U.E. de se saisir « à froid » de la question massive et durable d'une politique de migration, donc d'immigration, qui peut à tout moment se reposer « à chaud » comparable à celle de 2015, au « hasard » des situations géopolitiques et climatiques. Les migrations humaines sont et seront massives tout au long de ce siècle, rien ne peut contraindre de rester dans son pays d'origine celui ou celle qui peut être tué.e ou mourir de soif et de faim avec toute sa famille.

  • De plus cette politique alimente les réseaux de passeurs qui s'enrichissent sur le dos des migrants, asséchant leurs économies avant leur arrivée... et s'ils se noient, c'est payé d'avance.

Pendant ce temps à la frontière croate, des migrant.es sont maltraité.es, chassé.es avec brutalité, chaussures brûlées, interdits de passer, bloqué.es en Bosnie-Herzégovine, à la rue ou condamné.es à squatter tout abri. Pendant ce temps à Calais, les rondes policières interdisent l'accès aux points d'eaux et à toute nourriture (sauf ONG toujours sur le grill des décisions du préfet) pour rendre la situation intenable et dissuader les migrants de rester... mais où aller ? Après çà, on s'étonnera des risques « insensés » que peuvent prendre ces hommes jeunes, surtout, de trouver la mort sous un camion ou dans la chute de sa hauteur.

En plaçant des personnes en situations proprement inhumaines et impossibles, ces lâchetés nous condamnent à vivre d'autres terrorismes, d'autres délinquances aussitôt récupérées pour stigmatiser toujours plus dans une spirale absurde et mortifère qui ne règle rien mais apporte du moulin aux extrémistes.

« Le 18 mars 2016, la Turquie signait un pacte migratoire « Dans le cadre de l’accord avec la Turquie, deux tranches de 3 milliards d’euros devaient être investies par l’UE pour aider Ankara dans l’accueil des réfugiés. La Commission européenne a indiqué, au début du mois, avoir déjà distribué 4,7 milliards d’euros, notamment à des organisations humanitaires. De son côté, le gouvernement turc demande depuis 2016 que l’argent lui soit reversé directement et assure avoir investi, de son côté, 22 milliards d’euros dans ce but, selon le site Touteleurope.eu. » Le Monde 11/03/20.

Oxfam, à plusieurs reprises a dressé la situation de ces migrants en Grèce entre Turquie et Grèce.

La lutte contre le terrorisme

L'attentat de Vienne semble, en apparence, avoir permis aux dirigeants européens de mieux se coordonner. La création d'un conseil de défense européen est réclamé par Macron... Un peu long à la détente pour se coordonner efficacement, comme ne réaliser que depuis cinq ans (pour ne pas remonter plus loin), que les attentats n'ont pas manqué sur notre sol, ni en Allemagne, ni en Espagne... Pour autant, si la politique française contre le terrorisme est transférée à l'Europe, nous n'aurons pas beaucoup plus de protection, toujours si peu de prévention mais toujours beaucoup d'accusations et de confusion. La question est complexe, la réduire à suivre et pourchasser les possibles terroristes assure peu de protection.

La Russie de Poutine

En Europe, la politique de Poutine renvoie à celle du glacis soviétique non que les occidentaux n'aient pas de responsabilité dans ce retour. Crimée et Dombass, cessez-le-feu au Haut Karrabach - favorable à l'Azerbadjan - Biélorussie en font partie. Poutine, boucher de la Tchétchénie, veut retrouver pour la Russie un rang de super-puissance et, comme l'ex PCUS et ses Premiers secrétaires successifs, rester au pouvoir sans opposants avec élections-bidon. Il s'est imposé au Moyen-orient via la Syrie et sa guerre au côté d'Assad face à la politique de non-intervention d'Obama. Sur le plan économique, le gaz russe et son nouveau pipe-line européen organise le chantage mais aussi une dépendance réciproque. La Pologne a joué Trump pour sa défense, elle a perdu. L'Europe est embourbée entre une défense européenne-serpent de mer, l'OTAN pour quoi faire et surtout, que financer, à quelle hauteur et sur quels budgets ? La Turquie qui a maints moyens de pression, massacre les Kurdes dans l'extension de sa frontière-Est ; les kurdes, artisans terrestres essentiels du combat contre l'état islamique, sont lâchés par les occidentaux. Lâchetés.

Au plan intérieur de la Russie, les emprisonnements suivis d'empoisonnements vont bon train, toujours niés tout comme l'industrie du hacking et de la contamination virale pour bloquer des systèmes nationaux, gouvernementaux ou pas, entreprises ou administrations en guise de pressions politiques. Les dénégations ne changent rien à l'opinion européenne qui, sauf marginalement, n'en croit rien. Sa télévision « Russie Today (RT) » se charge de diffuser à l'étranger une d'information orientée en fonction de l'intérêt de l'information officielle russe et de son président à vie.

La Chine, super-puissance à volonté hégémonique

Par la surveillance technologique inouïe de sa population (reconnaissance faciale, y compris dans la rue, crédit social, contrôle de l'internet et réseaux sociaux... ) pour couper toute source de contestation et de critiques, la Chine est l'empire Orwellien achevé, gouverné par le nouveau grand timonier Xi aux pouvoirs étendus comme jadis Mao. Les expatriés chinois eux-mêmes peuvent être objet de chantage sur leurs familles restées au pays. Tout doit être contrôlé de ce qui se dit sur la Chine, dans le pays et dans le monde, les moyens de pression ne manquent pas, économiques, diplomatiques, culturels, familiaux...

Le seul enjeu – de taille - est de maintenir l'intégrité de cet immense territoire et un pouvoir absolu. Tous les moyens sont bons s'ils convergent vers lui : pour assurer un approvisionnement vital pour l'économie chinoise et sa population, elle investit en prêts, en particulier en Afrique qui déboucheront sur un endettement vite insupportable, en achats de ports et zones portuaires pour constituer un maillage entre ressources primaires et voies de communications dites « nouvelles routes de la soie ». Au passage, la revendication territoriale sur la plus grande partie de la mer de Chine qui concerne tous les états côtiers inquiète par son fait accompli (construction d'îlots par la force comme autant de bases). Elle s'inscrit dans cette volonté d'accaparement des ressources. Un livre de référence : « Géopolitique de la mer de Chine méridionale », Par Barthélémy Courmont, Eric Mottet, Frédéric Lasserre, Presses de l'Université de Québec, 2017

Cette politique est cohérente et s'inscrit dans le long terme. Bien entendu, elle ne respecte rien des droits de l'être humain, ni des peuples, ni des territoires revendiqués : Hong-Kong, Tibet, Ouïghours et mer de Chine sont aspirés par ce trou noir. A quand Taïwan ?

A la différence des occidentaux, la Chine sait se donner le temps de saisir l'opportunité (ou de la créer) pour avancer ses pions sans coup férir au moindre coût. Les récents déboires commerciaux de l'Australie avec le marché chinois (de multiples produits habituellement importés sont bloqués en douane pour motifs divers et prétextes) sont la punition pour son inconduite – ses critiques – de certains aspects de la politique chinoise. Au pays de l'absence totale de liberté d'expression, il n'est pas admissible que quiconque l'exerce et les mesures de rétorsion sont toujours au rendez-vous. La Chine est une menace mondiale par sa volonté hégémonique qui n'admet rien que son point de vue maintenu autant de temps qu'il faut pour l'imposer. L'affaiblissement des USA durant ces quatre dernières années a largement profité à la Chine, libre d'avancer ses pions. Xi n'est pas Trump.

Dépendance à l'égard de la Chine

Depuis des années, les délocalisations des productions en Chine, l'investissement sur le marché chinois, les transferts de technologie ont rendu l'Europe et la France très dépendantes de ce pays. Mais les bas-coûts (qui augmentent aussi en Chine) sont toujours bons pour les profits alors on détourne le regard. Depuis plusieurs années, les pénuries des principes actifs des médicaments nous avaient pourtant alerté. Il a fallu cette pandémie pour que nos dirigeants européens et français entendent quelque peu cette dépendance si fine que les écouvillons manquaient, les réactifs manquaient, les gants, les blouses, les masques chirurgicaux et FFP2 manquaient, masques qui ne sont plus, n'étaient plus fabriqués en France mais en Chine. (Question subsidiaire : quel est le montant de la facture « masques » au plus fort des commandes et des prix ?).

A développer les batteries pour les voitures électriques, nous développons notre dépendance à l'égard de la Chine pour les Terres Rares nécessaires à leur fabrication.

« Relocaliser » oui mais comme l'écrit ATTAC « Avec la pandémie, le mot « relocalisation » est désormais dans toutes les bouches. Minimaliste et cosmétique dans sa version néolibérale, haineuse dans sa version nationaliste, la relocalisation peut aussi être écologique et solidaire. » et propose un manifeste : « Les mouvements sociaux et altermondialistes travaillent depuis plus de vingt ans, en alliance avec des scientifiques, à concevoir et expérimenter des alternatives : elles sont aujourd’hui mûres, crédibles et radicales. Pour les imposer aux dominants, il va falloir les partager et les bonifier avec le plus grand nombre, et nourrir nos luttes par des complicités et des alliances inédites. Voilà « ce qui dépend de nous ». Gros boulot, autant s'y mettre ou continuer.

Bref, deux mondes en concurrence féroce (du côté occidental, c'est plutôt chacun pour soi, face à la Chine). Cette situation pose clairement la question de la dépendance européenne aux approvisionnements essentiels à son économie et à sa population quand il faudrait au contraire réintroduire des productions à l'échelle européenne, bien sûr pas dans chaque pays ! Oui mais les sociétés veulent toujours investir pour un profit maximal et à court terme. Et en Europe, c'est plus cher ! Alors on se demande si le consommateur va vouloir payer... Peut-être (!) faudrait-il une autre Europe, un autre positionnement politique pour organiser cette relative indépendance des productions dans ce grand marché européen. Le profit immédiat est un luxe que nous ne pouvons plus payer. Autant le savoir et agir en conséquence. Nous touchons là bien évidemment au cœur du capitalisme : l'intérêt du pays, du territoire européen, de sa population, de sa population vieillissante, contre l'intérêt des capitalistes et de leurs dividendes ! Le bien commun contre le bien de quelques-uns. Vieille histoire pas finie.

Dernière menace et pas la moindre : Nous savons bien que la xénophobie et les xénophobes s'attachent toujours à trouver un peuple ou toute autre communauté à stigmatiser quand la peur se déplace. Il faudra sans aucun doute lutter en permanence et pour toujours contre ce processus qui peut amener une sinophobie soit un racisme anti-chinois tout aussi malveillant et stupide que tout autre racisme. Sans internationalisme à tout crin, force est de constater que peuple d'ici ou peuple de là sont tous des peuples qui n'ont de liberté que celles qu'ils conquièrent et que nous sommes tous embarqués dans le navire Terre, arche commune et unique pour vivre face aux périls communs : biodiversité dramatiquement en berne, seule possibilité d'adaptation des espèces vivantes, réchauffement climatique au long cours qui menacent la vie même sur notre planète. Déjà inondations, sècheresse et assèchement des sols et cours d'eaux, ouragans, méga-feux de territoires, montée des eaux côtières, fonte des glaciers et de la calotte polaire, tous des phénomènes rares qui se multiplient en fréquence et en intensité. Deux périls de la maison commune, la Terre.

Manipulation du langage et falsification de l'Histoire

A l'heure de la reconnaissance faciale, de la surveillance par caméras et drones, de la diffusion de masse et instantanée de messages qu'offrent les réseaux sociaux contrôlés par quelques grandes sociétés étasuniennes, messages aussitôt relayés, démultipliant à l'infini cette diffusion, la manipulation du langage qu'à porté à son paroxysme le président Trump, devient un péril majeur pour asservir. Ses propos prononcés à Kansas City devant des vétérans sont proprement sidérants : « And just remerber, what you are seing and what you are reading is not what's happening ».(1)

Cette manipulation nie et dénature le réel, les faits, la preuve, la possibilité même d'interprétations à confronter, au profit d'une seule vérité, celle de la parole falsificatrice qui, pour le récepteur, fait autorité quelle qu'elle soit, même changeante. Elle débouche sur la falsification de l'Histoire. Elle appelle chacun à ne plus accorder de crédit qu'à ses propres schémas et croyances, construits sur la base de tout matériau y compris lacunaire (mésinterprétations et méconnaissances) comme importé, (clichés et stéréotypes). Ces constructions n'appellent aucune confrontation à de nouveaux matériaux et raisonnements mais la réassurance et le renforcement permanent. Au nom de la défiance, la qualité des sources n'existent plus, la diversité des points de vue est insupportable, il ne s'agit plus de convaincre par l'argument mais de vaincre par la force de l'émotion suscitée.

 

Dans ce monde multipolaire et de conflits sous-traités, dominé par la logique du profit et de la concentration des richesses, toute super-puissance, Chine ou U.S.A cherche l'hégémonie, pas la coopération sinon avec des accords multilatéraux où une sorte d'équilibre-déséquilibre est possible. Les U.S.A. sont-ils encore tout-à-fait une super-puissance après son président sortant ? Son hégémonie économique et culturelle nous concerne au premier chef. Sa critique n'est pas moindre : Wall-Street et libre-échangisme, gâchette facile et racisme systémique compris. Reste la France, cher pays de notre enfance, bien des fois insouciante....

(1) Cité dans le documentaire « Georges Orwell, Aldous Huxley » diffusé sur Arte ce 11 novembre. On peut le voir en replay à sur ARTE

 Lien vers le troisième opus : 3 – Pandémie et terrorisme - état policier et suspension des libertés en France

 

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