Les étudiants clermontois disent leurs galères et crient pour étudier

Ce 21 janvier, les étudiant.e.s de Clermont-Ferrand ont manifesté leur colère et leur désarroi dans la rue pour des mesures d'urgence et pérennes. La situation de détresse est patente, argumentée par l'enquête de l'UNEF Auvergne.

A l'appel de l'UNEF Auvergne, de la fédération des Etudiants auvergnats (FEDEA) et de la Maison des Solidarités Etudiantes, plus de 150 étudiant.e.s clermontois.e.s se sont rassemblé.e.s ce 21 janvier à partir de 12h30 devant l'école de droit puis manifesté.e.s dans la ville vers la  préfecture où les responsables de cette action ont exprimé leurs revendications : un cri pour dire leur détresse et réclamer des mesures d'urgence conséquentes. L'UD-CGT a fourni la logistique avec sono et la présence de son secrétaire, Ghislain DUGOURD .

Slogan : "Dans les rues clermontoises, la jeunesse chantait, autonomie on t'aime et on va te gagner, autonomie on t'aime et on va te gagner, et si Vidal s'en mêle, on va s'mobiliser".

Rassemblement devant la station du tram "Université"

Rassemblement progressif, échauffement de la voix et des slogans © Georges-André
Les étudiants ! Loin des clichés qui leur collent à la peau - en référence parfois à son propre passé -  la situation des 37 000 étudiant.e.s inscrits.e.s à l'Université Clermont-Auvergne s'est détériorée gravement avec la politique sanitaire et anti-sociale du gouvernement et non seulement à cause d'une pandémie qui ne cesse de s'approfondir et durer.

Cette situation affecte tous les aspects de la vie étudiante et d'abord celui des revenus nécessaires pour se loger, se nourrir et étudier. La perte des jobs ou des emplois liés à la fermeture des secteurs restauration-tourisme-commerce les laissent bien souvent sans ressources, une dèche noire où payer son studio, sa chambre, faire des repas corrects sont devenus une galère qui vire au cauchemar. Les répercussions psychologiques de l'absence de ressource et ses conséquences, de l'enseignement exclusivement sur ordinateur quand on en a un, l'isolement permanent, sont massives, indéniables et graves. Cette situation se traduit en abandon d'études, en détresse psychologique qui s'étend allant parfois jusqu'au suicide, fréquemment en symptômes dépressifs ou abattements démotivants.
Quand les cours en classes préparatoires aux grandes écoles, spécificité française et chouchou des pouvoirs et du Cac40  se tiennent sans discontinuité en présentiel avec l'ensemble de l'effectif, sans crainte de la contamination, l'Université Française collent ses étudiants devant les écrans depuis des mois, sans perspective ni durée. La colère monte de ce traitement désinvolte et irresponsable.

Slogan : "On veut pas de tes bonbons, on se bat pour l'émancipation". La Ministre de l'enseignement supérieur Frédérique Vidal, en visite le 11janvier à l'Université de Cergy, a eu l'indécence de déclarer « Le problème, c’est le brassage. Ce n’est pas le cours dans l’amphithéâtre mais l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table ou un sandwich avec les copains à la cafétéria. ». Le problème ? c'est cette ministre déconsidérée qui a perdu toute crédibilité auprès des étudiants et des enseignants du supérieur.

La manifestation en photos et slogans

Crier dans la rue son désarroi et sa colère © Georges-André Photos
Pour y voir clair et ajuster ses revendications au plus près des situations locales, l'UNEF Auvergne vient de sortir en ce mois de janvier les résultats de son enquête auprès de ces étudiants menée sur six semaines entre septembre et octobre 2020. Mille neuf cent soixante-douze questionnaires ont été remplis et dépouillés soigneusement. Ils permettent de rendre compte de l'ampleur des dégâts dans un beau document qui facilite la lecture. Il aborde tous les aspects : le logement ("le début des galères"), l'emploi étudiant ("Paye ta précarité"), la santé ("pouvoir se soigner sans se saigner"), le numérique ("c'est fantastique ?"), culture, loisirs, sports ("légendes urbaines ?"). La situation ne cesse de se dégrader au fil des mois. Ces jeunes qui veulent étudier nous interpellent pour une solidarité bien comprise : les laisser dans ces galères c'est allumer le feu de révoltes de dépit, de désarroi, de désespoir face à un avenir sans perspective. A l'évidence, la solidarité rejoint le Bien commun.

Ce document dit ces galères. La rue crie de leur colère et de leur désarroi." C'est pas à l'Elysée, c'est pas à Matignon, c'est pas dans les salons qu'on obtiendra satisfaction, c'est dans la rue, et dans l'action".

Crier et agir contre la précarité, l'isolement et des droits nouveaux © Georges-André Photos

Ce document permet de se rendre compte que les difficultés présentes résultent tout aussi bien de mesures et dispositions qui ne sont pas prises (le RSA étendu aux étudiants, la gratuité des transports dans l'agglomération par exemple) que des possibilités et dispositifs d'aide non utilisés parce que non connus, faute de moyens pour les faire connaître, par exemple les aides spécifiques d'allocation ponctuelle (ASAP), le service de santé universitaire, service université culture et celui des sports...

Quelques constats :

Le logement est un biais d'émancipation auquel beaucoup d'étudiant.e.s n'ont pas accès faute de places suffisantes en résidence ou logement à tarification sociale quand sa recherche peut se poursuivre au-delà de la rentrée. Quand le salariat nécessaire pour subvenir à ses besoins prend trop de place, il devient cause d'échec des études. Les conditions pour bénéficier du  régime spécial d'études (RSE) et aménager son emploi du temps sont trop restrictives et ne peut être mobilisés dans nombre de cas nécessaires. 42% des étudiants clermontois renoncent aux soins faute de moyens, les étudiantes en premier lieu. La possession d'un ordinateur avec une connexion stable est une vue lointaine pour nombre d'entre eux et elles, contraint.e.s à des connexions 3G/4G onéreuses, instables, en lieu public : pratique pour suivre tous les cours en visio qui ne peuvent l'être correctement !!! Le document UNEF est à lire en entier pour connaître cette situation et les revendications pour changer la situation, revendications pour beaucoup très vite possible avec une volonté politique, nationale et, pour partie, locale.

Des interventions : Mayke pour l'UNEF

Sur les marches de la préfecture, dire et crier © Georges-André Photos

Angel - Maison des Solidarités étudiantes

Il remonte le moral ! © Georges-André Photos

Ghislain Dugourd - secrétaire UD- CGT

Intervention Ghislain UD-CGT 63 © Georges-André Photos

Nicolas de SOLIDAIRES (extrait) : après avoir rappelé la lutte contre la loi de programmation de la Recherche (elle organise la précarisation des jeunes chercheurs, induit un risque élevé de renforcement des inégalités entre femmes et hommes dans le milieu scientifique, aggrave les inégalités territoriales, affaiblit le Conseil National des Universités, garant de recrutement par les pairs et non par le chef ... lire ici les billets brûlants et solides de Pascal Maillard )

Extrait Nicolas SOLIDAIRES © Georges-André Photos

Peu avant la fin de la manifestation, deux de ses responsables apprennent par leurs portables "le repas à 1 euro de Macron" pour les étudiants et répercutent cette info à la foule pour s'en réjouir comme première victoire. Macron déclare devant des étudiants à Paris-Saclay : « un étudiant doit avoir les mêmes droits qu’un salarié (…). S’il en a besoin, il doit pouvoir revenir à l’université un jour par semaine ... Un étudiant ou une étudiante a le droit d’avoir 20 % de son temps en présentiel – c’est-à-dire un jour sur cinq – et on doit essayer de tenir aussi pour que les jauges ne soient jamais plus de 20 %, ce qui permet d’avoir des distances, et aussi de ne pas avoir trop de monde sur un site ». Il déclare aussi que l'ensemble des étudiants auront la possibilité d'avoir deux repas par jour à 1 euro en restos U. Bref, le droit de venir un jour par semaine à la fac ... une vraie difficulté d'organisation pour les universités et pour les étudiants. 20%, une misère ! Fallait aller en classe prépa mon chou, eux c'est du 100% et tous ensemble ! On espère que les repas de Restos U sauront garder la qualité intrinsèque avec un budget équilibré pour un coût défiant toute concurrence. Faudra voir le réel sur place !

Heu - reux ! çà fait du bien ! © Georges-André Photos

Prochain rendez-vous : Loris, vice-président FEDEA précise : "On se réunira mardi 26 janvier à 12h sur la place Vasarely aux Cézeaux afin de réunir un grand colloque avec des enseignants et des personnels administratifs pour aborder certaines questions et montrer que les étudiants, les enseignants et l'ensemble du personnel administratif de l'Université sont capables de se responsabiliser et de pouvoir suivre des cours en présentiel à la fac avec des jauges."

Mardi 26 janvier - Cézeaux, pl.Vasarely - Clermont-Ferrand - 12h

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