Régionales en Ile-de-France : le PS à la recherche d’une candidature de rassemblement

La Région Ile-de-France attire la convoitise de nombreux élus franciliens. Après les défaites cuisantes de la gauche aux municipales puis, plus récemment aux départementales,  le poste de conseiller régional reste le seul à conquérir pour les vaincus de ces deux scrutins.
Jean-Paul Huchon, après trois mandats, et une période de tourmente durant laquelle son inéligibilité a été suspendue au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès, n’avait pas l’intention de repartir au front. Marie-Pierre de la Gontrie, s’est donc positionnée pour l’investiture dès décembre 2014. Féminisation, renouvellement, sa candidature avait de quoi séduire dans une période où le PS cherche à renouer avec son électorat qui déserte les bureaux de vote.

Da Silva : le nettoyeur de l’Essonne

Mais c’était sans compter sur le calcul de la jeune garde du PS francilien, au premier rang de laquelle Carlos Da Silva est devenu expert en martingale. Prévoyant la défaite de la gauche aux départementales et espérant l’échec du frondeur Jérôme Guedj pour conserver la présidence du Conseil général, le député de l’Essonne délaisse le département en échange d’une désignation pour mener  la liste essonnienne aux régionales. Alors qu’il est premier fédéral d’un département qu’il va quitter définitivement (il a démissionné de son poste de conseiller municipal à Corbeil-Essonnes après avoir essuyé quatre défaites successives sans passer le premier tour, et quittant son poste de Vice-président du Conseil général sans se représenter comme titulaire dans un canton qu’il avait lui-même redécouper sur mesure), Da Silva se positionne dès le début de la campagne des départementales dans le sillage de Jean-Paul  Huchon. En dépit de ses échecs successifs, de son impopularité en Essonne, Da Silva s’accroche malgré les critiques. « Dans le département, il a l’image d’un apparatchik « porte flingue », plus prompt à régler des comptes qu’à assumer ses mandats auprès de ses concitoyens » lâche un membre du Conseil fédéral au sujet du patron des socialistes essonniens, « je ne vois pas ce qui justifie sa position aux régionales, il est très impopulaire et le PS a besoin de personnes fédératrices pour faire revenir nos électeurs vers les urnes ».

Huchon : « ce n’est que pour deux ans »

Attaqué par ses détracteurs sur le nécessaire renouvellement après trois mandats,  «Ce n’est que pour deux ans», tente-t-il de rassurer ceux qui l’interrogent. Poussé par une palanquée de premiers secrétaires fédéraux du PS, quadras et élus de la grande couronne comme lui, le député de l’Essonne Carlos Da Silva se verrait bien en colistier et futur président après un passage de témoin en cours de mandat.

Mais le suppléant de Manuel Valls, trouve sur son chemin un complice, autre très proche du Premier ministre, le jeune sénateur Luc Carvounas, qui , lui, a pris position en faveur d’une candidature de Marie-Pierre de la Gontrie. «Les deux lieutenants de Valls qui s’écharpent, ça n’est bon pour personne, lâche un dirigeant national du parti. L’union était un slogan avant le 11 janvier. Maintenant, c’est une obligation.»

« Si voter Huchon, c’est voter Da Silva, on peut donner immédiatement les clés de la Région à Pécresse ».

Dans les rangs de la première vice-Présidente de la Région, on fulmine. Soutenue par Anne Hidalgo, Maire de Paris, Marie-Pierre de la Gontrie déclare que « Trop peu de femmes exercent des responsabilités de premier plan. Aujourd’hui seulement une femme préside un exécutif régional et six femmes président un exécutif départemental. » C’est donc au nom du renouvellement et d’une parité qui irait jusqu’à élire une femme à la tête de l’exécutif régional qu’elle fait campagne avec ardeur. Bruno Julliard, premier adjoint au Maire de Paris soutient Marie-Pierre de la Gontrie. "Le temps du renouvellement est venu. Marie-Pierre ferait un très bonne présidente de région", juge-t-il. "Si nous allons jusqu'au vote, il faut que cela se fasse dans une bonne qualité de débat. ».
Dans l’entourage de la candidate on se dit inquiet des manœuvres souterraines  de Da Silva et de son action auprès des premiers fédéraux de banlieue. Dans un communiqué du 14 avril, ce dernier déterre la hache de guerre en affirmant que la présidence de la Région doit revenir à un élu de banlieue. Une façon de créer encore un peu plus de division à gauche en opposant Paris à ses départements voisins. « C’est un spécialiste des sales coups » susurre en off un proche de M.P. de la Gontrie, « il est capable de vendre sa mère pour arriver à ses fins. Il faut voir les méthodes utilisées en Essonne pour éliminer ses adversaires, comment voulez-vous que l’on rassemble les nôtres, puis la gauche toute entière, avec un type pareil. »
 
Il faut dire que dans un article paru dans Libération le 26 mai dernier, Laure Bretton, rédigeait un portrait qui a marqué les esprits et apporte un éclairage sur la personnalité du suppléant de Manuel Valls : « Chez Da Silva, il est souvent question de «speeder» et de «dégommer», de «connards» et de «débiles» mais surtout de «couilles». Exemple : Cécile Duflot sort du gouvernement quand Manuel Valls est nommé. Le patron des sénateurs verts, Jean-Vincent Placé, Coréen d’origine et Essonnien d’adoption, n’a rien vu venir. «Il s’en bouffe les couilles, hachées menu, façon sushi», moque Da Silva, sourire de Patrick Sabatier en coin, toutes dents dehors. »

Le 14 avril, Jean-Paul Huchon et Jérôme Guedj, déjeunaient ensemble pour un entretien au cours duquel, l’ex président du Conseil général de l’Essonne n’a pas caché son ambition de jouer un rôle prépondérant dans la campagne des régionales. Il exerce aujourd’hui les simples mandats de conseiller municipal et départemental d’opposition.  Le sort de l’encombrant Da Silva (Manuel Valls, lui-même l’a qualifié de « lourdaud ») est donc très incertain

 

Eviter à tout prix les règlements de comptes internes

La bataille des régionales risque donc d’être particulièrement acharnée pour le PS. Après les débâcles successives des Municipales et des Départementales, François Hollande compte sur un sursaut qui redonnerait de l’élan à son quinquennat.  La perte de la Région Ile-de-France viendrait contrecarrer cet objectif et le Chef de l’Etat ne peut se le permettre.  Le risque d’un duel fratricide lors de la désignation laisse augurer de déchirements internes qui obéreraient les chances de victoire. Le récent sondage révélé par le Journal du Dimanche laisse entrevoir la possibilité d’une candidature de rassemblement, celle de Claude Bartolone.  La candidature du Président de l’Assemblée Nationale est aussi regardée avec bienveillance par François Hollande, qui l’a dit à l’intéressé. Le chef de l’Etat estime qu’il serait le plus à même de réussir l’union dès le premier tour avec les écologistes. Manuel Valls y serait aussi favorable.

 

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