Corbeil-Essonnes : la gauche s'effondre dans le fief de Manuel Valls

Si Evry est à proprement parlé le lieu d'ancrage du premier ministre dans la vie locale, puisqu'il en a été longtemps le maire, la ville voisine de Corbeil-Essonnes n'en est pas moins importante, en terme démographique, dans sa circonscription.

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Si Evry est à proprement parlé le lieu d'ancrage du premier ministre dans la vie locale, puisqu'il en a été longtemps le maire, la ville voisine de Corbeil-Essonnes n'en est pas moins importante, en terme démographique, dans sa circonscription. Avec des populations comparables et un avenir désormais commun au sein de la future intercommunalité dessinée par le Préfet de Région début 2015, ces deux villes constituent les deux pôles majeurs de la circonscription de Manuel Valls.

Lors des élections départementales du 22 mars dernier, le candidat du PS, Carlos Da Silva, député de la circonscription en tant que suppléant du premier ministre s'est vu sévèrement battu et même éliminé dès le premier tour de scrutin. Dans une ville où le PS réalise régulièrement des scores dépassant 60 % lors des élections législatives, présidentielles ou encore les dernières régionales, ce résultat a de quoi interroger.

Une gauche désunie

Lorsque l'on observe les résultats électoraux de Corbeil-Essonnes à la loupe, on constate que si la gauche fait le plein de voix lors des échéances nationales, depuis plus de 20 ans, la ville reste dans les mains de la droite municipale. Serge Dassault en a été le maire jusqu'en 2009, avant de passer la main à son bras droit Jean-Pierre Bechter, lorsque le Conseil d'Etat a annulé son élection et prononcé son inéligibilité. 

Il faut dire que la gauche locale avance divisée. Entre le communiste Bruno Piriou et le jeune poulain de Manuel Valls Carlos Da Silva, le divorce est consommé et obère toutes les chances de victoires de la gauche, comme ce fut le cas le 22 mars dernier. Alors qu'ils se positionnaient tout deux comme des candidats de la majorité départementale Essonnienne, alors qu'ils jouissaient tout deux d'une victoire aux précédents scrutins cantonaux, qui leur a permis d'accéder à des vice-présidences au Conseil général de l'Essonne, les voici tout deux bel et bien éliminés de la course départementale. Dans la presse locale, l'un et l'autre se rejettent la responsabilité de la désunion et de la défaite, mais qu'en est-il vraiment des responsabilités de chacun et surtout, quelles sont les divergences qui semblent aujourd'hui rendre tout accord local impossible pour ravir la municipalité au clan Dassault ?

"Idiot, abruti !"

Lors de l'élection municipale de 2014, Carlos Da Silva crée la surprise en déposant plainte contre son adversaire communiste, le jour même du scrutin. A coup de communiqué de presse, il diffuse l'information aux médias nationaux par l'intermédiaire de son collaborateur Julien Pfeifer'ova qui appelle, la correspondante de l'agence France Presse. Carlos Da Silva raconte que son adversaire de gauche Bruno Piriou l'aurait bousculé. Finalement, le candidat socialiste retirera sa plainte le jour suivant. C'est là le début d'une longue mise en scène fomentée par Carlos Da Silva pour éliminer son adversaire. A la fin du premier tour de scrutin, la liste du communiste arrive en tête et fusionne avec celle menée par Carlos Da Silva. Et là, nouveau coup de théâtre, l'élu socialiste exige d'être rétrogradé à la 31 eme place sur la liste d'union, quant à la première femme socialiste, Marie-Helene Bacon, elle jette carrément l'éponge, refusant de travailler avec Bruno Piriou. Dans ce contexte houleux, la démobilisation à gauche est patente et le report des voix socialistes est insuffisant pour que la liste d'union de la gauche puisse l'emporter. "Nous avons eu le sentiment d'être trahis par les socialistes" nous déclare Odile, une militante de gauche de longue date, d'autant que Carlos Da Silva avait entamé sa campagne municipale avec un document très polémique en s'en prenant directement et personnellement à Bruno Piriou sous forme de caricatures grotesques alors que notre adversaire, c'était Bechter et la Droite."

Vient ensuite la campagne des départementales. Dès le début les esprits s'échauffent et l'attaché parlementaire de Carlos Da Silva, Laurent Chartier, déjà condamné au tribunal pour violence sur une grand-mère adhérente socialiste à Corbeil-Essonnes, s'en prend violemment à Bruno Piriou via les réseaux sociaux en le traitant "d'idiot" et "d'abruti".

Pour autant, tout n'est pas perdu dans la recherche d'un accord pour proposer une alliance PS-PC aux départementales et ainsi constituer un rassemblement capable de l'emporter. Le nouveau mode de scrutin imposant un binôme paritaire, et les deux leaders locaux étant masculins, Carlos Da Silva, qui ne croit guère en ses chances de succès aux départementales après ses quatre échecs aux municipales, décide de briguer les régionales et laisse la place de titulaire homme au PC. Pour le poste de titulaire femme, c'est Carla Dugaut, élue municipale socialiste et présidente départementale de la FCPE qui annonce sa candidature dans la presse locale. Mais là, nouveau coup de théâtre, la garde rapprochée de Carlos Da Silva intervient : Laurent Chartier dément la candidature de Carla Dugault dans les médias et Julien Pfeifer'ova, le secrétaire de section socialiste de Corbeil-Essonnes présente sa mère comme candidate : Marie-Helene Bacon, celle-là même qui avait refusé de travailler avec Bruno Piriou ! La ficelle est un peu grosse et le stratagème pour organiser la défaite du candidat communiste un peu trop voyant. S'en est alors fini des espoirs d'union et Piriou préfère jouer crânement sa chance plutôt que de tomber dans le piège grossier que lui tend Carlos Da Silva. 

Le résultat on le connaît. Communistes et socialistes ont composé des listes séparées et Carlos Da Silva pour faire bonne figure est revenu pour se positionner en remplaçant, préférant envoyer Jacques Picard (EELV) faire la sale besogne de contrer Bruno Piriou.

Avec Respectivement 17,55 et 21,73, le PC et l'alliance PS-EELV sont éliminés dès le premier tour et réalisé l'un des scores les plus faibles de la gauche en Essonne, bien loin des 60% des scrutins nationaux. Pas sûr que Carlos Da Silva soit apte à mener une liste aux régionales, pas sûr non plus que Manuel Valls se réjouisse de l'état de délabrement politique dans lequel Carlos Da Silva va lui rendre sa circonscription. " C'est un apparatchik, il est fait pour grenouiller dans les arcanes du parti," nous glissait un sympathisant socialiste sur le marché de Corbeil, dimanche dernier, " Mais il n'est vraiment pas doué pour être élu, il a un vrai problème dans sa relation avec les gens".

Dans l'entourage de Matignon on reconnaît que l'impopularité de Da Silva et ses échecs successifs à Corbeil-Essonnes posent problème et on évoque un parachutage en Haute Marne pour les prochaines législatives.

 

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