Pourquoi l'Essonne a basculé à droite ?

La terre d'élection de Manuel Valls, le département de l'Essonne est tombé dans l'escarcelle de la Droite, à l'instar de celle de François Hollande : la Corrèze. Pourtant, la défaillance du parti socialiste dans ces départements ne peut se réduire à la simple explication de la proximité avec le chef de l'Etat et le Chef du Gouvernement. La déroute dans les Yvelines, dans le Nord, la Seine et Marne... Et dans tant d'autres départements montre la complexité de l'analyse.

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La terre d'élection de Manuel Valls, le département de l'Essonne est tombé dans l'escarcelle de la Droite, à l'instar de celle de François Hollande : la Corrèze. Pourtant, la défaillance du parti socialiste dans ces départements ne peut se réduire à la simple explication de la proximité avec le chef de l'Etat et le Chef du Gouvernement. La déroute dans les Yvelines, dans le Nord, la Seine et Marne... Et dans tant d'autres départements montre la complexité de l'analyse.

Des erreurs stratégiques 

 Pour mieux comprendre, ce qui s'est passé en Essonne, nous nous sommes rendus à Massy dimanche soir pour suivre les résultats auprès de Jérôme Guedj, jusque là, président du Conseil général de l'Essonne. A l'annonce des résultats qui confirmait le passage à droite du Département, ce sont la colère et la tristesse qui l'emportaient. « Nous avons été la répétition générale de ce qui va se passer dans les deux ans à venir. On va dans le mur. » dit il en faisant référence aux prochaines élections régionales, dont Carlos Da Silva doit mener la liste essonnienne en décembre prochain. Sous le coup de la colère, les langues se délient chez les militants et sympathisants présents à la permanence PS. "Il (Carlos Da Silva, ndlr) nous a planté en disant à l'Assemblée que les départements allaient disparaître. Il n'en a plus rien à faire de l'Essonne, maintenant il veut juste sauver son compte en banque en se faisant élire à la Région". " Quant à l'union de la gauche, elle s'est réalisée de façon chaotique et cela nous a fait perdre des cantons." Il est vrai que faire l'union dans un canton et partir désunis dans celui d'à côté a de quoi démobiliser l'électorat. "il raconte dans tous les médias qu'il a fait l'union à gauche en Essonne, mais il n'a même pas réussi à s'accorder avec le Front de gauche dans son propre canton, si nous n'avions pas perdu Corbeil dès le premier tour, nous aurions envoyé un signal positif dans tout le département ! " peste Geneviève, déçue du résultat essonnien.

Dans les Yvelines, du côté de Conflans Sainte Honorine, les critiques fusent contre la fédération PS et Jean-Paul Huchon : "c'est le résultat d'une politique de la terre brûlée minutieusement orchestrée depuis 2012" peste Fanny Ervera, candidate PS malheureuse." Blâmant Le Président de la Région et la direction fédérale, elle poursuit : "un tel champ de ruine, c'est quasiment de l'art, nature morte dans les Yvelines" ironise-t-elle pour faire référence à l'absence totale de conseillers généraux PS dans la future assemblée départementale.

Pour Élodie, une jeune militante essonnienne, "des erreurs stratégiques ont été commises et ont eu d'autant plus d'impact dans l'Essonne, le département du premier ministre. Alors que les socialistes essonniens s'étaient entendus sur une campagne départementale, permettant de valoriser le bon bilan du Conseil général, le gouvernement a insisté sur l’enjeu politique d’ampleur nationale que représente l’issue de ce scrutin, ce qui fait passer au second plan le caractère local de cette consultation départementale. Au lieu de subir les conséquences du « vote sanction » contre la politique gouvernementale, il aurait été possible dey valoriser le bilan positif des équipes sortantes de gauche."

Une représentativité qui interroge

Le divorce entre l'appareil et les élus et les militants est en effet une des explications supplémentaires de la déroute socialiste. Dans les Yvelines, comme en Essonne, l'action des responsables fédéraux est remise en cause. A Montigny le Bretonneux, Sandrine Grandgambe, première secrétaire fédérale qui faisait binôme avec le maire de Guyancourt échoue dans un canton gagné dès le premier tour en 2008 ! 

En Essonne, le premier des socialistes, Carlos Da Silva, candidat à Corbeil-Essonnes est éliminé dès le 22 mars et laisse le choix aux électeurs entre l'UMP et le FN dans un canton dont il était l'élu. Le PS est confronté à un important probléme de représentativité. On ne peut que constater que les responsables fédéraux ont subi des échecs cinglants alors qu'ils sont sensés représenter les militants et être au plus près des forces de terrain. Leur rôle d'interface, d'animateur de réseau, de représentant des sections locales devrait les positionner comme des fers de lance bénéficiant d'un capital sympathie important auprès des électeurs PS. La sévère défaite à Montigny, comme à Corbeil crée un malaise. "C'est préoccupant" confie un proche de Jean-Paul Huchon, "il va peut-être nous falloir revoir notre casting pour les régionales, car là on va au casse pipe"

Enfin, Carlos Da Silva et son entourage n'ont pas eu de mots assez durs contre le Front de Gauche et Bruno Piriou en particulier, avec lequel, il n'a pas su construire d'accord à Corbeil-Essonnes. Comment dès lors ne pas donner le sentiment aux électeurs essonniens de réaliser un rassemblement de second tour autre qu’électoraliste ? Et comment donner du crédit à l'avenir à sa future candidature à la tête d'une liste qu'il dit vouloir d'union de la gauche. La «défense de la République» passe par la cohérence entre les actes et les discours. A défaut, le camp de la contestation du monde politique (qui alimente le FN) risque malheureusement de se trouver renforcé. 

 

  







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